Bruno Cautrès, chercheur CNRS au Cevipof et enseignant à Sciences-Po, et Marc Lazar, professeur émérite à Sciences-Po et titulaire de la chaire BNP-BNL-Paribas Relations franco-italiennes pour l'Europe à l'université Luiss de Rome, ont coécrit l'étude « Union européenne: portée et limites des nationaux-populistes » pour l'Institut Montaigne.
LA TRIBUNE DIMANCHE - Dans les sondages, la course en tête du RN donne l'impression en France que le Parlement européen va basculer à l'extrême droite. Est-ce vrai ?
BRUNO CAUTRÈS - La constance avec laquelle le Rassemblement National [RN] fait la course en tête depuis des mois est impressionnante. Pour autant, même si les partis nationaux-populistes devraient progresser dans l'ensemble de l'Europe, il n'y aura pas de déferlante car ils n'auront pas la majorité au Parlement européen, et à ce stade il n'est pas du tout évident qu'ils pourront former une coalition avec d'autres formations pour l'obtenir.
MARC LAZAR - Si l'on adjoint au RN les autres formations que nous qualifions de nationales-populistes, comme Reconquête, le score pourrait s'élever en France autour de 40% ! Il faudra aussi voir le résultat de l'AfD en Allemagne, qui devrait progresser, ou encore de Chega au Portugal, qui devrait connaître une poussée importante. En Italie, le parti de Giorgia Meloni, Fratelli d'Italia, devrait focaliser l'attention si les 26% prévus par les sondages sont confirmés. Toutefois, l'addition des intentions de vote de Fratelli d'Italia et de la Ligue de Matteo Salvini, estimées à 8%, reste inférieure de 6 points au résultat du scrutin de 2019. Il y a donc une poussée des partis nationaux-populistes mais pas une vague.