Dans son vaste et lumineux bureau, qui donne sur les jardins de Sciences-Po, Laurence Bertrand Dorléac revient, ce jeudi, manifestement ravie de son déjeuner. La présidente de la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP) voyait pour la première fois en tête à tête Luis Vassy, élu six jours plus tôt par son conseil d'administration au poste désormais maudit de directeur de l'école. Cette historienne de l'art a été marquée par « l'intelligence et la civilité » de ce diplomate de 44 ans. Sur lui, la professeure des universités de vingt trois ans son aînée, impeccable dans son tailleur et ses bottines, a beaucoup de droits, dont celui de le révoquer à tout moment. Séduite par le côté Harry Potter qu'on prête à ce normalien et énarque « avec la mentalité d'un vieux sage », elle avait discrètement mais sûrement défendu sa candidature, jugeant ses qualités de diplomate précieuses pour un poste si exposé.
À la tête de la puissante Fondation nationale des sciences politiques depuis 2021, cette instance de 1 200 salariés qui chapeaute l'Institut d'études politiques, gère l'administratif et le financier, Laurence Bertrand Dorléac a déjà connu trois directeurs, et autant de crises traversées par l'institution qui forme l'élite française. « Laurence a le rôle du good cop, elle a su se préserver dans la continuité car elle se met audessus de la mêlée, avec une profondeur intellectuelle et culturelle », loue Gaspard Gantzer, communicant et professeur à Sciences-Po. À elle de donner des directives, et à Luis Vassy de les mettre en œuvre. « Entre elle et le directeur de Sciences-Po, c'est un peu comme entre l'Élysée et Matignon », résume un collaborateur.