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ÉconomieFrance

La loi Travail sonne le glas du PS version Epinay

Photo de Jean-Christophe Chanut

Jean-Christophe Chanut

Publié le 13 mai 2016 à 08:40 - Mis à jour le 13 mai 2016 à 08:47

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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L'épisode de la motion de censure sur la loi travail sonne le glas, non seulement des volontés réformatrices de l’Exécutif, mais aussi du PS dans sa configuration actuelle. La ligne de fracture idéologique qui traverse le parti semble irréversible. L’heure de la recomposition approche.

Le dépôt d'une motion de censure de gauche évitée de justesse ; une « vraie fausse » annonce de candidature à la présidentielle du ministre de l'Économie ; un réveil de la contestation sociale avec l'émergence du mouvement Nuit Debout. A un an de l'élection présidentielle, la majorité au pouvoir vit une sorte d'effervescence où s'expriment des courants contraires. François Hollande va s'offrir une dernière année de mandat très difficile.

Alors, certes, le gouvernement de Manuel Valls  a échappé à sa deuxième motion de censure, la première ayant été déposé en 2015 à l'occasion du « vote » de la loi Macron. Il fallait 288 voix pour faire tomber le gouvernement. On n'imaginait pas suffisamment de députés frondeurs du PS joindre leurs voix à celle de l'opposition de droite... Mais après cette séquence, comment envisager que les morceaux vont se recoller par magie au sein du PS... Car la cassure est maintenant profonde.

« Les 245 députés loyaux en ont marre de la quarantaine de députés qui ont une stratégie qui dépasse largement le texte », dénonçait ainsi mercredi dans les couloirs de l'Assemblée le député PS Michel Issindou (Isère). Quant à Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux Relations avec le Parlement, il s'interroge ouvertement sur ITELE sur comment  « les frondeurs, et notamment les 23 députés PS qui ont signé mercredi le projet de "motion de censure de gauche" contre le gouvernement, concilient la présence parfois confortable à l'intérieur d'un grand parti et la facilité qui consiste à voter presque tout le temps contre les orientations et les décisions de ce parti ».

Pis, le Premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis "a décidé de saisir la Haute Autorité éthique du Parti socialiste sur le cas des 24 députés socialistes qui ont proposé de renverser leur gouvernement via une motion de censure", indique la déclaration transmise par Corinne Narassiguin, porte-parole du PS.

Il s'agira pour la Haute Autorité de statuer sur ce cas de figure sans précédent. En d'autres termes, il s'agira de d'étudier la possibilité de sanctions et jusqu'où elles peuvent aller...Ambiance.

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Loi Travail: le dernier texte d'importance du quinquennat

Une chose est certaine, il n'y aura plus aucun projet de loi économique ou social marquant d'ici la fin du quinquennat pour ne pas répéter le même psychodrame à chaque fois. Le projet de loi El Khomri aura bien été le dernier du genre. Il y aura certes le projet de loi de finances 2017, mais il ne faut pas attendre de lui des audaces majeures, 2017 étant une année électorale. La volonté de réformer « jusqu'au bout » affichée par Manuel Valls et François Hollande va donc en prendre un coup.

En revanche, sur le terrain politique, dans les prochains mois, ça va être les grandes manœuvres. D'un côté, Jean-Luc Mélenchon, leader du Front de Gauche, va tout faire pour inciter une partie des frondeurs du PS à franchir le Rubicon en cassant les liens avec leur parti pour le rejoindre... Après tout, pourrait-il arguer, lui-même était bien encarté au PS. Les députés tentés vont devoir réfléchir. Vaut-il mieux aller aux élections législatives -  qui auront lieu en juin 2017 dans la foulée de la présidentielle - sous les couleurs du Front de Gauche pour tenter de sauver son siège ou, malgré tout, rester au sein de la maison PS même si le parti risque d'être très déconsidéré ? La réponse sera bien sûr individuelle. Mais, une chose est certaine, la direction du PS et les fidèles de Manuel Valls n'oublieront pas l'attitude des « frondeurs » du PS au moment de la distribution des investitures... Au PS, on pourrait bien rejouer un remake de « la nuit des longs couteaux »...

Le PS déchiré par des lignes de fracture

Mais il n'y a pas que les « frondeurs » pour gâcher la dernière année du quinquennat. Que penser de l'attitude du ministre de l'Économie Emmanuel Macron ? Lui n'a que faire du PS, il se définit comme « ni de gauche ni de droite ». Il devrait donc continuer d'afficher sa singularité en remettant régulièrement en cause les « totems » de la gauche comme les 35 heures ou l'ISF. Et fort de sondages encourageants, Emmanuel Macron a semble-t-il pas grand-chose à faire des rappels à l'ordre de François Hollande et de Manuel Valls. Certes, il a tout de même était obligé de démentir les informations du site Mediapart, affirmant qu'il avait « levé » 18 millions d'euros pour sa future campagne électorale pour la présidentielle de 2017 et qu'il annoncerait sa candidature le 10 juin... Là aussi... ambiance. On imagine l'état des esprits à l'Elysée.

Il va donc être très difficile de masquer pendant encore onze longs mois que le PS est un champ de ruines. Une ligne de fracture idéologique passe au milieu du parti entre les tenants d'une social-démocratie, partisans d'une relance keynésienne, et les sociaux-libéraux prônant la déréglementation pour « libérer » l'économie. Certes, ces débats ne sont pas nouveaux au PS depuis sa création à Epinay en 1971. On se souvient des débats opposants Jacques Delors et Jean-Pierre Chevènement, tous deux ministres de François Mitterrand... ou le même François Mitterrand et Michel Rocard chantre de la deuxième gauche.

Mais, cette fois, on semble au bout du processus. Si la gauche perd l'élection présidentielle et les législatives en 2017, on peut parier sur un éclatement du parti car il n'y aura plus rien pour le cimenter.

Hollande veut faire de la primaire de la droite un atout

Tout ceci devrait inquiéter François Hollande. Si l'actuel locataire de l'Élysée décide de se présenter pour un nouveau mandat, ce qui semble bien être le cas, il va partir au combat avec une « majorité » très relative. Sa tâche s'annonce déjà ardue mais si, en plus, il ne dispose plus de suffisamment de députés fidèles pour assurer le relai de son message sur le terrain, cela va virer à mission impossible.

Dans ce contexte, il reste un atout à François Hollande : la primaire de la droite. Les candidats en lice vont avoir du mal à retenir leurs coups, la droite risque de donner une très mauvaise image d'elle-même d'ici la fin novembre quand sera choisi son candidat pour la présidentielle. François Hollande doit espérer que l'opinion publique retienne surtout les pugilats qui s'annoncent à droite et oublie les fractures qui divisent la gauche... Surtout, le Président en place doit se régaler de voir que l'ensemble des postulants à la primaire de droite se livrent à un véritable concours Lépine de « qui a le programme le plus libéral » - fin des 35 heures, dégressivité des allocations chômage, baisse des dépenses publiques de 100 milliards..... Lui jouera le rôle de l'homme responsable et modéré qui épargne et épargnera « la souffrance et les larmes aux pays »... Pas certain que la manœuvre réussisse vu l'état d'exaspération qui règne dans en France. Et pour peu que les troubles sociaux se multiplient - la menace d'un conflit dur grandit à la SNCF - alors François Hollande aura définitivement perdu son pari.

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En attendant, il y a une personne qui se frotte les mains des mésaventures actuelles de la gauche et à venir de la droite : Marine Le Pen. D'ailleurs, fort opportunément, la présidente du FN pratique actuellement une diète médiatique... très provisoire.

Jean-Christophe Chanut

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