Hausse du Smic à 1.600 euros : elle « serait très mauvaise pour l'emploi », avertit la Banque de France
latribune.fr
« Nous dépensons, y compris pour les dépenses sociales et les retraites, beaucoup plus que nous ne payons en impôt. Ca donne le déficit budgétaire », a conclu François Villeroy de Galhau.
Ce jeudi, le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a prévenu que des « coûts salariaux excessifs, y compris le Smic » et « des impôts trop lourds » sur les entreprises, « serait très mauvaise pour l'emploi ». Une réponse au programme du NFP, arrivé en tête des élections législatives, qui propose de revaloriser le Smic à 1.600 euros.
Le gouverneur de la Banque de France a critiqué, à demi-mot, le programme du Nouveau Front populaire, quatre jours après le second tour des élections législatives. Alors que le NFP, l'alliance de gauche arrivée en tête du second tour, propose de relever le Smic de plus de 200 euros pour le porter à 1.600 euros net, le patron de la banque centrale a été invité au micro de France info, ce jeudi, à commenter l'impact de cette mesure sur les entreprises.
A la Banque de France, « nous n'avons pas d'évaluation de telle ou telle mesure », a assuré son gouverneur dans la matinée.
«Mais je crois (...) que dans la compétition économique, nos PME, nos entreprises ne peuvent pas être alourdies par des coûts salariaux excessifs, y compris le Smic, et par des impôts trop lourds», a-t-il poursuivi.«Ca serait très mauvais pour l'emploi tout de suite, et très mauvais pour le pouvoir d'achat à terme», a jugé François Villeroy de Galhau.
Des conséquences multiples
Un avis partagé, y compris chez les patrons. Selon une enquête publiée fin juin par la CPME, 14% des dirigeants déclarent qu'ils cesseraient leur activité dans l'hypothèse d'une hausse du salaire minimum à 1.600 euros net, 27% qu'ils licencieraient et 50% qu'ils répercuteraient ces hausses salariales sur leurs prix de vente. « Seul un dirigeant sur 10 (10%) serait en capacité d'absorber ce surcoût dans ses marges », avait complété la CPME dans un communiqué.
Si l'on en croît plusieurs économistes, les répercussions seraient plus nuancées. Une revalorisation du Smic serait susceptible d'engendrer une hausse de la consommation. « Les salaires auront augmenté, donc ça va faire de la demande supplémentaire. Cet effet "demande" crée 142.000 emplois », avait avancé l'économiste de l'OFCE, Eric Heyer, à La Tribune, fin juin.
De plus, « les exonérations de cotisations sociales dépendent du niveau du Smic. Quand le Smic augmente et qu'il n'y a pas une diffusion complète de ce Smic sur les autres salaires, davantage de personnes bénéficient de ces exonérations. Cela engendre une baisse du coût du travail pour les entreprises qui crée 151.000 emplois », avait ajouté ce dernier. En clair, si le Smic augmente mais pas les salaires juste au-dessus, la réduction générale des cotisations patronales, qui permet aux employeurs de baisser les charges pour les salaires ne dépassant pas 1,6 Smic par an, concernera plus de salariés. Cela entraînera une baisse du coût du travail et donc des embauches pour les entreprises.
Le Medef vent debout contre le programme du NFP
Une vision que ne partage pas le président du Medef. Mardi, dans un entretien accordé aux quotidien Les Echos, Patrick Martin a affirmé que le programme du NFP serait « fatal » à l'économie française, s'il était mis en place. C'est « le programme de La France insoumise», a-t-il fustigé au lendemain d'un communiqué du Medef qui avançait que les propositions du NFP pourraient plonger le pays dans une crise économique « profonde et durable ».
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Concernant la hausse du Smic, « l'enjeu du pouvoir d'achat est réel. Mais pour y répondre, il faut avant tout créer de l'emploi. Jusqu'à preuve du contraire, une personne en emploi gagne mieux sa vie qu'une personne au chômage : il nous faut de la croissance. Ensuite, pour améliorer les rémunérations, il faut monter en gamme, notamment grâce aux qualifications et aux formations. Je me désole que les programmes politiques n'en fassent jamais mention », a précisé le dirigeant de la première organisation patronale française.
Hausse des faillites d'entreprises en 2024
Une inquiétude du Medef d'autant plus forte qu'une étude a sonné l'alarme sur la santé des entreprises françaises mercredi. Le cabinet Altarès a dévoilé, mercredi, des chiffres préoccupants sur la santé des entreprises. « Nous avons un trimestre assez terrible. Il y a assez peu de référence équivalente dans notre histoire récente. Les rares périodes aussi douloureuses correspondent à la crise financière de 2009 ou la crise des dettes souveraines de 2012-2013 », explique Thierry Millon, directeur des études, contacté par La Tribune.
Au total, près de 69.000 emplois seraient menacés rien que sur le second trimestre et plus de 220.000 sur l'année 2024. Sur le départ, le gouvernement de Gabriel Attal pourrait laisser un dossier potentiellement explosif au prochain exécutif.
Dans le détail, le nombre de défaillances a bondi de 23,4% entre le second trimestre 2023 et le second trimestre 2024, passant de 13.266 à 16.371. A titre de comparaison, la moyenne était autour de 10.000 sur les cinq dernières années. Comment cette vive accélération s'explique-t-elle ? « Ce n'est pas une surprise. On sort d'une période atypique. Le niveau de défaillances est descendu très bas en 2021 et il remonte progressivement », souligne Thierry Millon.
Trop de dépenses publiques, pas assez d'impôts
De son côté, la Banque de France a fait état d'une incertitude des entrepreneurs « à ses plus hauts niveaux » depuis 2022. Pour rassurer ces derniers, le gouverneur a suggéré pour la dissiper de « dire la vérité (et de) reconnaître les exigences du réel ».
« Le réel, c'est que notre économie a des atouts, nous sommes la 7e économie du monde, il y a 30 millions de Français au travail, beaucoup d'entreprises performantes... Il faut muscler ces atouts », a affirmé son gouverneur ce jeudi, avant de pointer ce qu'il voit comme « deux grandes faiblesses de l'économie française ».
« Nous achetons plus que nous ne produisons, ça donne notre déficit extérieur », a souligné le gouverneur. Et « nous dépensons, y compris pour les dépenses sociales et les retraites, beaucoup plus que nous ne payons en impôt. Ca donne le déficit budgétaire », a conclu François Villeroy de Galhau.