La promesse de Macron de plus d’égalité femmes-hommes est « enterrée », dénonce Oxfam France
latribune.fr
À quelques jours de la journée internationale des droits des femmes, le 8 mars, Oxfam France propose 15 mesures « d'urgence » pour tendre vers plus d’égalité entre femmes et hommes.
Reuters
La promesse de Macron de plus d’égalité femmes-hommes est « enterrée », dénonce Oxfam France
À quelques jours de la journée internationale des droits des femmes, l'ONG Oxfam France fustige des budgets « insuffisants » pour améliorer l'égalité entre femmes et hommes et des mesures annoncées qui « tardent » à arriver.
23,5 % : c'est la différence de salaire qui existe toujours aujourd'hui entre femmes et hommes dans le secteur privé, d'après Oxfam France. « La France a été classée 48e pays du monde en matière d'égalité dans le secteur économique par le Forum économique mondial en 2024 », rappelle en outre cette ONG spécialisée dans la lutte contre les inégalités et la pauvreté, dans un communiqué publié ce lundi.
À quelques jours de la journée internationale des droits des femmes, le 8 mars, l'association s'alarme ainsi que les mesures annoncées par le gouvernement « tardent à se concrétiser ». Notamment les « congés de naissance partagés équitablement », la réforme de l'index de l'égalité professionnelle ou encore le service public de la petite enfance. Or, « un réel service public de la petite enfance est un impératif pour réduire les inégalités femmes-hommes quand on sait que ce sont les femmes qui continuent de sacrifier leur carrière professionnelle à l'arrivée des enfants », souligne Sandra Lhote Fernandes, responsable de la campagne justice de genre au sein de l'ONG.
Face à ce constat, Oxfam France propose la mise en place de 15 mesures « d'urgence » pour tendre vers plus d'égalité entre femmes et hommes. Parmi elles : l'introduction d' « éga-conditionnalités » dans la commande publique, la revalorisation des secteurs les plus féminisés, le renforcement de l'index Egapro ou encore la mise en place effective d'un « congé d'au moins six mois partagé entre les deux parents ».
L'association exhorte également l'exécutif à mettre en place une « loi cadre intégrale contre les violences sexuelles ». Cette demande n'est d'ailleurs pas nouvelle puisque formulée en novembre par une coalition d'associations féministes. Elle avait alors été écartée par le gouvernement de l'époque de Michel Barnier.
Les associations, féministes ou non, ne sont d'ailleurs pas les seules à étriller la politique du gouvernement en matière d'égalité femmes-hommes. Fin janvier, la Cour des comptes a rendu un rapport salé sur le sujet. D'après les magistrats financiers, si les femmes sont désormais majoritaires au sein des professions intermédiaires et si elles ont davantage qu'avant accès à des métiers de cadre, les inégalités « se résorbent trop lentement ». Et ce, notamment du fait « d'un portage politique en trompe-l'œil et d'un pilotage interministériel défaillant », peut-on lire dans ce document de 150 pages. Les politiques en faveur de la mixité « peinent à porter leurs fruits » et l'articulation entre la stratégie interministérielle et les plans d'actions ministériels est « insuffisante », ont-ils encore relevé.
Newsletter
L’Alerte La Tribune
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.
Si bien que la Cour des comptes appelle elle aussi à de nouvelles mesures. Dont le fait de « réaffirmer la responsabilité » de l'institut national de la statistique (Insee) comme « coordinateur des statistiques genrées » et d'inscrire la question de l'égalité entre les femmes et les hommes au « rang de priorité » du Comité national de l'information statistique.
Malgré ces remontrances, le gouvernement reste droit dans ses bottes. Le président Emmanuel Macron, qui a fait de la lutte pour l'égalité femmes-hommes et contre les violences faites aux femmes une « grande cause nationale », s'est à plusieurs reprises défendu de toute inaction. Il estime même être « inattaquable » sur ces questions. L'exécutif met notamment en avant un soutien financier accru à la ligne d'écoute associative 3919 destinée aux femmes victimes de violence, le déploiement des téléphones « grave danger » et des bracelets anti-rapprochement, ou encore l'indice de l'égalité professionnelle.
De son côté, la ministre chargée de l'Égalité femmes-hommes, Aurore Bergé, a fait valoir début février un budget en hausse pour 2025. Les crédits s'élèvent ainsi à 94 millions d'euros contre 77 millions l'année précédente. « On a un budget qui est en augmentation d'un peu plus de 20 % parce qu'on fait face malheureusement à des violences qui perdurent dans notre société », avait-elle déclaré sur Franceinfo TV. Et d'ajouter : « Des violences conjugales, intrafamiliales, (...) perdurent donc on a besoin de continuer à accompagner les associations qui font un travail de terrain pour garantir que partout sur le territoire des femmes puissent être soutenues et accompagnées ».
Pas de quoi convaincre Oxfam France qui déplore ce lundi un budget « aveugle aux inégalités de genre ». « Le budget du ministère des droits des femmes pour 2025 c'est à peine la moitié de ce qu'a coûté l'organisation des législatives anticipées de juin dernier », fustige l'ONG. Critiques aussi de la Cour des comptes pour qui l'augmentation des crédits alloués est en « trompe-l'œil » et résulte d'une « volonté d'affichage ». Beaucoup de travail reste donc encore à faire.