ANALYSE. Malgré une décennie d'efforts pour féminiser la tech, les femmes restent les grandes absentes de la course à l'IA. Une stagnation qui s'aggrave sous l'effet de la crise économique et du retour en force d'une culture masculine ultra-compétitive, portée par les géants de la Silicon Valley.Cela fait tache. Parmi les 70 leaders annoncés pour le Sommet pour l'action sur l'IA à Paris, qui se tiendra les 10 et 11 février, seules 15 sont des femmes, dont moins d'une dizaine de dirigeantes d'entreprises. Et parmi celles qui sont là, peu de surprises, tant le réservoir est mince. On retrouve ainsi les inévitables Éléonore Crespo, la cofondatrice et patronne de la licorne Pigment, ou encore Lisa Su, PDG du fabricant de semi-conducteurs AMD. Le sommet illustre ainsi, malgré lui, un problème récurrent : malgré des efforts de diversification, la progression des femmes dans la tech reste lente.
Pire : elle a tendance à reculer. Selon l'Insee, les femmes occupent 24 % des emplois dans les professions numériques, un pourcentage resté relativement stable ces dernières années. Mais entre 2013 et 2020, la part de femmes diplômées en technologies a chuté de 6 points en France, selon l'étude Gender Scan. Autre signal alarmant : aux États-Unis, la proportion de femmes dans les postes de direction des entreprises S&P Global Total Market Index, dont une majorité sont des sociétés tech, a reculé en 2023, une première depuis la création de cet indicateur en 2006.
L'IA exclut encore plus les femmes que le reste de la tech
Pourtant, depuis plusieurs années, des associations tentent d'inverser la tendance. Après le mouvement #MeToo, une prise de conscience globale a permis de dénoncer certains scandales et cultures du sexisme, notamment dans les écoles d'ingénieurs et dans l'industrie de la tech. Aux États-Unis, cette période a coïncidé avec une vague d'investissements massifs dans les politiques de diversité et d'inclusion (DEI).
Mais Donald Trump encourage désormais la suppression des DEI et certaines entreprises s'y plient pour faire allégeance, à l'image de Meta. De plus, les efforts de cette dernière décennie se heurtent à des biais profondément ancrés, observent plusieurs de nos interlocutrices.