Jean-Claude Mailly : "Sur la loi Travail, le gouvernement peut reculer dans l'honneur"

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Pour le secrétaire général de FO, la phase de conciliation en Conseil des prud'hommes devrait être privilégiée, ce qui permettrait de rassurer les patrons de PME/TPE.
Pour le secrétaire général de FO, la phase de conciliation en Conseil des prud'hommes devrait être privilégiée, ce qui permettrait de rassurer les patrons de PME/TPE. (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2012. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
Le secrétaire général de Force Ouvrière persiste dans sa détermination à faire plier le gouvernement sur la loi travail. Il l'invite à tout remettre à plat. Il avance des solutions pour favoriser le dialogue social dans les PME et faciliter la procédure prud'homale.

La Tribune - De nouvelles journées d'action contre la loi Travail sont programmées pour les 5 et 9 avril, estimez-vous que l'on entre dans un scénario façon "contrat première embauche" (CPE) d'il y a dix ans?

Jean-Claude Mailly- Le 5 avril, c'est surtout la journée d'action contre la loi des étudiants et des lycéens mais nous les soutenons. En revanche, le 9 avril, ce sont les sept organisations [ CGT, FO, FSU, Solidaires, Unef, UNL et FIDL] qui ont mobilisé le 31 mars qui appellent de nouveau à agir. Et organiser cela un samedi va permettre d'élargir le mouvement à des gens qui n'avaient pas la possibilité de manifester en semaine.Oui, c'est exact qu'il y a quelques similitudes avec le CPE: même manque de dialogue de la part du gouvernement, même bagarre menée conjointement par des organisations de salariés et de jeunes, même scénario d'un mouvement qui s'installe dans la durée...

Vous appelez toujours à un retrait pur et simple du texte, mais est-ce crédible?

- Je dis que le gouvernement peut annoncer une remise à plat du texte, ce serait un recul dans l'honneur. Les premiers reculs annoncés par le Premier ministre le 14 mars restent pour nous insuffisants. Ils ont cependant été obtenus grâce à notre mobilisation du 9 mars, c'est pour cela qu'il faut poursuivre le mouvement.

Mais ne serait-il pas plus réaliste de demander le retrait des points durs?

- Non, car ce n'est pas une question de quelques points durs mais plutôt une question de philosophie générale du texte qui ne nous convient pas, qu'il s'agisse de l'inversion de la hiérarchie des normes, même si elle n'est pas présentée comme cela dans le projet, du referendum, des licenciements économiques, etc. Tous les députés que nous rencontrons se disent troublés par le texte. Et, pour encore mieux faire passer notre point de vue, les sept organisations vont cosigner  une lettre commune qui sera adressée dès la semaine prochaine à la totalité des 577 députés.

Comprenez-vous que les TPE/PME se sentent les grandes oubliées du projet?

- Il y a plusieurs moyens pour favoriser la négociation collective et le dialogue social dans les petites entreprises. D'abord, on peut faire des accords de branche d'application directe dans les entreprises, on peut aussi désigner un représentant syndical dans les PME, je suis même prêt à ce qu'il ne dispose pas d'heures de délégation, on peut aussi pratiquer le mandatement d'un salarié. Je ne comprends pas que les organisations patronales refusent cela alors qu'elles se disent favorables au dialogue social. Ceci dit, je peux comprendre l'employeur de TPE qui a un problème avec un salarié ou avec son chiffre d'affaires. Mais, là aussi, des solutions existent ou peuvent être apportées. Je rappelle qu'il est tout de même possible de mener des licenciements économiques dans ce pays. Comme il est possible de pratiquer une rupture conventionnelle, il y en a eu 360.000 en 2015, tout de même.

Quant aux prud'hommes, je rappelle que 80% des demandes émanent de salariés de PME. Il faut favoriser la conciliation, en exigeant la présence obligatoire de l'employeur lors de cette phase, ce qui est rarement le cas actuellement. Et je ne comprends toujours pas pourquoi les organisations patronales n'assurent pas une assistance juridique aux patrons de PME. Nous, nous le faisons avec les salariés.

Vous soutenez que cette loi ne permettra pas de créer des emplois...

- Oui, car personne n'a jamais apporté la preuve qu'il y avait un lien entre plus de flexibilité et de précarité et les créations d'emplois... C'est l'OCDE qui le dit. On retrouve d'ailleurs ce débat chez les économistes divisés entre les libéraux, dont Jean Tirole, et les keynésiens comme Daniel Cohen. Je pense même que cette loi va détruire des emplois en facilitant les licenciements et précariser davantage en permettant de baisser les salaires.

Voyez-vous un lien entre la loi Travail et la négociation sur l'assurance chômage?

- Bien sûr, car nous sentons une radicalisation du patronat dans la négociation, notamment sur les questions liées aux intermittents où sa position s'est raidie sur les économies demandées. S'agissant du régime général, Myriam El Khomri a évoqué une surtaxation pour les contrats courts. A FO, nous préférons continuer de défendre notre idée de bonus-malus par branche: on regarde le taux moyen d'utilisation des CDD courts dans une branche, les entreprises qui sont au-dessus doivent payer davantage de cotisation chômage et celles qui sont en dessous moins.

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Commentaires
a écrit le 02/04/2016 à 17:57 :
@ BONJOUR : Malheureusement de n'est pas possible ! Une marionnette ne peut pas contredire son ventriloque... pas vrai Monsieur GATTAZ bravo votre immitation de qui vous savez vraiment réaliste on s'y croirait!
a écrit le 02/04/2016 à 11:39 :
Pires que Valls Hollande au macron c est du vent et en plus m allé honnête
a écrit le 02/04/2016 à 10:06 :
Un indécent , imbus de ses privilèges ...
a écrit le 02/04/2016 à 9:05 :
La toute puissance des syndicats dits représentatifs par décision de l'état va jusqu'à transformer le droit du travail en droit au chômage. Nous ne sommes pas loin du scandale des ateliers nationaux créés par le droit au travail de Louis Blanc en 1948.
a écrit le 02/04/2016 à 8:16 :
Tout va bien,surtout on ne change rien et on dialogue.comme pour les retraites sous Juppé et Rocard,mais au final....(avec des dégâts en plus )
a écrit le 02/04/2016 à 7:57 :
Mr MAILLY
C'est bien vous qui avait eu cette célèbre analyse sur la dette publique : "La dette ? c'est pas grave, c'est de l'argent qu'on se doit à nous même". On aurait au moins dû vous nommer président du FMI, ministre des finances ou lauréat du prix Nobel d'économie pour cette 'célèbre analyse'.
Vous avez le verbe facile et le don de la rhétorique mais avant d'haranguer les foules pour les mobiliser à la grève ou la manif, avez-vous déjà créé ou dirigé une entreprise ? (on pourrait en dire autant sur les politiques qui nous gouvernent)
Cela vous aiderait peut-être à 'nuancer' vos propos et 'théories fumeuses'
Bien à vous
a écrit le 01/04/2016 à 23:32 :
Il est plaisant de lire les commentaires anti syndicaux de ceux qui fustigent les manifestations actuelles. Si les syndicats représentent si peu de monde alors que font tous ces gens dans la rue? Ils sont d'accord? Supprimons les syndicats, avec qui négocieront les entreprises? Chaque salarié? un par un? Va falloir embaucher. Et puis il faudra joyeusement coordonner tous ces contrats négociés en vrac. Et quel sera l'engagement d'un salarié qui pourra être licencié du jour au lendemain? Pas facile non plus de retrouver ceux qui seront partis avec le know how...Réfléchissez un peu camarades patrons...la dictature n'est pas la solution. Enfin, il ne faut pas inverser la cause et la conséquence. Si il n'y avait pas des atteintes aux droits des salariés il n'y aurait pas de manifestations....Allez, à bientôt dans la rue.
a écrit le 01/04/2016 à 17:17 :
Mr Mailly ne peut pas être crédible sur le sujet : il représente les fonctionnaires, et envoie les étudiants manifester, deux catégories qui n'ont rien à voir avec cette loi.
Ou alors, c'est un apparatchik qui gouverne le dernier pays soviétique : la France.
a écrit le 01/04/2016 à 17:01 :
Au moins en France, vous pouvez élire n'importe quel président.... Rien ne changera.
Toujours dans la rue à pleurnicher. Ce qui me désole c'est de voir la jeunesse revendiquer, je suis certain qu'elle ne sait même pas ce que contient le projet de loi.
Bon c'est le côté franchouillard que finalement nous aimons bien, nous les étrangers.
Sans ce côté rebelle, ce ne serait plus la France.
a écrit le 01/04/2016 à 16:41 :
soit c'est un idiot sans nom qui n'a vraiment rien compris a rien
( oui parce que parler de dialogue social dans les pme, hormis placer ses potes et assoir son pouvoir, hein, ca fait sourire au moment ou on parle d'emploi, pas de reunion de salon de the!!!)
soit c'est quelqu'un d'extrement cynique qui defend sa forteresse ( 8% des salaries, donc) en braillant tt et n'importe quoi du moment qu'il garde son pouvoir de nuisance ( et donc la main mise sur l'argent de la formation, des CE, etc, etc...)

j'ai mon idee sur la reponse
et dieu merci je rigole en me disant que les jeunes qui se font bien manipuler vont en payer les pots casses, puisque c'est ce qu'ils veulent
les autres iront voir si l'herbe est plus verte ailleurs ( mais seulement ceux qui ont des competences...)
a écrit le 01/04/2016 à 16:26 :
La CFTC voudrait jouer les pompiers pyromanes?
Ne jamais vouloir rien changer... c'est ce qu'on appelle le conservatisme.
Quand le conservatisme pour certains syndicats consiste à ne défendre que ceux qui ont un emploi "blindé", car c'est cela le fonds de l'affaire(hors les jeunes, ce sont eux qui manifestent), ils ne défendent ni les jeunes qui ont besoin de rentrer sur le marché de l'emploi, ni les chômeurs qui de toute façon sont sacrifiées.
S'il n'y a pas de flexibilité au licenciement, il 'y aura pas non plus de flexibilité à l'embauche. Excusez pour ce qui est des "gros mots" en France .
On peut retourner le problème dans tous les sens, c'est cela.
Mais cela ne doit pas être confondu avec la protection sociale et financière du salarié licencié qui peut et doit rester d'un haut niveau.
a écrit le 01/04/2016 à 16:22 :
Il arrive parfois que des syndicalistes aient de bonnes idées mais comme ils sont syndicalistes certains "dogmatiques" comme ceux qui s'expriment ci dessous leur interdisent d'en avoir ! Pourtant leur intérêt commun est la bonne marche de l'entrerprise et certains propositions de MAILLY sont bonnes ! Pourquoi toujours faire des lois pour les CAC 40 et oublier les TPE et les artisans alors que ce sont eux les véritables bassins d'emploi !
Quant au dialogue social, pour dialoguer il faut être deux et le patronant français n'arrive pas a la cheville du patronat allemand !
a écrit le 01/04/2016 à 15:30 :
Le bon yaka fokon, notre élite syndicale contre tout, n'a jamais apporté d'autre preuve que son incompétence sur les sujets de société et du monde du travail qu'ils sont censés défendre. La défense des salariés semble très éloignée de leurs préoccupations.
Réponse de le 01/04/2016 à 18:57 :
@toc: les syndicats sont des succursales des partis politiques :-)
a écrit le 01/04/2016 à 15:22 :
Les syndicats ne représentent que 5 % des salariés du privé, on se demande pourquoi
ils refusent toute évolution du contrat de travail. FO ou la CGT représentent surtout
les fonctionnaires qui eux, ont une garantie d'emplois à vie et ne cotisent pas aux régimes
de retraite. Cette attitude pénalise les jeunes qui ne peuvent pas entrer dans le marché du travail les employeurs ne pouvant pas prendre le risque de se tromper dans le contexte économique actuel.
Réponse de le 01/04/2016 à 23:39 :
Vous avez raison 😏 à force les autres ils /elles nous prenons au bien pour des fous ou des malades et ne laisse pas l'occasion pour avancer dans un contexte neutre😠😬😡😡
Réponse de le 02/04/2016 à 13:35 :
les classes dirigeantes ne représentent pas plus de 20 % des citoyens. Ce sont pourtant elles qui dirigent ce pays depuis plus de 40 ans et cela en bidouillant les élections grâce à l argent, l accaparement des médias ( trustes par les patrons du CAC 40 ), les menaces. L emploi à vie, c'est fini, sauf pour les politiciens, et les journalistes du système qui peuvent garder leur synecure pendant 30 à 40 ans.
a écrit le 01/04/2016 à 15:21 :
Ce cher chouchou des fonctionnaires n'a rien compris aux PME/TPE qui ne veulent pas de syndicalistes gauchistes à leur pourrir la vie chez eux ; simplement pouvoir embaucher et débaucher sans frais si la conjoncture de leur secteur d'activité se retourne et que les carnets de commandes baissent. En général ces patrons là ne sont pas comme MAILLY dans un beau bureau ou à la télé, mais se retroussent les manches et bossent avec leurs salariés.
a écrit le 01/04/2016 à 15:12 :
Et si le gouvernement développait simplement le recours à l'interim et baissait significativement le coût du CDI tel qu'il est entre 1 et 2 SMIC ? En couplant ces deux actions on développerait le CDI interimaire à la place du CDD et on règlerait une bonne partie du problème...

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