LA TRIBUNE - Pourquoi la santé mentale au travail est-elle devenue un enjeu majeur des organisations ? Comment est-on arrivé là ?
NOEMIE GUERRIN - Le travail en lui-même a changé. La notion même de travail, le rapport que nous entretenons avec lui n'est plus le même. Prenons l'exemple d'un mineur ou d'un agriculteur ; il y a quelques années, ces professions étaient dans un rapport de santé physique qui était mesurable. Aujourd'hui, les problèmes de santé psychique existent parce que les métiers ont évolué. Ce sont des métiers de service en général et des métiers du soin qui sont les plus concernés. Le burn-out a pris naissance dans le corps de métier des soignants dont les exigences ne sont plus physiques, mais cognitives et psychiques. Or, cette problématique n'a pas été mesurée en prévention primaire. Aujourd'hui, on n'a pas encore compris que, cognitivement parlant, émotionnellement parlant, psychiquement parlant, notre travail nous demandait beaucoup et que, tout comme ça l'est pour le physique, il y a des limites à ce que l'on peut supporter. Résultat : dans des secteurs entiers, les effectifs souffrent de mal-être et d'épuisement professionnel.
Cela signifie-t-il que les systèmes organisationnels n'ont pas évolué face à la transformation sociétale du travail ?
La grille de la sécurité sociale des maladies professionnelles est très parlante sur ce point ; elle n'intègre pas les troubles psychiques. Le burn-out n'est pas reconnu comme maladie professionnelle, alors que c'est l'expression individuelle d'un dysfonctionnement organisationnel. Aujourd'hui, le système n'a pas évolué à la vitesse de ce que le travail a parcouru comme chemin. De fait, on se retrouve avec une forte dissonance avec la réalité des structures de travail dans lesquelles on observe une souffrance grandissante. Face à ces changements d'organisation, a-t-on mis en place des mesures de prévention ? Est-ce qu'on a réfléchi à l'impact du travail du secteur tertiaire, à l'impact des métiers dans lequel on a besoin d'engager nos émotions et notre psychisme ? Je ne crois pas et je crois même qu'on le nie encore aujourd'hui.