Suppression de postes chez Michelin et Auchan : Barnier demande des comptes
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« J'ai le souci de savoir ce qu'on a fait dans ces groupes de l'argent public qu'on leur a donné. Je veux le savoir. Et donc nous allons poser des questions et nous verrons si cet argent a été bien ou mal utilisé pour en tirer les leçons », a annoncé...
Le Premier ministre a affirmé, ce mardi, vouloir savoir « ce qu'on a fait dans ces groupes de l'argent public qu'on leur a donné ». Les deux groupes ont, en effet, annoncé la fermeture de deux sites industriels pour l'un et la suppression de près de 2.400 emplois pour l'autre.
[Article publié le mardi 5 novembre 2024, à 16H08, mis à jour à 17H55]
Alors que Michelin et Auchan ont annoncé 3.600 fermetures de postes ce mardi, le Premier ministre a affirmé que « je ne suis pas fier (...) d'une politique qui détruirait des emplois, jamais ». Interpellé par le président du groupe communiste André Chassaigne lors de la séance des questions au gouvernement, Michel Barnier a ajouté devant l'Assemblée nationale : « J'ai le souci de savoir ce qu'on a fait dans ces groupes de l'argent public qu'on leur a donné. Je veux le savoir. Et donc nous allons poser des questions et nous verrons si cet argent a été bien ou mal utilisé pour en tirer les leçons », a-t-il développé.
Un peu plus tôt dans la journée, le ministre de l'Economie Antoine Armand avait expliqué que les annonces des deux entreprises « sont évidemment éminemment préoccupantes ».
2.389 emplois menacés chez Auchan
L'équipementier automobile a, en effet, annoncé la fermeture prévue avant 2026 de deux sites industriels dans l'ouest du pays, à Cholet (Maine-et-Loire) et à Vannes (Bretagne), ce qui concerne 1.254 salariés. De son côté, le distributeur Auchan, après plusieurs années difficiles, prévoit de supprimer 2.389 emplois en France sur 53.000 dans le pays, via notamment la fermeture d'une dizaine de magasins. « C'est catastrophique. Ça va laisser beaucoup, beaucoup de salariés dans la difficulté, de familles. C'est choquant, scandaleux », s'est indigné Franck Martineau, délégué syndical FO Auchan Retail.
La direction espère néanmoins limiter le nombre de licenciements secs via un accompagnement des collaborateurs concernés, formations de reconversion, congés de reclassement et plan de départs volontaires. Un engagement à propos duquel le ministre de l'Economie entend bien se montrer vigilant :
L'Etat veillera à ce que «l'emploi reste au cœur de la stratégie» du groupe et au fait «que la priorité de cette transformation est bien l'emploi», a assuré Antoine Armand, en marge d'un déplacement à Calais, où il actait le rachat par l'Etat de 80% du fabricant de câbles sous-marins ASN.
Chez Michelin, le PDG de l'équipementier, Florent Menegaux, a justifié les fermetures par « l'effondrement de l'activité ». « L'électricité en France est deux fois plus chère au mégawattheure qu'en Amérique du Nord », a-t-il également expliqué, précisant qu'il s'agit du « deuxième centre de coûts, dans notre secteur, après la masse salariale ». Car, a-t-il ajouté, la fabrication des pneus nécessite des étapes de cuisson particulièrement énergivores.
Michelin se dit « conscient des conséquences de cette décision ». « Notre engagement, c'est de ne laisser personne au bord du chemin, a, de son côté, indiqué Pierre-Louis Dubourdeau, vice-président exécutif de l'entreprise. Nous mettrons tous les moyens nécessaires pour que tous les salariés puissent rebondir professionnellement. » Un « soutien individualisé » sera apporté à chaque salarié, affirme encore le groupe, évoquant des possibilités de « mesures de pré-retraite », de « mobilité interne », ou « externe » avec l'aide d'un « cabinet spécialisé ». L'entreprise s'engage aussi à « contribuer activement à la création d'au moins autant d'emplois de même nature » dans les territoires de Cholet et de Vannes.
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« L'Etat aura une vigilance extraordinairement forte » quant au reclassement de « l'ensemble des salariés » affectés et fera « tout son possible pour contribuer à trouver un repreneur » pour l'un ou les deux sites, a promis, de son côté, le ministre de l'Economie.
Malgré les justifications et les mots rassurants, les salariés de Cholet ont voté la grève et bloqué le site peu après les annonces de la direction. A Vannes (Morbihan), l'annonce « a été accueillie par un grand silence. Tout le monde accuse le coup », a témoigné Eric Boisgard, salarié depuis 2004 et ancien délégué syndical CGT. Pour le premier syndicat du groupe, la CFE-CGC, ces fermetures sont « une décision unilatérale, brutale et mal anticipée », a condamné son délégué syndical central José Tarantini auprès de l'AFP.
Livret d'épargne industriel
Toujours devant l'Assemblée nationale, le Premier ministre a souhaité que les deux groupes puissent « travailler avec le tissu local, les élus locaux (...) les syndicats, le patronat local, les chambres de commerce » pour « mettre (...) ensemble tous les outils dont nous disposons pour accompagner individuellement chacun des salariés et accompagner ces territoires dans la possibilité de reconversion ».
« Nous devons créer ou recréer de l'emploi industriel, comme maintenir l'emploi agricole dans notre pays », a insisté le chef du gouvernement, en évoquant la création début 2025 d'un « livret d'épargne industriel », ainsi que des « réponses européennes » avec « moins de naïveté » face à la concurrence étrangère « pas toujours loyale ».