Grippe aviaire: le niveau de risque relevé à « modéré » avec l'arrivée d'oiseaux migrateurs
latribune.fr
Le gouvernement a rendu obligatoire la vaccination contre la grippe aviaire dans les élevages de plus de 250 canards (hors reproducteurs).
Regis Duvignau
Le niveau de risque lié à la grippe aviaire sur le territoire métropolitain français sera relevé mercredi de « négligeable » à « modéré », a révélé le Journal officiel ce mardi. Objectif : « renforcer les mesures de surveillance et de prévention » face à la « possibilité de diffusion du virus » par le passage d'oiseaux migrateurs dans l'Hexagone.
Vigilance renforcée concernant la grippe aviaire - influenza aviaire hautement pathogène (IAHP) de son nom officiel - en France. Le risque épizootique auquel sont exposés les volailles et autres oiseaux captifs va passer ce mercredi de « négligeable » à « modéré », soit la deuxième catégorie la plus élevée sur trois, peut-on lire ce mardi au Journal officiel (JO).
« Cet arrêté qualifiant le niveau de risque influenza aviaire hautement pathogène est pris suite à la mise en évidence d'une dynamique d'infection dans l'avifaune sauvage migratrice dans les pays voisins et vise à renforcer les mesures de surveillance et de prévention », est-il précisé.
Les cas d'infections d'oiseaux se sont en effet multipliés ces dernières semaines dans plusieurs pays européens, dont certains proches de la France. Des foyers de volailles infectées ont ainsi été détectés début octobre en Hongrie, en Moldavie, en Allemagne et dans un élevage de dindes en Italie.
Et outre ces « nombreuses détections » dans les élevages et basse-cours, le bulletin souligne « une forte dynamique d'infection présente dès maintenant chez les oiseaux sauvages, y compris les migrateurs, dans les couloirs de migration actifs en amont de la France ». Le relèvement du niveau de risque est ainsi lié à une « possibilité de diffusion du virus par ces oiseaux migrateurs, de passage sur le territoire français métropolitain », confirme l'arrêté du Journal officiel.
Au total depuis début août, « dix-huit foyers de volailles, 35 foyers d'oiseaux captifs et 65 cas chez l'avifaune sauvage libre ont été détectés en Europe », selon le dernier bulletin hebdomadaire de la plateforme française d'épidémiosurveillance en santé animale. Et côté français, « quatre foyers de volailles, un foyer d'oiseaux captifs et neuf cas sauvages » ont été détectés, dont le dernier en date concernait fin septembre un élevage dans le Finistère.
Vaccination obligatoire
Si l'Hexagone est pour le moment peu concerné par l'épizootie de grippe aviaire, tel n'a pas toujours été le cas dans le passé. Après avoir été touchée de façon sporadique en 2006 et 2007 puis de façon plus importante entre 2015 et 2017, la France connaît des épizooties chaque année depuis 2020. Près de 2.300 élevages ont été contaminés entre les périodes 2020-2021 et 2022-2023, entraînant l'abattage de 35,5 millions de volailles, selon les chiffres du gouvernement.
Newsletter
L’Alerte La Tribune
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.
Dans ce contexte et pour casser cette spirale, l'État français a décidé de rendre obligatoire la vaccination dans les élevages de plus de 250 canards (hors reproducteurs) en fin d'année dernière. Ce qui semblerait avoir porté ses fruits puisque la France n'a pas connu de flambée épidémique en 2023-2024. Si bien que la campagne de vaccination des canards a été réitérée pour cette année. Elle a démarré le 1er octobre dernier avec une prise en charge par les finances publiques de « 70% des coûts générés par les trois premiers mois » de cette opération.
La vaccination« doit permettre de limiter le coût global (économique, humain, financier...) des crises »et« offre une ligne de défense supplémentaire dans le dispositif de protection des élevages », met en avant le gouvernement.
La France est le seul pays d'Europe à vacciner des animaux d'élevage contre la grippe aviaire. Une démarche souhaitée et attendue notamment par les éleveurs de canards à foie gras, mais qui lui a fermé - au moins provisoirement - des marchés à l'export, comme le Japon.
Reste que l'IAHP n'est pas la seule maladie animale à représenter une menace pour les professionnels français de l'élevage. Les ovins sont en effet de leur côté touchés par la fièvre catarrhale ovine (FCO), tout comme les bovins qui sont aussi menacés par la maladie hémorragique épizootique (MHE). Ces deux épizooties progressent assez fortement en France : 4.644 foyers de FCO de sérotype 3 ont été recensés au 3 octobre (soit 900 de plus que la semaine précédente) et 1.778 de MHE (294 supplémentaires), selon le bilan du ministère de l'Agriculture.
« Les éleveurs se trouvent pris en tenaille entre plusieurs problèmes sanitaires »,avait résumé Anne-Marie Denis, présidente du syndicat majoritaire FNSEA, lors du salon des productions animales mi-septembre à Rennes.
Dans ce contexte, une campagne de vaccination volontaire a été lancée dans les élevages contre la FCO de sérotype 3 en août et une autre campagne vaccinale a aussi démarré contre la MHE fin septembre. Et face aux importantes pertes de certains éleveurs d'ovins et de bovins dues à la FCO, le Premier ministre Michel Barnier a promis début octobre « une enveloppe de 75 millions d'euros » pour les éleveurs victimes.