La baisse des charges au-dessus de 1,6 SMIC critiquée par des économistes

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Dans l’industrie, le coût horaire moyen en France est désormais inférieur à celui de l’Allemagne (38,8 contre 40,20 euros en 2017) rappelle le CAE.
Dans l’industrie, le coût horaire moyen en France est désormais inférieur à celui de l’Allemagne (38,8 contre 40,20 euros en 2017) rappelle le CAE. (Crédits : MATTHIAS RIETSCHEL)
Trois économistes du Conseil d'analyse économique (CAE) défendent un allègement des cotisations ciblé sur les bas salaires dans une note rendue publique le 15 janvier.

Faut-il accentuer les diminutions de cotisations sociales sur les salaires intermédiaires? Voici une question qui pourrait alimenter les discussions lors du grand débat pendant les prochaines semaines. Le gouvernement prévoit en effet de transformer le crédit d'impôt sur la compétitivité emploi (CICE) en baisse de cotisations le 1er octobre prochain. Si le CICE est loin de faire l'unanimité, sa transformation en baisses de cotisations sociales pérennes pourrait encore représenter un manque à gagner considérable pour les finances publiques. Pour 2019, le coût annuel de l'ensemble des baisses de charges pour le trésor public est estimé à 60 milliards d'euros pour une efficacité parfois remise en cause.

Pour le patron de l'organisme en charge de conseiller le gouvernement sur les questions économiques, Philippe Martin, "on peut espérer que cette transformation ait un impact favorable sur l'emploi. Elle devrait être mieux comprise par les entreprises comme une baisse du coût du travail", ajoutant que "c'est Bruno Le Maire qui s'est posé la question de l'efficacité des baisses de charges". Mais "comme toutes les cotisations patronales auront été éliminées au niveau du Smic à la fin de 2019, cette stratégie de réduction du coût du travail a trouvé sa limite", ont constaté les économistes Yannick L'Horty, Philippe Martin et Thierry Mayer, auteurs du document.

> Lire aussi : La transformation du CICE en baisse de charges : une fausse bonne idée ?

Baisse des charges sur les bas salaires : un impact positif sur l'emploi

L'organisation plaide pour des réductions de cotisations plus ciblées. Dans leurs travaux, les auteurs expliquent que "les baisses du coût du travail, lorsqu'elles ne se font pas sous la forme d'un crédit d'impôt et lorsqu'elles sont concentrées sur les bas salaires, ont bien un impact positif sur l'emploi", selon la note du groupe de réflexion, publiée mardi et intitulée "Baisses de charges : stop ou encore?".

En revanche, les chercheurs indiquent que "les baisses de cotisations sociales sur les salaires plus élevés (au delà de 1,6 Smic) n'ont pas encore fait la preuve de leur efficacité : nous ne trouvons pas d'impact positif sur les exportations alors qu'elles étaient en grande partie motivées par un objectif de compétitivité."

Le CICE remis en cause

Les trois économistes se montrent très critiques à l'égard du CICE mis en place sous François Hollande. "Avec la mise en œuvre du CICE, les travaux d'évaluation du Laboratoire interdisciplinaire d'évaluation des politiques publiques (LIEPP) et du laboratoire de recherche Travail, emploi et politiques publiques (TEPP) commandés par France Stratégie convergent pour indiquer une faible efficacité en termes d'emplois créés, avec des élasticités d'un niveau faible voire nul." Ils ajoutent que cette enveloppe aurait ainsi été redistribuée "en partie sous forme de hausses des salaires, au bénéfice surtout des cadres, des professions intellectuelles supérieures et des professions intermédiaires," passant ainsi à côté des promesses d'embauches exprimées par l'ex-président socialiste.

> Lire aussi : CICE : une efficacité toujours plus incertaine

Une compétitivité-prix meilleure

La France fait partie des pays européens où le coût salarial est relativement élevé par rapport à ses voisins européens. Il s'est établi en 2017 à 36 euros en moyenne contre 34,1 euros en Allemagne et 30,3 euros dans l'ensemble des pays de la zone euro. "Ce constat occulte cependant de nombreuses hétérogénéités", rappellent tout de même les experts. "Dans l'industrie, le coût horaire moyen en France est désormais inférieur à celui de l'Allemagne (38,8 euros contre 40,20 euros en 2017), tandis qu'il est nettement plus élevé en France dans le secteur des services et dans la construction", ajoutent-ils. Malgré ces disparités, les économistes notent une amélioration de la compétitivité-prix en France.

"La compétitivité-prix de la France s'est fortement dégradée entre 2000 et 2008, en particulier vis-à-vis de l'Allemagne, ce qui explique en grande partie les mauvaises performances à l'exportation sur cette période. Depuis cette date, et surtout depuis 2013, la compétitivité-coût s'est améliorée, en partie du fait d'augmentations de salaire plus élevées en Allemagne qu'en France et du fait des politiques de baisses du coût du travail en France."

En revanche, la compétitivité hors-prix (qualité des produits à l'export, par exemple) des entreprises exportatrices demeurent toujours un point faible régulièrement souligné par les spécialistes. Sur ce sujet, "les économistes n'ont pas beaucoup de solutions à apporter", a signalé Philippe Martin lors de la conférence de presse, rappelant "qu'il existait peu d'études sur ce thème". Pourtant, les mauvais chiffres du commerce extérieur français rappellent régulièrement que cet enjeu demeure un point noir de l'économie tricolore.

> Lire aussi : Conjoncture : le déficit commercial se dégrade à nouveau

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Commentaires
a écrit le 20/01/2019 à 0:14 :
Etre compétitif en donnant de mauvais salaires, en économisant sur les charges c'est franchement stupide, le meilleur moyen de ne pas disposer d'un personnel compétant et dynamique, toutes les boîtes ou j'ai travaillé qui l'ont joué comme ça ont fermé.
Et c'était bien mérité.
Dans mon coin ça ne manque pas les propositions d'emploi, mais on comprend vite pourquoi ils ne trouvent personne.
Z'ont même pas le courage d'afficher leurs propositions tellement elles sont ridicules.
a écrit le 17/01/2019 à 22:49 :
Une baisse de cotisation correspond a une baisse de pension, pourquoi pas un forfait universel pour la retraite?
Réponse de le 18/01/2019 à 8:22 :
OK, pourquoi pas, mais alors là cotisation doit elle aussi être forfaitaire. Tout le monde cotise 300 euros, par exemple, quel que soit le revenu.
a écrit le 17/01/2019 à 17:53 :
c est une idee valables qui peut permetre a des assiosiations loi1901 de reprendre du personnel en les aidant a l insertion et a des petites entreprises d etre plus competitives d etre plus rentable, ; il faut essayez???
a écrit le 17/01/2019 à 14:09 :
F.Hollande a commencé vigoureusement à s'attaquer à ce handicap causée par la Ministre Communiste Aubry 1997-2002,

Une démolition est rapide et chère, une reconstruction est lente et chère.

Cinq ans seront au moins encore nécessaires.
Réponse de le 17/01/2019 à 14:37 :
Merci pour la messe Bernard, c'était encore une fois passionnant.

Amen.
Réponse de le 18/01/2019 à 7:42 :
Aubry , ministre communiste ! Vous êtes très crédible !
a écrit le 17/01/2019 à 13:48 :
Lorsqu'on baisse les charges sur les petits salaires, alors on subventionne les petits salaires. Lorsqu'on subventionne les petits salaires, on subventionne le bas de gamme industriel. Lorsqu'on subventionne le bas de gamme industriel, on perd des marchés car on ne sera jamais aussi compétitif que la Chine. Lorsqu'on perd des marchés, le chômage augmente. Lorsque le chômage augmente, ce n'est pas positif pour l'emploi.
Donc, baisse de charges sur les petits salaires = moins d'emploi et des salaires plus bas.
a écrit le 17/01/2019 à 13:25 :
Je reste très dubitatif sur les conclusions de ces économistes. Ainsi à les croire on pourrait encore taxer plus le travail de salariés les plus qualifiés cela ne nuirait pas à l'emploi.
Une chose est certaine est que notre protection sociale est uniquement financée par la travail du travail en France, et que tous les produits importés voire les services délocalisés à l'étranger et n'oublions jamais refacturés aux entreprises françaises ne participent en rien au financement. Pire ces services refacturés transfèrent de la richesse à l'étranger et diminue l'impôt sur les sociétés. Les grands groupes sont friands de ce genre de services internes refacturés....
Une réflexion sur l'assiette des taxes qui financent la protection sociale, qui encouragerait la création d'emploi en France me paraît utile et souhaitable.
Réponse de le 17/01/2019 à 14:10 :
c est sur que la france pourra monter en gamme sur sa production en employant que des salaires paye au smic ... A un moment les francais qui ont un minimum de diplome vont se rendre compte qu a l etranger ils gagneront bien plus qu en france (et en plus en travaillant moins. dans mon ex perso, je sui spasse de 60 h/semaine en france a 40 en RFA ou je pouvais recuperer mes heures sup)

Pour le financement de la protection sociale, on peut evidement taxer autre chose que le travail mais il faut pas oublier qu on est deja au taquet sur pas mal d impots (c est la TIPP qui a mit le feu au poudre des gilets jaune, la TVA est deja l une des plus hautes de l UE). Autrement dit, il faudrait quand meme se demander si on devrait pas plutot passer par la case economie.Payer les chomeurs au smic maximum, mettre a la diete les retraités (qui ont un niveau de vie superieur a ceux qui les payent) sont des options qui devraient etre etudiees ...
Réponse de le 18/01/2019 à 8:14 :
@ cdg: "mettre à la diète les retraités": ils le sont déjà depuis plusieurs années, d'une part par non revalorisation des pensions, d'autre part par hausse de CSG et autres. Par ailleurs rappelez-vous que les retraites de la très grande majorité ne suffiront pas à payer EHPAD ou similaire. Quant à épargner quand on travaille, entre niveau des salaires et du coût du quotidien d'une famille, il ne reste pas grand chose ...

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