Le sujet est au centre des conversations du café à l'entrée de Mortagne-au-Perche. « Il y a le Médicobus aujourd'hui à la Chapelle-Montligeon. C'est nouveau dans ce village car le médecin est parti à la retraite », dit l'un des clients. La patronne enchérit : « J'y suis allée la semaine dernière. C'est une excellente initiative, en revanche le lieu est un peu exigu. »
De fait, le Médicobus est un camping-car réaménagé en cabinet médical ambulant. Avec un objectif principal : proposer l'accès aux soins à des patients qui n'ont plus de médecin traitant et vivent dans un désert médical. Le département de l'Orne, où se trouve La Chapelle-Montligeon, a perdu neuf médecins en 2022 pour cause de départ à la retraite. Cinq autres raccrocheront le stéthoscope d'ici le mois de juin 2023, venant ainsi accroître la tension en termes de besoin de soins qui existe actuellement dans le département. En 2012, ce dernier comptait 220 médecins, il n'y en a plus que 151. Une perte sèche de praticiens qui n'a pas été anticipée par les différents gouvernements successifs et qui conduit, aujourd'hui, à ce que nombre de départements se retrouvent dans la même situation que l'Orne. « Le Médicobus est né pour gérer l'urgence, pour assurer la continuité des soins et pour faire en sorte que les patients ne soient pas totalement abandonnés. Cela est notre vocation, mais la colère de devoir recourir à de telles initiatives est réelle », confie le docteur Jean-Michel Gal, président du Conseil de l'ordre des médecins de l'Orne, et président de l'association qui gère le Médicobus.
L'idée de ce dispositif a germé fin 2020 alors que la commune de Nocé n'avait plus de médecin. Proposé par la communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS) de l'Orne, le Médicobus a démarré début janvier 2021 et mobilise aujourd'hui dix médecins qui se relaient en fonction des jours, deux assistantes médicales qui gèrent le bus et les papiers des patients. Pour que le dispositif soit efficace, il repose sur une procédure ultrasimple. Le patient appelle un numéro dédié, celui de la Cellule de soins non programmés, basée à Caen, qui gère les appels et répartit les malades en fonction des pathologies constatées lors de l'entretien avec un soignant. S'il est dirigé vers le Médicobus, le patient est rappelé par un médecin qui, le cas échéant, lui propose une consultation médicale dans le bus.