La dette et les taux d'intérêt négatifs divisent les économistes

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Le taux d'emprunt à 10 ans de la France est passé pour la première fois en territoire négatif en juin, dans le sillage du taux allemand (le bund), qui fait référence en Europe.
Le taux d'emprunt à 10 ans de la France est passé pour la première fois en territoire négatif en juin, dans le sillage du taux allemand (le "bund"), qui fait référence en Europe. (Crédits : Benoit Tessier)
Avec des taux d'intérêt en seuil négatif, de plus en plus d'économistes plaident pour un assouplissement des règles en matière d'orthodoxie budgétaire.

C'est devenu un serpent de mer dans le débat sur les finances publiques. Lors d'une intervention aux Etats-Unis en janvier dernier, l'ancien économiste en chef du fonds monétaire internationale (FMI), Olivier Blanchard invitait, dans un discours adressé à l'American Economic Association issu d'un article intitulé "Dette publique et taux d'intérêt bas", les économistes à réfléchir aux véritables risques provoqués par l'accumulation de la dette publique.

Il y a quelques jours aux rencontres économiques d'Aix-en-Provence, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a déclaré, de son côté, que "les taux négatifs nous permettent de refinancer la dette française à des taux très attractifs. Cela permet aussi aux entreprises de financer leurs investissements et de se développer", a-t-il reconnu. "Mais ça a aussi un aspect négatif pour les ménages les moins riches", a poursuivi le ministre, disant craindre que ces faibles taux ne soient un "élément d'accroissement des inégalités" en France et en Europe. Encore lors d'un débat d'orientation sur les finances publiques à l'Assemblée ce jeudi 11 juillet, le locataire de Bercy a précisé ceci :

"Ces taux bas ont des conséquences sur le financement de la dette française et sur la charge de la dette, qui va temporairement baisser. Mais dans un contexte de ralentissement de l'activité, la réduction des recettes fiscales l'emporte sur la réduction de la charge de la dette. Je tiens donc tout de suite à écarter une illusion : il n'y aura aucune cagnotte budgétaire liée à la diminution des taux d'intérêt [...] les taux bas ont ouvert un débat sur l'opportunité d'un endettement supplémentaire. C'est une idée proposée notamment par Olivier Blanchard. Ce raisonnement est valable pour des Etats qui réduisent leur dette depuis des années. Ce n'est pas un raisonnement valable pour un pays comme la France, qui a vu sa dette publique augmenter de 30% entre 2007 et 2017. Elle avoisine maintenant les 100% de notre produit intérieur brut. Nous ne nous guérirons pas de notre dépendance collective à la dette par plus de dette. Je veux donc être très clair : nous continuerons notre politique de réduction de la dette."

> Lire aussi : "Inespéré" ou "délirant" : à Aix, les taux négatifs déroutent les économistes

Ce mercredi 10 juillet, l'observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) avait organisé plusieurs tables-rondes avec des économistes de courants opposés pour esquisser des réflexions sur les questions suivantes : À quoi sert la dette publique ? Qui la possède ? Son niveau est-il trop élevé ? Faut-il cesser de s'en préoccuper ou, au contraire, faut-il s'en alarmer ?

> Lire aussi : "Inespéré" ou "délirant" : à Aix, les taux négatifs déroutent les économistes

"Un risque pour la zone euro"

Pour l'ancien rapporteur général du rapport de la Cour des comptes sur la situation et les perspectives des finances publiques et auteur du site FIPECO, François Ecalle, la dérive des comptes publics pourrait alimenter une érosion de la zone euro. "Les Allemands ont voulu des règles et la France a proposé cette limite des 3% . Ces seuils n'ont aucune valeur scientifique. Les règles budgétaires ne sont pas vraiment contraignantes. Il n'y a pas de sanction. Le problème est que cette règle n'est pas respectée par des pays comme la France. Et cela peut faciliter le divorce entre le Nord et le Sud de l'Europe et donc des difficultés de construction de la zone euro. Je suis pessimiste sur la construction de l'union monétaire", a-t-il expliqué.

Sans surprise, ce spécialiste plaide pour une maîtrise des dépenses publiques. "Les solutions sont forcément douloureuses. Je ne pense pas qu'il faut compter sur le relèvement du potentiel de croissance, l'inflation, le financement par les banques centrales, la cession d'actifs publics. La solution est la réduction du déficit structurel. Cela a un impact sur l'activité. Il ne faut pas le faire en période de récession ou au moment des élections. Il faut appliquer le principe de précaution aux dépenses publiques".

Dans une approche plus historique, l'économiste et enseignant à l'ESCP Europe, Jean-Marc Daniel, rappelait que la France s'est "débarassée de la dette par la banqueroute et l'inflation. On est dans une situation où l'on ne peut plus faire de la banqueroute. L'origine des dettes reste la guerre. Je pense qu'il faut réduire la dette par une gestion équilibrée des dépenses publiques. Jusqu'au milieu des année 70, la justification de la dette était le plein emploi. Cette promesse n'est plus au rendez-vous". Pour cet économiste, "la vraie question est comment accroître la productivité et pourquoi les entreprises n'augmentent pas leurs investissements. L'enjeu est de respecter les traités européens pour répondre aux attentes de nos partenaires et celles des citoyens. Il faut commencer la décrue de la dette en baissant la dépense".

> Lire aussi : Dette publique : faut-il envisager le défaut ?

"Le marché se bat pour la dette publique"

De son côté, le président de l'OFCE,  Xavier Ragot, a tenté de répondre à la question, "Pourquoi les gens demandent-ils autant de dette publique ?". "Il n'y a jamais eu autant de dette publique mondiale. [...] Les Etats-Unis et la Chine ont inondé le monde en dette publique." "Les taux d'intérêt n'ont jamais été aussi été bas. Le rendement est de plus en plus bas. Le marché se bat pour de la dette publique. Pourquoi?" L'économiste a rappelé que "les familles privilégient l'épargne de précaution et que les entreprises sont de plus en plus riches avec des taux d'épargne importants". Ces comportements affaiblissent la demande et à terme les besoins d'investissement.

L'Italie dans le rouge 

Par ailleurs, en zone euro, l'économie italienne a clairement décroché face aux autres puissances européennes. Dans ses dernières prévisions économiques, la Commission européenne prévoit une croissance du PIB de seulement 0,1% en 2019 alors que la péninsule vient à peine de sortir d'une récession à la fin de l'année 2018. L'économiste de l'OFCE, Céline Antonin a rappelé que "la dette publique italienne représente un risque majeur pour la cohésion de la zone euro avec 132% du PIB. La dette publique représente 23,5% de la dette publique de la zone euro à 19 sachant que le PIB italien pèse pour environ 15% du PIB de l'union monétaire".

La crise et les mesures d'austérité budgétaire ont en outre continué de plomber la croissance économique selon la spécialiste de l'économie italienne. Pour tenter de redresser les comptes publics, Céline Antonin préconise de s'attaquer à la question de la faible croissance et celle de la productivité. L'économie italienne souffre à cause "d'entreprises trop petites, une spécialisation vers des secteurs à faible valeur ajoutée et un clivage Nord-Sud toujours prononcé, ainsi que la corruption". Elle propose notamment "d'exclure les investissements publics du calcul du solde primaire structurel, qui sert de référence dans la procédure du déficit excessif".

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Commentaires
a écrit le 13/07/2019 à 7:52 :
Les dettes des États, y compris les USA ne peuvent être remboursées, c'est un tour de passe passe. Tout le monde le sait, en faisait semblant de croire au remboursement.
a écrit le 12/07/2019 à 22:23 :
Je crois que les banques françaises pénalisées par les taux négatifs de la BCE ne peuvent que regretter le bon vieux temps où il avait de l’inflation et de la croissance en France, car elles s’en sortaient beaucoup mieux pour faire leur métier avec des taux d'intérêt conséquents. Il y avait un système financier qui a tenu la route pendant les trente glorieuses, à savoir les dévaluations du franc, l’inflation qui allait de paire, l’échelle mobile des salaires, le circuit du trésor, le financement partiel de l’État par la banque de France. C’est un système complètement révolu aujourd’hui, et même largement oublié. Un pays surendetté de la zone euro ne peut pas chercher à accroître sa croissance nominale avec une inflation plus élevée que celle des autres États de la zone euro pour traiter son problème de dette publique car l’inflation plus élevée est un facteur de perte de compétitivité dans un système de taux de change fixe et de concurrence totale non faussée. Le système de l’Euro est conceptuellement déflationniste (à l'exception du prix de l’immobilier qui augmente actuellement en raison des taux bas) . C’est pourquoi il y a cette politique monétaire non conventionnelle de la BCE pour essayer de remonter l'inflation de la zone euro qui demeure largement en dessous des 2% mais qui surtout prend en compte les besoins de financement des pays fragilisés de l’euro-système, dont la France et l’Italie. Sans cette politique, la survie de la zone euro serait à nouveau en question.
a écrit le 12/07/2019 à 10:11 :
Les économistes classiques ne s'expliquent pas le paradoxe actuel de taux au ras des pâquerettes et de l'inflation et de la croissance qui ne décolle pas. En effet, en considérant le PIB comme une fonction du capital et du travail, la croissance résulterait de deux paramètres : la quantité de capital utilisée et la quantité de travail utilisée. Or aujourd'hui ces facteurs ne sont pas des facteurs limitant de la croissance puisque qu'il n'y a jamais eu autant de liquidité en circulation. Le plein emploi n'est pas assuré et surtout les salaires n'évoluent pas. Les facteurs limitant de la croissance aujourd'hui sont les limites physiques de notre planète : ressources naturelles d'une part, mais aussi capacité de résilience de notre environnement. Par conséquent dans un monde aux ressources contraintes, il est absurde d'appeler à la croissance pour résoudre les problèmes, car ce qui est pris par un est perdu pour l'autre (un peu comme le partage d'un réfrigérateur en colocation !). Nos élites n'ont pas le logiciel permettant de gérer les problèmes car ils n'ont eu, jusqu'à présent, qu'a gérer la distribution du surplus. A l'avenir, il va falloir apprendre à gérer la pénurie, ou sinon la subir ...
Réponse de le 12/07/2019 à 11:39 :
Dans la mesure ou 10% des personnes détiennent 50% des richesses, la logique actuellement peut se vérifier sur la question européenne a une différence structurelle, mais ou je pense que certains pays y ont intérêts et d'autres pas.
Si l'on ajoute le fait qu'il n'y ait rien d'un point de vue de l'investissement sur les nouveaux paradigme, nous assistons finalement a une dette qui est comme dans beaucoup de secteurs, le financement pas l'impôt de la R&D et des entreprises. Du fait, croire que l'on peut avoir de la croissance en prenant l'argent aux citoyens pour financer une innovation qui va ensuite remplir les poches de ces mêmes 10% qui souvent en plus disposent d'outils de défiscalisation. Savoir que la fortune de certains a 90 milliards peut bondir de 16% en une année, permet de comprendre ensuite pourquoi les taux sont bas et les classes sociales moyennes et pauvres n'aurons par la suite que le coût de survie, non pas pour investir mais pour survivre. Du coup, tout cela est a l'image des investissements logique dans des domaines écologiques qui ne se font pas. Actuellement en mutualisant la dette, de choix économiques dont personne n'est responsable, l'exercice de culpabilisation de la masse pour des choix qui ne sont pas assumés de fait revient a faire payer, comme en 2008, plusieurs fois les dettes par les états, donc pas nous. La logique qui consiste a parler libéralisme en finançant par l'argent public des entreprises qui privatiserons les profits ne peut effectivement pas durer!!
L'avantage actuelle est dans la fusion des représentations des dirigeants politiques avec les intérêts des investisseurs, qui par la suite permet de comprendre qu'il s'agit non plus d'un projet européen, mais d'une irresponsabilité collective.qui par la suite s'assume a coût de refinancements de la banque centrale, pour que le cycle de nouveau produit les effets comme les lapins devant les phares d'un camion. Pas de projet, plus de discours d'anticipation, mais des constats qui sont souvent le moments ou l'on doit effacer l'ardoise de ceux qui font des choix financiers, pour pseudo protéger des entreprises qui n'ont plus de nationalité !!!! a voir combien de temps cela va fonctionner !
a écrit le 12/07/2019 à 4:51 :
Après le terrible et Balard, la France s'offre aujourd'hui le Suffren, une dette ? Quelle dette ? La France peut seule d'acheter tout ce qu'elle désire...
a écrit le 11/07/2019 à 15:51 :
Il suffira d annuler de la dette quand les taux remonteront , du double ou plus de ces taux .EX : 0,50 de taux 1% de dette annuler .
Et tout devrait bien ce terminer .
a écrit le 11/07/2019 à 15:40 :
Plusieurs remarques. Dans un univers contraint par la disponibilité des ressources (hydrocarbures, minerais etc ...) et donc la capacité de notre société à les transformer (industrie) et à les financer, les vendre, les assurer etc (services) ... l'économie patine. C'est exactement ce que nous vivons aujourd'hui : l'atteinte des limites physiques de notre planète. Cette situation inédite donne lieu à des aberrations que les économistes classiques ne parviennent pas à expliquer, car ils raisonnent "hors sol". Les artifices monétaires mis en place pour sauver l'économie mondiale ne tiendront pas longtemps, et prochainement l'économie reviendra sur terre, vraisemblablement dans la douleur. Par conséquent résoudre les problème de l'Italie en appelant à plus de compétitivité et de croissance est une fausse bonne idée, car en univers contraint, ce que gagne l'un, c'est l'autre qui le perd. Malheureusement c'est le logiciel dominant parmi nos élites qui ne sont pas formé pour gérer un environnement sous contrainte.
a écrit le 11/07/2019 à 14:25 :
Certes mais ils arrangent les mégas riches qui n'arrivent plus à compenser les dégâts causés par l'accumulation des capitaux dans leurs paradis fiscaux donc il n'y a pas d'alternative c'est bien connu...
a écrit le 11/07/2019 à 14:24 :
Avec un taux d'intérêt négatif le prêteur ne peut plus se payer à taux fixe sur le bénéfice futur espéré de l'investissement. Le capital remboursé est inférieur au capital prêté. Comment peut-il alors couvrir son risque? 1. il ne prête qu'aux riches, principalement aux organisations et états prospères. 2. Les marchés dérivés permettent de couvrir toute sorte de risques, par construction. Toutes les banques devraient finir par ressembler à la DB, pour le plus grand bien de leurs employés. Il s'agit alors d'une concentration rampante du pouvoir économique au sein de quelques établissements financiers bien gérés. A moins que le cours des actions, du fait de l'abondance de liquidité et l'effet de levier s'envolent, donnant ainsi à tous les riches une prime spéculative. Il est aisé d'imaginer aussi les états faire une marge d'intérêt en finançant à taux zéro les plus pauvres.
Réponse de le 12/07/2019 à 11:43 :
Tu as tout compris !
a écrit le 11/07/2019 à 14:11 :
Il y a le montant des dettes bien sûr, et le montant des emprunts que l'on doit réaliser chaque année. La séparation entre dépenses et investissements est beaucoup plus douteuse, l'état étant incapable d'investir (il serait intéressant de calculer quels impacts les "investissements" ont eu sur l'emploi, ou tout simplement financièrement..).
a écrit le 11/07/2019 à 14:10 :
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a écrit le 11/07/2019 à 14:05 :
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a écrit le 11/07/2019 à 13:59 :
Endetté à 100% ou à 132% du PIB, ça ne change pas grand chose
La différence, c'est la typologie des créanciers, la trajectoire actuelle du paquebot et le profil du capitaine.
Le concept même de dette est inacceptable: l'argent est crée de manière virtuelle, mais l'asservissement et le malheur résultant pour les populations est bien réel.
Les financiers sont les plus grand bandits de notre époque
Les mafias et cartels sud américains sont des enfants de coeur en comparaison .
a écrit le 11/07/2019 à 13:34 :
"divisent les économistes" nouvelle preuve que l'économie ne vaut guère mieux que la boule de cristal de maamme Irma. Au moins maamme Irma, on sait que c'est du charlatanisme, alors que les économistes tentent (vainement) de nous faire croire le contraire. Et pourtant les conséquences de leurs "réflexions et travaux" sont hautement plus nocifs pour les populations .
a écrit le 11/07/2019 à 13:27 :
Jean Marc Daniel, un économiste ?Ouaf.. ouaf ! Un orthodoxe aux idées préconçues qui n'a aucune idée, qui rabâche à longueur d'émission les mêmes arguties, n'a pas de perspectives, pessimiste, démoralisant.Amen.
a écrit le 11/07/2019 à 12:13 :
La dette et les taux d'intérêt négatifs divisent les économistes, certes!! Mais ce ne sont pas eux qui "trinquent" alors qu'ils en sont la cause!!

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