Face à Trump, Villeroy de Galhau sonne la mobilisation générale

Le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau lors de la présentation de la lettre au président de la République.
Reuters

Le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau lors de la présentation de la lettre au président de la République.
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« Il y a l'urgence d'une mobilisation générale. » En pleine guerre commerciale, le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau a exhorté ce mercredi 9 avril l'Europe à muscler sa riposte face à la déferlante de droits de douane du président Trump. « Il faut des contre-mesures commerciales pour provoquer la négociation avec les États-Unis et engager une désescalade avec une date d'application différée des mesures », a expliqué le banquier central devant la presse. En adressant sa traditionnelle lettre au chef de l'État Emmanuel Macron intitulée « De la tétanie à la mobilisation générale », Villeroy de Galhau considère que l'Europe a intérêt « à garder un commerce ouvert avec ses partenaires ». Percutée par le tsunami tarifaire, l'économie mondiale plonge dans une spirale dangereuse avec l'entrée en vigueur des tarifs douaniers. Aux États-Unis, les marchés vacillent de toutes parts et les principaux indices boursiers tanguent sérieusement depuis l'annonce fracassante du milliardaire américain sur la fiscalité commerciale.
De son côté, l'économie de la zone euro risque également de subir les effets de cette politique commerciale agressive. La Banque de France a calculé que les droits de douane pourrait amputer le produit intérieur brut (PIB) de 0,25 point de la zone monétaire. « C'est un effet direct sur la croissance 2025 », a indiqué le gouverneur. Cela signifie que ce chiffrage ne prend pas en compte les mesures de représailles. « En termes d'importations et d'exportations, l'exposition de la France est moins forte que celle de l'Allemagne et de l'Italie »,a-t-il détaillé. S'agissant de l'économie tricolore, les conjoncturistes de la Banque de France n'ont pas fait de nouvelles prévisions pour l'année 2025.
Dans sa dernière enquête mensuelle de conjoncture, l'organisme bancaire table sur une croissance du PIB de 0,2% au premier trimestre de 2025 après une croissance négative de 0,1% fin 2024. De son côté, l'OFCE vient de revoir à la baisse sa projection pour 2025 à 0,5% contre 0,8% cette année en raison de l'incertitude et de la rigueur budgétaire. Pour la Banque de France, les conséquences des tarifs douaniers se feront surtout ressentir aux États-Unis. « L'effet est plus sévère aux États-Unis que dans le reste du monde, et en particulier dans l'Europe. Il y a des spéculations sur la possibilité d'une récession aux États-Unis. Ce qui était inimaginable il y a trois mois », a déclaré le patron de la Banque de France.
Sur le front des prix, la guerre commerciale aurait un effet « limité » sur l'inflation en zone euro. Le risque pour l'économie américaine est l'effet boomerang des taxes Trump. En renforçant les droits de douane sur les importations, cela risque de propulser l'indice des prix vers des sommets outre-Atlantique. Face à cette menace, la Banque de France appelle à de la prudence. En d'autres termes, il s'agit plutôt d'établir une stratégie« avec des mesures ciblées pour éviter l'effet inflationniste », a ajouté Olivier Garnier, directeur général à la Banque centrale.
Évidemment, ce moindre effet inflationniste va aussi dépendre du taux de change de l'euro face au dollar. Une potentielle dépréciation du billet vert ferait baisser le prix des importations en zone euro. « Le dollar n'a pas bénéficié de son statut habituel de valeur refuge, à la différence de l'or ou de la devise suisse. Les mesures récentes pourraient commencer à éroder la confiance à long terme dans le billet vert comme monnaie internationale de réserve », souligne Villeroy de Galhau dans sa missive.
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S'agissant des finances publiques, le grand argentier à appeler le gouvernement à maintenir la cible de déficit à 5,4 % en 2025. Malgré les besoins en réarmement et le coup de frein de l'économie à venir, François Villeroy de Galhau veut que les dépenses publiques soient maîtrisées. Dans le viseur du banquier central figurent les dépenses des collectivités locales et celles de la sécurité sociale. « L'État ne peut pas assurer seul l'effort de maîtrise des dépenses publiques », a-t-il déploré. Pour améliorer les comptes publics, l'ancien banquier de BNP Paribas a appelé les Français jeunes et seniors « à travailler plus et travailler mieux ». Augmenter le temps de travail de ces deux catégories permettrait de doper la croissance potentielle (c'est à dire sans choc) de 0,25 point à moyen terme.
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Sur l'antenne de BFM TV ce mercredi matin, la ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, a annoncé que la France fera un effort de 5 milliards d'euros supplémentaires en 2025 avec des mesures nouvelles. « La répartition devrait être précisée dans les prochains jours » a assuré son cabinet. À une semaine de la conférence sur les finances publiques organisée par François Bayrou, le gouvernement prépare les esprits à un nouveau tour de vis budgétaire.