Inflation : pourquoi la façon de communiquer les chiffres tend à gonfler la hausse des prix

La communication des chiffres de l'inflation est entachée de certains effets déformants comme le fait de l'indiquer plus souvent en « glissement annuel » (sur 12 douze mois) que d'un mois sur l'autre. Autre biais, l'inflation sous-jacente, qui exclut les prix très volatils (énergie, alimentation), est rarement mentionnée. Or son calcul montre qu'elle reste actuellement dérisoire par rapport aux grandes poussées inflationnistes du XXe siècle. Des biais préjudiciables car l'inflation est aussi un phénomène avec une dimension psychologique qui s'amplifie à cause de l'anxiété des acteurs économiques. Explications.
L'inflation est aussi un phénomène avec une dimension psychologique qui s'amplifie à cause de l'anxiété des acteurs économiques.
L'inflation est aussi un phénomène avec une dimension psychologique qui s'amplifie à cause de l'anxiété des acteurs économiques. (Crédits : Marcelo del Pozo)

« L'inflation bondit à +5,8% en juin, « l'inflation  grimpe à +4,8% en avril », « l'inflation explose à +3,6% en février » : ces derniers mois, les observateurs économiques ne brillent pas par leur modération. La hausse des prix est certes surprenante et inédite dans le monde occidental depuis les années 2000. Néanmoins, la présentation qui est faite des chiffres de l'inflation de mois en mois porte à confusion sur l'ampleur d'un phénomène qu'il convient de ramener à ses justes proportions.

Ainsi, lorsqu'on parle d'une inflation qui « bondit en juin », on a tendance à comprendre que les prix à la consommation de juin se sont envolés par rapport à ceux de mai. Or, il s'agit des chiffres de l'inflation en glissement annuel, comparant la hausse des prix d'un mois par rapport au même mois de l'année précédente.

Mensuelle, annuelle et sous-jacente : il n'existe pas qu'une inflation

« Ce qui est frappant depuis quelques mois, c'est que le rythme de l'inflation est donné en glissement annuel, ce qui tend à amplifier le phénomène, même si cela offre une perspective : ainsi une hausse de 5,8% en France en juin 2022 par rapport à juin 2021 signifie qu'en un an les prix ont augmenté de 5,8%. Mais en chiffres mensuels, les prix évoluent plus modérément et marquent le pas depuis avril : +0,3% en janvier 2022, +0,8% en février, +1,5% en mars, +0,4% en avril, +0,7% en mai et +0,7% en juin », analyse l'économiste et historien Michel-Pierre Chélini, qui rappelle que l'OCDE penche même pour un ralentissement de la hausse des prix au second semestre 2022 et pour l'année 2023.

Ce spécialiste de l'inflation s'étonne que les statistiques de l'inflation soient commentées de manière quasiment instantanée au jour le jour. « Pour avoir étudié l'inflation en France après la Seconde guerre mondiale, on peut dire que cela occupait la presse, mais pas vraiment la radio et les indices des prix n'étaient pas très connus. On parlait de « vie chère » », observe-t-il.

A l'époque, la flambée des prix était pourtant incomparable à ce qu'elle est aujourd'hui, avec une hausse de 60% par an entre 1945 et 1948. Le niveau d'inflation actuel paraît aussi très modéré une fois comparé au choc pétrolier de 1973 (+13,7% sur un an) ou au début des années 1920 (jusqu'à +40% d'inflation annuelle).

Dramatiser l'inflation aggrave... l'inflation

Autre élément qui permettrait de relativiser l'inflation et de contredire le poncif selon lequel « tout augmente » : l'inflation sous-jacente. Cet indice, qui exclut les prix très volatils de l'énergie et les denrées alimentaires, n'est que rarement donné. Elle atteint +3,7% sur un an, en restant parfaitement stable entre mai et juin. Contre-productive, la dramatisation excessive de l'inflation dans les discours médiatiques et politiques pourrait même... aggraver la tendance.

« En phase inflationniste, les phénomènes d'opinion sont très importants. Les réactions émotionnelles que peuvent avoir les consommateurs et les entreprises peuvent contribuer à alimenter involontairement le phénomène (part « psychologique » de l'inflation). Calmer le jeu fait aussi partie de la stratégie anti-inflationniste elle-même », conclut le professeur à l'université d'Artois Michel-Pierre Chélini.

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Commentaires 9
à écrit le 16/07/2022 à 14:14
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Les prix ont surtout augmenté because of la hausse des carburants!!! merci les taxes made in France....mais globalement, tout est plus cher....la moindre plaquette de beurre est vendue autour de 2.50-2.90€ les 250gr, le café que j'achète est resté st...

le 17/07/2022 à 8:17
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"ce qui est très contenu, la moutarde? introuvable" Dijon doit se trouver entre l’Ukraine et la Russie

à écrit le 15/07/2022 à 17:47
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je sais pas ou les gens trouve le pognon ..pour partir en vacances ........les magasins de vêtements désemplissent pas....les restos pareil ................................je part jamais en vacances un coup tout les frais d' un ménage ....à découver...

à écrit le 15/07/2022 à 14:43
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les calculs de l'insee sur l'inflation et la croissance comportant eux meme des biais et des choix de criteres tres politiques qui permettent aux politiques d'afficher ce qui leur convient le mieux, cet article est notoirement biaisée lui meme, afin ...

à écrit le 15/07/2022 à 7:57
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L'inflation est l'une des plus contenue en France. Les effets dans d'autres pays sont incroyables. En Bulgarie, 1/3 des locaux commerciaux sont vacants. Le prix de la pâte philo (500gr, c'est aussi commun que la baguette en France) est de 3,80lv so...

à écrit le 15/07/2022 à 7:25
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Comme quoi on peut faire dire n'importe quoi aux chiffres en omettant les circonstances, comme pour une épidemie, et l'influence sur les conséquences que l'on veut nous faire "avaler" au profit d'intérêts particuliers!

à écrit le 14/07/2022 à 22:58
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Je me demande aussi

à écrit le 14/07/2022 à 10:44
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L article apporte un angle de vue intéressant … mais il aurait été encore plus pertinent de décortiquer la structure de calcul de l inflation … car cela aurait permis de voir quel secteur «  profitait » des effets d annonce d inflation pour augmenter...

à écrit le 14/07/2022 à 9:38
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Une bonne idée d'article, il est toujours intéressant d'apprendre le fond des statistiques maintenant :"Par ailleurs, l'inflation sous-jacente, un indice qui exclut les prix très volatils de l'énergie et les denrées alimentaires, n'est que rarement d...

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