L'ISF, la nouvelle pomme de discorde entre Valls et Macron

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L'ambiance se crispe au gouvernement
L'ambiance se crispe au gouvernement (Crédits : CHARLES PLATIAU)
Les déclarations du ministre de l'Economie sur un réaménagement de l'ISF ont fait bondir le Premier ministre. Pourtant, les solutions esquissées par Emmanuel Macron étaient celles proposées par Manuel Valls en 2011. Le combat des sous-chefs se durcit.

Article publié le 21 avril 2015, mis à jour le 23 avril.

Ambiance, ambiance. Même si le ton fut calme, posé, les reproches de Manuel Valls adressés mercredi à Emmanuel Macron témoignent des tensions qui existent au sein du gouvernement.

L'objet de la querelle ? Des propos qu'Emmanuel Macron a tenu en début de semaine au magazine " Risques ", une revue réservée aux professionnels de l'assurance, vite rapportés par " Le Figaro ". Qu'a dit le ministre de l'Economie ? " Je pense que la fiscalité sur le capital actuelle n'est pas optimale. Si on a une préférence pour le risque face à la rente, ce qui est mon cas, il faut préférer la taxation sur la succession aux impôts de type ISF ".

La réaction de Manuel Valls n'a pas tardé. Interrogé mercredi sur France Info sur les propos de son ministre de l'Economie, le Premier ministre a été très clair: " Supprimer l'impôt sur la fortune, qu'on peut toujours améliorer, rendre plus efficace d'un point de vue économique, serait une faute ".

Dont acte. Mais le Premier ministre, qui en son temps n'en est pas resté là. " Je demande à chaque ministre, puisqu'il reste encore un an, d'être pleinement attelé à sa fonction, à sa mission ".

Sur la même longueur d'ondes

Pourtant, en septembre 2011, à quelques jours de l'ouverture de la primaire socialiste, Manuel Valls affichait sa volonté de supprimer l'ISF.

" Je propose (...) aussi et sans tabou de supprimer l'ISF, inutile car peu rentable (seulement 0,15% du PIB), et surtout source d'injustice entre les classes moyennes supérieures salariées et les chefs d'entreprise ou les professions libérales ", écrit-il aux pages 103 et 104 de son livre-programme " L'Energie du changement ", suggérant dans la foulée de réfléchir à une meilleure taxation des revenus du patrimoine.

Avant lui, Dominique Strauss-Kahn et Didier Migaud avaient plaidé en faveur d'une réforme profonde de l'ISF qui devait conduire de facto à sa disparition, tout du moins sous sa forme actuelle.

La cote de popularité d'Emmanuel Macron crispe Matignon

Que doit-on retenir de cette passe d'armes ? Les deux hommes se détestent depuis que le locataire du troisième étage de Bercy fait de l'ombre à celui de Matignon. Selon les derniers sondages, la cote de popularité d'Emmanuel Macron dépasse largement celle de Manuel Valls.

Selon un sondage Ifop-Fiducial pour Paris Match et Sud Radio publié mardi, une très large majorité des Français " préfère " Emmanuel Macron à François Hollande et même à Manuel Valls. A la question " des deux personnalités suivantes, laquelle préférez-vous ? ", 69% des personnes interrogées ont cité le ministre de l'Economie, 38% le Premier ministre et 25% seulement le chef de l'Etat.

Alors qu'il rêvait d'incarner la réforme, le Premier ministre s'est fait doubler par le ministre de l'Economie, ce qui n'était pas prévu. En acceptant de prendre Emmanuel Macron dans son gouvernement, sur les conseils - les ordres ? - de François Hollande et Jean-Pierre Jouyet, le secrétaire général de l'Elysée, Manuel Valls a pris un risque personnel.

Dans son esprit, Emmanuel Macron aurait dû être un simple outil, un instrument dont la fonction se serait limitée à mettre en musique les réformes initiées par Matignon. C'est raté. Le ministre de l'Economie aurait dû aider le Premier ministre à rejoindre un jour l'Elysée. Aujourd'hui, il se met en travers de sa route. En effet, Emmanuel Macron, qui vient de lancer son mouvement " En marche " affiche plus ou moins ouvertement sa volonté de se présenter un jour à l'élection présidentielle. Comme Manuel Valls.

Les tensions actuelles s'expliquent d'ailleurs par la proximité des prochaines élections. Si François Hollande ne se représente pas - l'hypothèse est faible mais elle existe - qui seront les personnages politiques les mieux placés pour lui succéder ? En attendant de connaître la décision de l'actuel chef de l'Etat, il est éminemment important pour Manuel Valls et Emmanuel Macron, les deux sous-chefs de François Hollande, de se préparer au combat.

Pas de compte à rendre

Pour l'instant, le ministre de l'Economie possède un avantage sur le Premier ministre. A la différence de Manuel Valls, Emmanuel Macron n'a aucun compte à rendre au Parti socialiste et à ses élus. Il porte ses idées en dépit des remontrances du PS, de ses frondeurs, et de la gauche de la gauche. A droite, la montée en puissance du ministre de l'Economie et son autonomie dérangent également car il reprend, et réinvente, des idées déjà formulées par le camp d'en face. Sa liberté de parole illustrée par ses déclarations sur les 35 heures, sur le statut des fonctionnaires, et aujourd'hui sur l'ISF - dont la suppression est réclamée par tous les candidats à la primaire de droite - fait mouche dans l'opinion.

Toutefois, à plus long terme, si Manuel Valls, qui fut le candidat le plus à droite lors des primaires en 2011, est le champion socialiste officiel, il pourra compter sur la puissance de feu du PS, même si celle-ci est déclinante. Ce jeudi, la fédération PS du Nord a lancé un appel aux dons pour tenter de réduire son endettement. Sur le plan national, le PS enregistre une chute du nombre de ses adhérents. Alors qu'il rêvait d'afficher 500.000 adhérents en 2017, le PS n'en compte actuellement que 60.000 à 80.000 selon une enquête récente d'Europe 1, soit 10% à 20% de moins qu'en 2012.

Selon le sondage Ifop-Fiducial publié mardi, chez les seuls sympathisants du PS, le Premier ministre recueille 57 % d'opinions positives, contre 40 % à Emmanuel Macron. La bataille entre les deux personnalités de gauche qui incarnent le moins les valeurs socialistes, ne fait que commencer.

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>> Il y a un an, au #PLTJE 2015, Emmanuel Macron déjà donnait son avis sur ces propositions d'aménagement de l'ISF (propos recueillis par La Tribune)

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Commentaires
a écrit le 26/04/2016 à 16:42 :
Tout le monde, ou presque s'accorde pour dire qu'il faut évidemment supprimer l'ISF, impôt qui faire fuir de jeunes entrepreneurs, et les plus fortunés. Mais il reste ceux qui, prétextant la difficulté à faire passer la pilule à la fraction la plus populiste, gauche et droite, de notre pays, rechignent à le faire. Ceux là ne sont pas en faveur des réformes nécessaires à notre pays..
a écrit le 24/04/2016 à 13:46 :
chaque jour nos avons droit à une phrase creuse du roquet de service, le drucker du gouvernement, celui qui parle....pour ne rien faire. Ras le bol de macron, qui un jour dit blanc pour se contredire ou adoucir le lendemain. Bref qu'il nous parle des effets de sa pseudo loi (ramassis de petits trucs) qui devait faire exploser les chiffres à la baisse du chômage.
a écrit le 24/04/2016 à 11:02 :
Macron dit simplement qu'un impôt (au sens de la solidarité et d'une certaine progressivité, au sens d'une contribution sans destination fléchée)
sur le stock n'est pas viable.
On peut taxer le stock comme le fait une assurance pour simplement tarifer une prestation de protection du stock
mais dans ce cas on le fait dès le premier euro et on laisse le taux constant : c'est alors une redevance et non
plus un impôt.
Macron dit aussi qu'on peut taxer beaucoup plus l'héritage et ça c'est une réflexion intéressante. On peut avoir un système solidaire
mais qui ne bride pas les créateurs en taxant leurs descendants s'ils ne créent pas eux-mêmes. La France doit méditer là-dessus
car nos milliardaires ne sont plus les André Citroën ou Gustave Eiffel mais sont des héritiers qui n'ont pas tous inventé
le fil à couper le beurre...C'est la grosse différence avec les US.
a écrit le 24/04/2016 à 10:21 :
Le moins qu'il peut être fait, c'est au moins supprimer le nom d'impôt sur la fortune.
Il reflète une idéologie , un mal national contre ceux qui ont travaillé et réussi souvent sur le plan financier même si beaucoup le règlent parce qu'ils ont hérité.
Le nom de cet impôt les montre du doigt, les clouent aux portes de granges, les stigmatisent et les jettent à la vindicte populaire.
Pourquoi n'a-t-on jamais attaqué devant la justice cette appellation discriminatoire au même titre que le racisme?
Bref, il serait plus intelligent d'ajouter une tranche calculée différemment à la déclaration de revenus au lieu de d'exciter une société bien fragile avec de telles appellation comme cela a aussi été fait avec l'appellation mariage pour tous. Ce sont toujours les mêmes idéologues qui sont à la barre.
a écrit le 24/04/2016 à 8:56 :
je n suis pas à l'ISF, pour autant je ne pense pas que taxer le patrimoine tel qu'il est fait aujourd'hui avec l'isf soit la bonne méthode et surtout productif.
N'oublions pas que l'objectif est de faire circuler l'argent et l'investissement, d'inciter les donations/partages de ceux qui ont un patrimoine
Tout d'abord la 1ere question qui me vient à l'esprit est la suivante : est-il juste de taxer annuellement l'épargne réalisé par les citoyens ? A situation équivalente on va donc taxer celui qui épargne par rapport à celui qui dépense pour faire simple, celui qui epargne a donc déjà payé un impot sur le revenu comme celui qui dépense mais celui qui dépense aura payé plus de tva tansi que l'autre aura mis des capitaux pour l'investissement dans l'économie !
Supprimer l'isf et augmenter les droits de succession ma parait plus subtil. Afin d'inciter les donations partage l'état devrait donc supprimer l'isf et revoir la fiscalité sur les successions qui consisterait à maintenir un abattement de 100 000 € en donation directe tout les 6 ans et augmenter les droits de successions lorsqu'un donataire acquiert des parts sociales (parts sociale de la société du donateur) et les cèdent dans les 10 années suivantes afin de lutter contre l'optimisation
L'ISF est contreproductif, le supprimer et réaménager la fiscalité sur les successions permettraient de simplifier la fiscalité d'une part et de réactuliser des impots en décallage avec notre temps. La fiscalité doit donc évoluer avec le temps et ceci est aussi valable avec les impots locaux qui ont des bases obsolètes
a écrit le 22/04/2016 à 8:42 :
C'est pas qu'on s'en fout de toutes les déclarations de Macron, pur produit du système médiatique, mais pas loin.. C'est un peu le Nabila politique..
Réponse de le 24/04/2016 à 8:17 :
Il déjeune ensemble et vous nous raconté qu'il a bondi de sa chaise comme un chevalier défouraillant son épée pour laver l'affront ...Laissez moi rire , c'est du buzz à 2 balles .
a écrit le 22/04/2016 à 8:24 :
E. Macron sait exactement ce qu'il faut faire , il est intelligent et pragmatique , il n'est pas stérilisé par un appareil de parti . Par son dynamisme , l'élan qu'il va créer , son social libéralisme va sortir la France de l'ornière . Et pourquoi, parce que le krypto_communisme n'est plus soutenu par aucun pays,,,sinon la Corée du Nord, et combien de mois ?? pour Cuba . C'est la fin d'une présidence catastrophique . Après son régime yoyo et sa reprise de poids, Hollande aura du mal à rentrer son ventre et escamoter son double mention. Il pourrait tenter la barbe de 3 jours, les UV, la bigamie en scooter ou le pétard aux lèvres que rien n' y ferait : le hollandisme fossoyeur du pays est au seuil de la chambre froide. Le plus sage est de faire venir le jeune prêtre Macron et de lui trouver une concession perpétuelle: la fosse commune est bonne pour le krypto_socialisme
Réponse de le 24/04/2016 à 14:57 :
je reprendrai l'expression ci-dessus de @ber075 "macron c'est le nabila" de la politique, il frime, il parle mais quid de ses résultats dans ce GOUVERNEMENT SOCIALISTE? j'ai la réponse; des bus pour les illettrés, train pour les sans-dents et véhicules automobiles pour les "riches" ceux qui travaillent, sinon RIEN du vent, du flan, du m'as-tu-vu dans paris-match avec nabila ou sa femme, je ne sais plus.
a écrit le 22/04/2016 à 8:08 :
Oui a la suppression de l ifs non a macron ils n'as riant fait pour remontes la France ils fait comme Sarko photo et cinéma ?
a écrit le 22/04/2016 à 5:35 :
ISF est l'impôt le plus injuste et efficace pour faire fuir le capital. Il faut oser de mettre tout le système d'impôts à plat et créer un nouveau système et juste pour tous. Que tout le monde apporte sa pierre à l'évolution et construction de la France et pas que 40%. Tout le monde doit être impliqué pour être ou se sentir responsable et se comporter comme responsable. Éliminer les profiteurs de l'état, agissons en tant que responsable et juste.
Réponse de le 24/04/2016 à 5:19 :
En 2011 Vals voulait la suppression de l isf . Maintenant il dit le contraire.
Il ne sont pas crédible ces politiques .svp du changement,
a écrit le 21/04/2016 à 19:42 :
Oui l'impôt sur la fortune est corrosif pour l'économie française. J'ai eu l'occasion de lire un article d'un jeune champion sportif devenu fortuné, dire il ne faut pas oublier d'où l'on vient! Sauf qu'il ne précise pas qu'il vit en Suisse pour échapper à l'impôt sur la Fortune.
a écrit le 21/04/2016 à 19:42 :
Oui l'impôt sur la fortune est corrosif pour l'économie française. J'ai eu l'occasion de lire un article d'un jeune champion sportif devenu fortuné, dire il ne faut pas oublier d'où l'on vient! Sauf qu'il ne précise pas qu'il vit en Suisse pour échapper à l'impôt sur la Fortune.
a écrit le 21/04/2016 à 19:16 :
L Isf le plus stupide des impôts ! Meme la gauche se rend compte du désastre effectué par cet impôt sectaire et dogmatique
a écrit le 21/04/2016 à 17:21 :
Il a raison Macron. Les conditions ont changé. Desormais les taux d'intérêt sont inférieurs a la croissance, et Rocard, comme Picketty, sont toujours partis de l'hypothèse inverse. Résultat, l'ISF entame le capital. C'est spoliateur. Rocard avait toujours dit qu'il fallait suivre les conditions économiques, s'agissant de l'ISF ,et l'adapter en conséquence. Comme dit Macron, il faut désormais reporter la fiscalité sur les droits de succession et moduler, ou même si possible, supprimer cet impôt idiot, et desormais confiscatoire.
a écrit le 21/04/2016 à 17:08 :
Dans le capital, il faut distinguer les actions des autres avoirs. Les actions doivent être totalement exonérées de tout prélèvement sur le stock comme sur la succession. Il faut simplement réintégrer au revenu imposable la différence entre les ventes et les achats d'actions. Pour les autres éléments, on peut dire que l'impôt n'est pas adapté au stock. C'est la redevance qui l'est. Il ne serait pas anormal par exemple qu'en plus de la taxe foncière on contribue à hauteur d'un certain taux à verser dès le premier euro (0,7% par an par exemple) pour financer la protection du patrimoine hors actions un peu comme le ferait une assurance. L'impôt, lui, doit s'appliquer aux gains revenant à la personne c'est à dire aux flux (revenus primaires, plus values hors actions, ventes moins achats d'actions, héritage moins un forfait...) et la vocation d'un impôt c'est d'être redistribué en revenu de base au titre de la solidarité entre les personnes physiques (alors que la vocation des redevances c'est de financer tous les services publics sans exception, si nécessaire avec des mécanismes assuranciels comme déjà évoqué).
a écrit le 21/04/2016 à 16:36 :
Enfin un ministre "socialiste" qui a une saine vue de l'ISF! Cet impôt stupide qui a déjà coûté au pays plus de 300 milliards d'euros, qui a fait fuir près de 15 000 personnes riches qui payaient de gros impôts et qui n'en payent maintenant plus en France, a entraîné des faillites d'entreprises, avec licenciements à la clé... Quand une idéologie marxiste ruine un pays!

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