La Cour des comptes dénonce les ratés dans l'accès des jeunes à l'emploi

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Selon la Cour des comptes, à l'exception des dispositifs les plus efficients comme la Garantie jeunes, aucun des 28 dispositifs d'aide à l'insertion des jeunes ne permet d'assurer un taux d'accès à l'emploi supérieur à 50%.
Selon la Cour des comptes, à l'exception des dispositifs les plus efficients comme la Garantie jeunes, aucun des 28 dispositifs d'aide à l'insertion des jeunes ne permet d'assurer un taux d'accès à l'emploi supérieur à 50%. (Crédits : reuters.com)
Des contrats aidés trop longs, une sélectivité des publics insuffisante, un manque de formation... Malgré les 10,5 milliards d'euros consacrés à l'accès à l'emploi des jeunes, la Cour des comptes dénonce l'absence d’efficience des différents dispositifs.

Ce n'est pas fête en ce moment pour les instruments des politiques publiques. Après le crédit d'impôt compétitivité emploi (CICE), critiqué la semaine dernière par France Stratégie en raison de son coût et de son impact quasi nul sur l'emploi, c'est, ce mercredi 5 octobre, au tour de la Cour des comptes de rendre un rapport sévère à l'égard des moyens mis en œuvre pour favoriser l'accès des jeunes à l'emploi. Coût élevé, ratage dans les publics ciblés, dispositifs redondants, etc... Les magistrats de la rue Cambon ne sont pas tendres, même s'ils estiment que certains dispositif, la Garantie jeunes notamment, apparaissent comme plus efficients.

Pour réaliser son rapport, la Cour des comptes s'est notamment appuyée sur des enquêtes de terrain menées dans 7 territoires mais aussi sur tous les instruments public permettant de mesurer les taux d'accès à l'emploi des différents publics de jeunes

Des jeunes en situation de grande précarité

Pour la Cour, il y a urgence à rendre les dispositifs plus efficients car les demandeurs d'emploi âgé de 16 à 25 ans au chômage depuis plus d'un an atteignaient 21,4% en 2014. Et si les trois quarts des jeunes accèdent à leur premier emploi en moins de six mois, leur situation reste cependant précaire. L'écrasante majorité des embauches se fait sur des CDD, dont deux tiers ont une durée inférieure à un mois... Un jeune sur quatre travaille à temps partiel et plus d'un tiers est employé en intérim... Bien entendu, les difficultés d'accès à un emploi sont, en moyenne, plus importants pour les jeunes peu ou pas qualifiés.

Et pourtant, souligne la Cour, l'accès des jeunes à l'emploi est manifestement une priorité des gouvernements successifs mais au regard des moyens financiers alloués, les résultats sont décevants.

10,5 milliards d'euros en faveur de l'emploi des jeunes

Au total, l'effort public partagé entre l'Etat, les collectivités territoriales et les opérateurs en faveur de l'emploi des jeunes est évalué à près de... 10,5 milliards d'euros, et plus de la moitié de ce montant est destiné à l'apprentissage. Les fameux contrats aidés représentent 19% de l'effort, l'accompagnement 14% et la formation professionnelle continue 10%.

Sur les 1,45 milliard d'euros de dépenses consacrées au suivi et à l'accompagnement des jeunes, la Cour des comptes regrette que seulement un cinquième de ses sommes soient destinées aux dispositifs les "plus ramassés et les plus intensifs", telles la Garantie jeunes et l'Ecole de la deuxième chance. Mais avec la généralisation de la Garantie Jeunes décidée dans la loi Travail, les crédits vont augmenter.

Alors, pourquoi le système coince alors que les revenus alloués sont élevés ? De fait, en ce qui concerne les jeunes accompagnés par Pôle emploi, chaque mois, seuls 9,6% d'entre eux trouvent un emploi. Et ce taux tombe à 7,7% pour ceux qui ont des niveaux de formation plus faibles que la moyenne. Pour les dispositifs d'accompagnement menés par les missions locales, le taux de sortie vers l'emploi se limite à 35,9% pour les jeunes ayant un niveau « infra » CAP/BEP et à 52,1% pour les jeunes de niveau CAP/BEP et au-delà. A noter que pour les jeunes issus des quartiers les plus en difficulté, le taux de sortie vers l'emploi se limite à 33,5%.

En d'autres termes, souligne la Cour, « contrairement aux objectifs affichés par cette politique, ces dispositifs ne permettent pas de compenser les handicaps que connaissent les jeunes en raison de leur niveau de formation ou de leur rattachement à un quartier prioritaire de la politique de la ville »

L'effet d'aubaine des contrats aidés dans le secteur marchand

Plus globalement, remarque la Cour, à l'exception des dispositifs les plus efficients comme la Garantie jeunes, aucun des 28 dispositifs d'aide à l'insertion des jeunes ne permet d'assurer un taux d'accès à l'emploi supérieur à 50%. Ce taux étant plutôt compris entre 30% et 40%. Une exception cependant, le taux de sortie en emploi des bénéficiaires d'un contrat aidé dans le secteur marchand atteint 66%. Mais immédiatement la Cour prévient que l'on se trouve là face à gros « effet d'aubaine » : ces recrutements auraient la plupart du temps eu lieu même si le contrat n'avait pas été aidé.

Alors comment faire ? La Cour formule un certain nombre de critiques qui, selon elle, nuisent à l'efficacité du système. D'abord la sélectivité des publics est insuffisante, dans les dispositifs d'accompagnement et, à un moindre degré, pour les contrats aidés. Traduction, les jeunes qui cumulent les plus grandes difficultés sont peu présents dans les dispositifs qui leur sont adressés. Ainsi, un tiers des emplois d'avenir ont été pourvus avec des jeunes ayant le Bac... Ce qui n'était pas du tout l'objectif. Par ailleurs, l'intensivité de l'accompagnement des jeunes est insuffisante et le suivi des jeunes y est peu effectif. Enfin, le contenu en formation est globalement limité .

Plus globalement, la Cour regrette que les parcours d'insertion nationaux soient, trop souvent, développés sans tenir compte des besoins réels des jeunes sur le terrain. En outre, les dispositifs (28 !) et les acteurs (parfois jusqu'à 26 sur un même territoire) sont devenus trop nombreux. Enfin, la Cour des comptes milite pour que le pilotage des dispositifs soit davantage basé sur la « performance » plutôt que sur la « dépense ». La cour préconise aussi de réduire la durée des contrats aidés, en particulier des emplois d'avenir, d'une durée de trois ans... Elle recommande aussi de redéployer progressivement les crédits budgétaires des contrats aidés du secteur non marchand vers « des dispositifs d'accompagnement les plus intensifs », comme la Garantie jeunes ou les formations en alternance.

Alors, certes, le gouvernement actuel n'est pas le seul responsable des politiques d'insertion des jeunes. Celles-ci se sont empilées par strates successives depuis au moins trente ans. Mais le rapport décapant de la Cour des comptes va bien entendu être interprété comme une violente critique face à l'équipe en place.

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Commentaires
a écrit le 05/10/2016 à 11:09 :
le gouvernement n'est pas seul responsable de l'insertion des jeunes : effectivement, si les Français et leurs entreprises sont frileux, ça ne peut pas marcher.
d'un autre côté, on voit qu'il y a pas mal d'entreprises industrielles qui ne trouvent pas de candidats, y compris pour des CDI. les Français n'aiment pas l'industrie et/ou ne veulent pas s'installer en dehors des métropoles.
il y a un an, l'Apec avait publié une étude montrant que les jeunes étaient seulement 5% à s'intéresser aux métiers de l'informatique. Alors que ces métiers sont parmi les plus dynamiques, sinon les plus dynamiques.
Le Figaro rappelait aussi récemment que les demandeurs d'emploi préfèrent les CDD/intérim au CDI.
près de 80% des chômeurs ont le niveau Bac ou en dessous. le plan Formation du gouvernement semble judicieux. pour répondre à la demande dans l'industrie, la compta/gestion, le social, l'informatique, etc... Non ?

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