Gilet jaunes : le gouvernement demande aux entreprises de mettre la main à la pâte

Pour désamorcer la colère des «gilets jaunes», des responsables politiques de la majorité appellent les entreprises à participer à la hausse du pouvoir d'achat exigée par le mouvement contestataire. Mais au-delà d'une prime de fin d'année sur une base volontaire, celles-ci sont réticentes alors que le gouvernement envisage de les mettre à contribution pour réaliser des économies et ainsi éviter un dérapage des comptes publics.
Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire.
Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire. (Crédits : Reuters)

(Article publié le 7/12/2018 à 15h15 mis à jour le 7/12/2018 à 16h20)

Tout le monde devra prendre sa part avait prévenu Muriel Pénicaud. La ministre du Travail a reçu ce vendredi matin à son ministère les organisations syndicales (sauf la CGT) et patronales accompagnée de cinq autres membres du gouvernement (Jacqueline Gourault et Sébastien Lecornu - Cohésion des territoires -, Elisabeth Borne - Transports - , Julien Denormandie - Ville et Logement -  et Emmanuelle Wargon - secrétaire d'État à la Transition écologique -). Objectif : évoquer la contribution des entreprises dans la résolution de la crise des «gilets jaunes». Alors que la hausse du pouvoir d'achat constitue l'une des revendications majeures portée par le mouvement contestataire, cette réunion tripartite a fait émerger un consensus général autour d'une proposition initialement formulée par le président de la région des Hauts-de-France Xavier Bertrand : le versement aux salariés d'une prime exceptionnelle défiscalisée jusqu'à 1.000 euros.

C'est «une bonne idée [...] dans les secteurs ou ça va bien on pourra faire un geste», a confirmé, ce vendredi matin au micro de France Inter, le président du Medef Geoffroy Roux de Bézieux. De fait, les organisations patronales souhaitent que le versement de la prime soit laissé à la discrétion des employeurs. «Le caractère volontaire est essentiel parce que malheureusement la situation des entreprises ne permet pas de la généraliser», a expliqué Jean-Eudes du Mesnil du Buisson de la Confédération des petites et moyennes entreprise (CPME). Une condition que ne satisfait pas Laurent Berger de la CFDT qui souhaite pour sa part une prime «obligatoire». De manière générale, les syndicats des travailleurs ont souligné de concert le caractère court-termiste de la prime défiscalisée : «c'est une des solutions mais c'est du 'one-shot', ce n'est pas une solution structurelle», a analysé Laurent Berger.

Les entreprises sous pression

Or, la colère des «gilets jaunes», oblige de manière pressante à trouver des solutions viables sur le long terme. C'est ce qu'a indiqué la ministre du Travail Muriel Pénicaud plus tôt ce matin sur BFM Business en enjoignant les entreprises a augmenter les salaires de leurs employés face à «l'urgence absolue» que représente la crise des «gilets jaunes».

«Que les grandes entreprises montrent l'exemple et il y en a beaucoup qui sont prêtes à le faire, qui le disent. Il y a des branches qui ont fait l'accompagnement des salaires ces dernières années, d'autres moins. Je sais qu'elles sont prêtes à le faire, il faut le faire», a martelé la ministre du Travail qui a confié exclure d'imposer par la loi une augmentation générale des salaires«ça n'a pas de sens, on détruirait de la compétitivité et de l'emploi».

Prime exceptionnelle défiscalisée

La veille, c'était le ministre de l'Economie Bruno Le Maire qui exhortait sur France 2 les patrons à augmenter les salaires de leurs employés via la proposition de versement d'une prime exceptionnelle défiscalisée. «Une prime totalement défiscalisée, j'y suis favorable car ça permet de soutenir ceux qui travaillent», a affirmé Bruno Le Maire. Dans le détail, la prime évoquée pourrait être défiscalisée jusqu'à 1.000 euros et ne serait versée que si l'entreprise le souhaite. M. Le Maire a indiqué vouloir que «le plus grand nombre d'entreprises puisse verser cette prime au plus grand nombre de salariés en reconnaissance de leur travail, de leur efficacité et de leur engagement au service de leur entreprise».

Le Premier ministre Edouard Philippe a également évoqué, ce jeudi, dans son discours devant le Sénat, des mesures ciblées pour les bas salaires sans toutefois en préciser les contours alors que, dans le même temps, plusieurs députés de la majorité poussent pour une revalorisation de la prime d'activité pour les salaires juste au-dessus du Smic. Pour cause, ces derniers ne sont pour l'heure pas concernés par la hausse de 30 euros par mois qui doit intervenir au 1er avril 2019.

Le patronat et les chefs d'entreprises plutôt réticents

Pour leur part, les représentants des patrons refusent tout alourdissement de leurs charges ou de la pression fiscale. Le président du Medef Geoffroy Roux de Bézieux a, par ailleurs, confié ce vendredi matin au micro de France Inter, craindre que le gouvernement dirigent les mécontentements vers les entreprises et qu'elles deviennent les «boucs émissaires d'une révolte fiscale» alors que la crise des «gilets jaunes» suscite déjà l'inquiétude au plus haut niveau de l'Etat.

Lire aussi : "Gilets jaunes, Acte IV", une manifestation à haut risque pour samedi

« Je ne voudrais pas que cette révolte fiscale se transforme en mettant en accusation des entreprises qui font leur travail. On pointe du doigt les entreprises alors que c'est un problème d'impôt », a-t-il regretté.

« Si on se tourne vers les entreprises pour augmenter les impôts, malheureusement le chômage va repartir à la hausse», a-t-il également prévenu déplorant par la même occasion que la France soit le pays de l'OCDE où le poids des prélèvements fiscaux était le plus important en 2017 avec 46,2% du PIB, selon des chiffres du Medef publiés ce jeudi. Sommés d'agir, les chefs d'entreprises semblent réticents. Le PDG d'Orange Stéphane Richard a pour sa part expliqué, ce vendredi sur FranceInfo, ne pas apprécier «l'idée que les grandes entreprises c'est un tas d'or dans lequel on peut puiser finalement à sa guise» soulignant qu'elles évoluaient «sur des marchés très concurrentiels».

La question budgétaire oblige à des économies

Pas certain que cet argumentaire trouve écho auprès du gouvernement qui a désormais les entreprises dans sa ligne de mire. En cause, l'abandon de la totalité des hausses de taxe carbone pour 2019 qui représente un manque à gagner de 4 milliards d'euros pour l'Etat. La France va devoir combler ce trou pour se conformer à ses prévisions de déficit public estimé à 2,8% du PIB l'an prochain - objectif finalement abandonné -  et surtout ne pas dépasser les 3% du PIB comme l'exige Bruxelles. Une addition qui devrait encore grossir en raison des concessions accordées à La Réunion (augmentation anticipée des minimas sociaux) ou encore la baisse des taxes sur l'électricité.

Aussi, le gouvernement va devoir faire des économies et les entreprises pourraient être les premières mises à contribution à travers trois volets. D'abord, le taux de l'impôt sur les sociétés. Le gouvernement souhaitait initialement le ramener à 25% à l'horizon 2022. L'une des pistes évoquées mènerait à l'annulation de l'étape prévue en 2019 de baisse du taux de 33% à 31%. Le second point concerne la transformation du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) en baisse de charges pérennes. Le gouvernement pourrait revoir les modalités du CICE dans le but d'en atténuer le coût sur les finances publiques. Enfin, le gouvernement pourrait décider de retarder à nouveau le coup de pouce supplémentaire de 4 points au niveau du Smic, déjà reculé de janvier à octobre 2019. Reporter l'échéance à janvier 2020 rapporterait 700 millions d'euros.

(Avec agences)

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Commentaires 25
à écrit le 14/01/2020 à 11:51
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Si le gouvernement veut donner du pouvoir d'achat, il faut baisser les prélèvements sociaux (1 page complète sur une feuille de paye) et les impôts. On se demande comment le budget est géré depuis 20 ans? La dette explose , 2415 milliards d'euros plu...

à écrit le 14/01/2020 à 11:42
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Augmenter les salaires, c'est augmenter le coût du travail. Vous ne pouvez pas dire cela alors que le premier ministre a fermé la porte à une augmentation de la part patronale des retraites. Demander tout et son contraire ! Un peu de cohérence Mes...

à écrit le 13/01/2019 à 4:16
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Ce gouvernement - comme ses prédécesseurs - montre qu'il est toujours faible devant la force ; celle de manifestants (et casseurs) décidés ET devant les patrons Ce serait risible, si tellement - employés, pauvres, précaires, sdf, handicapés, smica...

à écrit le 09/12/2018 à 10:01
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Si l'état était géré comme une entreprise, nous en serions pas là aujourd'hui.On a empilé pendant des années taxes et impôts sans se demander si l'édifice n'allait pas céder un jour ou l'autre... Nos politicards de tous bords ont été incapables de c...

à écrit le 08/12/2018 à 15:59
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Probablement une bonne mesure pour gagner du temps.Mais c'est aussi une spoliation des actionnaires,puisque cet argent sera pris sur les bénéfices !

à écrit le 08/12/2018 à 14:31
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Macron, qu'il le déclare ou pas, pour faire rentrer de l'argent dans les caisses de l'état au nom de la santé publique a créé la « taxe soda ». Ensuite il a voulu rétablir l'impôt "La Gabelle" sur le sel également.

à écrit le 08/12/2018 à 11:38
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se n'est pas aux entreprise de payer les erreurs de votre gouvernement retire des taxes et des impots et le calme reviendras arretez de vivre sous les dorures mettez vos palais en musé et decentralise vos ministere a la campagne

à écrit le 08/12/2018 à 11:32
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m lemaire quand prendrez conscience que mme Merkel se moque de l'europe et ne s'en sert que pour les intérêts de l'allemagne et non de l'europe et vous qui ne voyer que l'europe et non la France voila ce que ressente les gilets jaune et moi

à écrit le 08/12/2018 à 0:13
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"inquiétude au plus haut niveau de l'Etat". L'Etat craint enfin le prolétariat et va se mettre au service des français, ceux qui ne sont rien, coûtent un pognon de dingues, les 28% absents de la fonction publique, les pauvres, les smicards, les chôme...

à écrit le 07/12/2018 à 22:47
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moi je dirais plutôt que c'est mettre la main au porte feuille ! Et ils ont de la chance, on les prie aimablement de bien vouloir faire un geste sans obligation.. On voit qui sont les chouchous. Nous, les riens, on nous balance la facture dans ...

à écrit le 07/12/2018 à 22:15
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Permettre à moindre cout pour l'état de faire un geste (mais tout de même cela est défiscalisé et partie de ce qui passera dans ce cadre aurait, peut-être, été donné quand même donc aurait apporté des rentrées fiscales.. on n'épiloguera pas: mais le ...

à écrit le 07/12/2018 à 21:24
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Notre pays et gouvernement sont géniaux. Faites ce que je vous dit, mais ne faites pas ce que je fais...L'état ferait mieux d'appliquer ces bons préceptes lui même et augmenter les petits salaires de ses agents....et ceux de ses agents qui sont gelée...

à écrit le 07/12/2018 à 19:33
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Quelle Irresponsabilité Politique et Culot, avec le record mondial de Prélèvements Obligatoires 46.2% et 57% de dépenses publiques-gaspill, 100% de dette sur PIB/An. Fais le ménage chez toi Etat-Politique Cigale, avant de sortir exiger en dehors. " ...

à écrit le 07/12/2018 à 17:18
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"a expliqué Jean-Eudes du Mesnil du Buisson de la Confédération des petites et moyennes entreprise (CPME)". Tiens, un comte, il en reste .

le 07/12/2018 à 22:49
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Espérons qu'il soit bon, ça fera un bon ami.

à écrit le 07/12/2018 à 17:07
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Les trésoreries sont à sec .

le 07/12/2018 à 22:50
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Manque de liquide? Un problème de ruissellement probablement. OK, je sors..

à écrit le 07/12/2018 à 16:26
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Evidemment puisqu' il ne peut rien faire dans l' UE. Les Gilets jaunes demandent du pouvoir d'achat généralisé et que propose le gouvernement ? Demander une aide à la carte et au bon vouloir bienveillant des entreprises ...?? Sidérant mai...

le 07/12/2018 à 18:38
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Puisque la BCE à creer 2400 mds d euros quelle à donner aux banques en contre partie des obligations d Etats quelles détenaient , pourquoi continuons nous à payer les intérêts ..

à écrit le 07/12/2018 à 15:23
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la PROPOSITION DE MR BERTRAND n'a aucun sens c'est encore une niche fiscale !!!!! puisque tout le monde n'y à pas droit .C'est aussi de nouvelles charges pour les entreprises !! ! au depart cela les interesse pour eviter une augmentation des salair...

le 07/12/2018 à 18:48
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Il faut aussi rajouter à votre liste un représentant des gilets jaunes (passé sur A2) et qui est un fonctionnaire territorial payé depuis 10 ans (2008) à ne rien faire.

à écrit le 07/12/2018 à 15:09
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Geoffroy Roux de Bézieux ce matin 07 déc. sur France Inter: 'il faut baisser la dépense publiques', mais en même temps il demande: 'l'Etat doit aider les entreprises vu le contexte actuel'. Même le patronat demande un truc et son contraire...

le 07/12/2018 à 17:24
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Loi travail ,CICE ,il a pourtant été gâté notre Geoffroy.

le 14/01/2020 à 12:09
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La dépense publique n'est pas toujours un gaspillage et un grand nombre de sociétés en profite énormément . Ce que l'état dépense revient dans le circuit et soutient toute l'activité . Quand au prétexte de la compétitivité il est sans nuance . Qu'a ...

à écrit le 07/12/2018 à 15:02
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Ça ne répond en rien au problème des retraités qui voient leur pouvoir d'achat fondre à vue d'oeil, ni au sentiment de mépris de classe distillé par la clique au pouvoir, ni à surtaxation de l’énergie, ni à l'injustice fiscale, ni à la situation des ...

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