Quotas de femmes dans les grandes entreprises : des résultats qui ne mentent pas

Les femmes sont désormais plus nombreuses dans les conseils d’administration des grandes entreprises.
LTD/Shutterstock

Les femmes sont désormais plus nombreuses dans les conseils d’administration des grandes entreprises.
LTD/Shutterstock
« Les quotas, ça marche. » C'est en tout cas ce qu'estime Floriane de Saint Pierre, présidente d'Ethics & Boards, une banque de données spécialiste de la gouvernance d'entreprise qui vient de publier le dernier baromètre sur la mixité des instances dirigeantes avec l'Institut français des administrateurs (IFA).
Et les chiffres ne mentent pas : les femmes sont désormais plus nombreuses dans les conseils d'administration des grandes entreprises. Une avancée permise par la loi Copé-Zimmerman de 2011. Elle oblige les entreprises cotées et de plus de 250 salariés à respecter un quota de 40 % de femmes dans les conseils d'administration et les conseils de surveillance des entreprises depuis 2017.
« Grâce à la loi Copé-Zimmerman, les conseils d'administration du SBF 120 [indice boursier qui regroupe les valeurs du CAC 40 et du SBF 80, NDLR] sont au-delà de la demande du seuil imposé de 40 %, et même quasiment à parité », indique Floriane de Saint Pierre. D'après le baromètre, en 2025, la mixité dans les conseils des entreprises du CAC 40 atteint 47,7 %. Pourtant le chemin a été long. En 2010, elle n'atteignait que 15,3 %.
Au-delà des conseils d'administration, la mixité dans les instances dirigeantes se joue également au sein des postes de direction, des comités exécutifs (Comex) ou de direction des entreprises (Codir). C'est là qu'entre en jeu la loi Rixain en 2021. Elle impose des quotas de 30 % de femmes cadres dirigeantes et de membres dans les instances dirigeantes en 2027, puis 40 % en 2030. « Aujourd'hui, 45 % des sociétés du FBF 120 sont déjà en conformité avec le premier seuil de la loi, quasiment la moitié », pointe Floriane de Saint Pierre. La féminisation des Comex et Codir du FBF 120 atteint donc 27,6 % en 2025, contre 7,3 % en 2010.
Mais le seuil des 40 % en 2030 risque d'être plus difficile à atteindre. « Depuis deux ans, le rythme de progression a ralenti, il faudra accélérer entre 2026 et 2029 avec un rythme de plus de 3 points par an », précise Guylaine Dyèvre, vice-présidente de l'IFA.
Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité industrielle.

Là où le bât blesse concerne également les postes de dirigeantes. Au sein du CAC 40 et du SBF 120, seules huit femmes sont présidentes du conseil d'administration, sept sont directrices générales, et seulement cinq sont présidentes-directrices générales (PDG), souligne le baromètre. Un plafond de verre difficile à briser. Les femmes sont également surreprésentées aux postes des ressources humaines, de la RSE, du marketing... « Les cycles de nominations pour les postes de directeur général sont plus lents, en moyenne sept ans », note Floriane de Saint Pierre. Selon elle, les femmes rencontrent également des difficultés d'accès au capital : « Le SBF 120 compte zéro femme fondatrice d'un groupe ou d'une société. »
De nombreuses critiques se sont aussi élevées quant aux quotas en eux-mêmes, en tant que politique de discrimination positive. Certains craignent qu'ils ne rendent la place des femmes dans les instances de direction illégitime, elles seraient promues davantage pour leur sexe que pour leurs compétences. D'autres considèrent que cette politique ne résoudra pas le problème fondamental de répartition des tâches domestiques dans la vie de tous les jours entre les femmes et les hommes.
À lire également
« Le vivier de femmes compétentes existe, la loi Rixain a permis de leur faire de la place », contrebalance Floriane de Saint Pierre. Guylaine Dyèvre balaie de son côté les critiques : « Je défie quiconque de trouver sur la place de Paris une seule personne qui dirait que les conseils d'administration ont baissé de qualité depuis qu'il y a davantage de femmes. » Avant de compléter : « Le mérite de la loi, c'est qu'elle a obligé à considérer les femmes, et à les promouvoir. »