La simplification administrative, un effort de longue, très longue haleine

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La simplification administrative, un chantier ouvert en 1983
La simplification administrative, un chantier ouvert en 1983 (Crédits : reuters.com)
Ce lundi, le gouvernement a présenté une nouvelle batterie de mesures pour simplifier le quotidien administratif des citoyens et des chefs d’entreprises. Des efforts de simplification entamés depuis 1990…

Ce lundi, le gouvernement a présenté une nouvelle série de mesures pour simplifier la vie administrative des Français. Sur les 92 décisions prises par Thierry Mandon, le secrétaire d'Etat à la Réforme de l'Etat et de la Simplification, 40 concernent les particuliers, 52 les entreprises.

Toutes ces mesures viennent accentuer le « choc de simplification » lancé par François Hollande en janvier 2013. Un choc, dont les gains en euros sonnants et trébuchants pour l'économie française, sont estimés à 11 milliards d'ici 2016 !
Déjà, sur les 273 mesures de simplification jugées prioritaires par le gouvernement, plus de la moitié, 54%, sont en cours de mise en œuvre. Près de la moitié, 38%, sont déjà effectives. Un exemple :  depuis janvier 2015, les instructions fiscales sont publiées à date fixe, le premier mercredi de chaque mois.

Selon l'exécutif, elles auraient généré déjà 3,3 milliards d'euros de gains - d'économies - depuis septembre 2013, date de la présentation par Pierre Moscovici, alors ministre de l'Economie, des premières mesures permettant de lutter contre la paperasserie.

Comment sont évalués ces gains ? Ils sont estimé à partir d'un modèle, le Standard Cost Model (SCM) utilisé par la plupart des pays industrialisés. Il délimite rigoureusement les différentes obligations liées à une réglementation afin d'obtenir une base de calcul exacte et fiable des coûts des charges administratives. Des témoignages d'agents traitants de l'administration et/ou des usagers ou de leurs représentants peuvent venir compléter la méthode de calcul.

L'OCDE s'est depuis longtemps penchée sur le sujet

Dans son rapport intitulé « La simplification administrative en France » publié en 2004, l'Organisation indiquait que le coût de la paperasserie, calculé à partir de ce modèle, s'élevait en moyenne à 11% du PIB - celui-ci étant bien plus élevé pour les PME que pour les grands groupes qui disposent des ressources humaines pour la gérer. « A titre d'exemple, il ressort du rapport 'La paperasserie vue par les entreprises', consacré au coût des formalités administratives dans 8.000 PME de onze pays que le coût par salarié était plus de cinq fois supérieur les plus petites des PME que pour les plus grandes », indique l'organisation qui estimait à 60 milliards par an le coût des charges administratives des entreprises.

Avec ce choc de simplification, le gouvernement n'innove pas vraiment. En 1983, le gouvernement a créé la Commission pour la simplification des formalités, la COSIFORM. A-t-elle été efficace ? L'OCDE dresse un bilan très négatif de l'action de cette structure.

« La COSIFORM, malgré de nombreuses réunions et rapports, n'est pas véritablement parvenue à initier des simplifications lisibles et concrètes. Elle n'a au demeurant, pas su ou pas pu anticiper dans certains groupes de travail l'arrivée de l'Internet ».

Les sigles changent, la priorité reste

Pour rendre l'action publique efficace dans ce domaine, la COSIFORM a donc été remplacée en 1998 par la Commission pour les simplifications administratives (COSA), devenue la Délégation aux usagers et aux simplifications administratives (DUSA) à en février 2003 avant que celle-ci soit intégrée sein de la Direction générale de la modernisation de l'État (DGME) en 2005. Une DGME qui est désormais l'ancêtre de l'actuel Comité interministériel de modernisation de l'action publique (CIMAP)...

Sous la présidence de Nicolas Sarkozy, l'exécutif n'est pas non plus resté inactif dans ce domaine. Le redressement des comptes publics étant devenu une priorité, ce qui n'étais pas vraiment le cas jusqu'ici - sinon le Parlement n'aurait pas accepté de voter pour un déficit budgétaire pendant une trentaine d'années d'affilée - la simplification est devenu un moyen peu onéreux de réformer l'économie française.

Des mesures qui restent au stade des mesures

En avril 2011, le gouvernement a organisé les premières Assises nationales de la simplification. Au total, 80 mesures en faveur des entreprises ont été retenues, intégrées au projet de loi voté par le Parlement à l'automne. Parmi ces mesures : une a retenu particulièrement l'attention des chefs d'entreprises : la mise en place d'une "armoire numérique sécurisée" qui devait permettre aux chefs d'entreprises de "fournir une fois pour toutes les informations qu'il doit transmettre à l'ensemble des administrations concernées" était prévu. Devait ? Les chefs d'entreprises n'en ont toujours pas vu la couleur.

On le voit, le gouvernement actuel ne se démarque pas réellement. Certes, un premier Comité interministériel de modernisation de l'action publique (CIMAP) a été réuni par le gouvernement le 18 décembre 2012, comité qui a notamment arrêté un programme d'actions en matière de simplification, portant à la fois sur le « stock » des normes applicables et sur le « flux » des textes en cours de préparation. Le CIMAP a également proposé l'extension des études d'impact à l'ensemble des textes réglementaires et des textes transposant le droit communautaire, d'instaurer le principe « d'une norme créée = une norme supprimée », de développer l'évaluation ex-post des principaux textes législatifs et de définir avant la fin du premier semestre 2013 un programme pluriannuel de simplification des normes.

Mais il a fallu attendre le 8 janvier 2014 et la création d'un ministère dédié à la simplification pour que le choc souhaité par le chef de l'Etat puisse s'amorcé. Depuis, le chantier s'accélère. Dès avril 2014, cinquante mesures en faveur des entreprises étaient présentées par Thierry Mandon. En clair, l'exécutif a perdu deux ans.

L'inflation législative a-t-elle disparu ? Certaines habitudes n'ont toujours été abandonnées. Ainsi, l'ensemble des textes portant réforme du régime d'imposition des plus-values sur les valeurs mobilières réalisées par les particuliers compte au total 174 pages, consultables sur le site Internet du Bulletin officiel des finances publiques - impôts (BOFIP) pour qui veut prendre la peine de fouiller un peu dans les méandres de l'administration fiscale.

La complexité administrative, un boulet

En attendant que les réformes produisent leurs effets, la France continue de traîner la complexité administrative comme un boulet. Le classement 2012-2013 du World Economic Forum (WEF) plaçait la France au 126ème rang sur 144 pays en matière de complexité administrative. Présenté en mars 2013, le rapport d'Alain Lambert et Jean-Claude Boulard sur l'inflation normative a également permis de relativiser les efforts produits jusqu'ici par l'Etat en matière de simplification. Selon leurs calculs, l'action des élus locaux est encadrée par la somme phénoménale de 400 000 textes réglementaires et circulaires. Un exemple, cité par François Hollande lui-même le 21 mars 2013 lors d'un déplacement à Toulouse : il faut 184 jours pour bâtir un entrepôt en France, contre 97 en Allemagne et 27 aux Etats-Unis... Si le gouvernement veut réellement donner plus d'autonomie aux Régions dans le domaine économique, il est urgent de toiletter et de simplifier le cadre règlementaire.

Publié en novembre 2014 par l'Agence française pour les investissements internationaux (AFII) aujourd'hui fusionné avec Ubifrance au sein de business France, le « Tableau de bord de l'attractivité de la France » a une nouvelle fois rappelé l'urgence qu'il y a à réformer dans ce domaine.

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Commentaires
a écrit le 05/06/2015 à 4:13 :
Nous sommes "paradoxaux"
- on veut des lois + simples, mais qui prennent en compte chaque cas particulier
- on veut moins d'administratif et d'état, mais on veut aussi être traité équitablement ce qui suppose de controler
................
a écrit le 03/06/2015 à 20:49 :
à l'évidence certains n'ont toujours pas compris que le maquis des réglementations - les 400000 textes - protège très efficacement le pouvoir politique sous un monceau de paperasses necessaires...
a écrit le 03/06/2015 à 20:11 :
supprimons le sénat , les intercommunalités et divisons l'assemblée générale de moitié et là ce sera de la simplification et des économies pour les contribuables
a écrit le 03/06/2015 à 18:08 :
C'est difficile a cause des normes de protections des citoyens, la droite n'a rien fait pour la simplification, bien trop occupé a magouiller pour son propre compte, la gauche essaie !
a écrit le 03/06/2015 à 14:56 :
Chacun doit comprendre que la complexité de ce qui est demandé aux citoyens comme aux entreprises est le résultat d'une seule question, qu'on entend trop souvent: "Pourquoi l'Etat laisse X faire Y" - d'où un besoin de collecter des déclarations et remonter toutes sortes d'informations de toute sorte. Voyez les reportages qui commencent par "En France il est possible de vendre des oeufs de crevettes pour l'aquariophilie sans aucune déclaration en préfecture". et hop on rajoute un formulaire.
a écrit le 03/06/2015 à 12:34 :
La simplification doit surtout servir à faciliter le travail des fonctionnaires et à faire faire des économies à l'Etat.
Grâce au "choc de simplification", on m'oblige depuis cette année à faire une déclaration TVA tous les mois (au lieu de trimestrielle auparavant) .... j'ai vraiment du mal à percevoir le gain de temps et d'argent pour les TPE !
a écrit le 03/06/2015 à 12:06 :
il faudrait peut être prendre le pb a la base et simplifier les codes et les regles.... plus personnes n y comprends rien..... pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué.... :-)
Réponse de le 03/06/2015 à 14:21 :
Le droit n'est pas appliqué en France par l'Etat et les collectivités locales. Je le constate tous les jours. La médiatisation d'un événement grave parmi de très nombreux en est l'illustration: sang contaminé, Crédit Lyonnais, Crédit Foncier, Médiator, Fonds de la formation professionnelle....encore ?
a écrit le 03/06/2015 à 11:45 :
Lorsqu'un gouvernement crée des aberrations administratives comme le compte de pénalité, il devrait avoir la pudeur de se taire quant à la simplification administrative.
Cela fait plus de 20 ans que la dématérialisation des échanges aurait pu être mise en oeuvre pour simplifier le travail déclaratif, ..., mais cela aurait été des fonctionnaires en moins ! impensables !
La saisie en ligne des déclaratifs n'est guère que la traduction du papier. Quasiment aucune intelligence dans ces applications ! A quoi servent donc nos impôts ?
Et quant à la simplification des règlements, il y a trop d'intérêt pour qu'elle puisse voire le jour ...
a écrit le 03/06/2015 à 9:11 :
Qui a lu la loi loi duflot ???
Une usine a gaz

La loi sur l apprentissage écrite par des fonctionnaires qui n'ont jamais vu un apprenti
La loi sur la pénibilité idem une usine a gaz

La réforme de la formation professionnelle qui a oser déclarer son compte tellement c'est simple

Ca ressemble a Hollande et Valls des réformes d énarques inadaptée
a écrit le 03/06/2015 à 8:49 :
La simplification s'impose avant tout pour les entreprises ;
Il est clair que les structures parapubliques qui gravitent et vivent sur le dos des entreprises sont pléthoriques et inefficaces, inutiles ;
Il convient de simplifier, le plus efficace sera de supprimer toutes celles qui se sont avérées inutiles et ruineuses pour enrayer le déclin industriel et économique ;
Les CCI devenues obèses sont un échec patent,
les Greffes des Tribunaux de Commerces constituent des monopoles devenus mercantiles par excès,
les agences de Développement économiques
se battent entre elles en pratiquant des surenchères financières sur le dos des contribuables pour attirer des projets dans leurs périmètres, régionaux, départementaux, agglomérationnaux, etc
mais in finé,
elles ne font que déplacer des projets, mais n'en créent aucun, sans elles ces projets se feraient de toute façon
les faux centres de faux experts ne font qu'empiler des coûts d'expertises "bidons" couteux et inutiles.
En conséquence,
Il faut les supprimer sans états d’âme, sans générosité pour leurs apparentés fonctionnaires qui auront ainsi l’occasion de créer leurs propres start up et démontrer leurs talents exceptionnels.

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