Le repas à un euro pour tous les étudiants sur le point d'être acté
latribune.fr
36% des étudiants disent avoir déjà sauté souvent ou de temps en temps des repas par manque d’argent, selon le baromètre 2024 de l’association Cop1 et de l’Ifop.
Reuters
La commission des Finances de l'Assemblée nationale a validé mardi un amendement au projet de loi de finances généralisant à tous les étudiants le tarif d'un euro par repas dans les CROUS. Son application dépend désormais de l'adoption du texte dans l'hémicycle.
Un pas de plus a été franchi pour généraliser le repas à un euro dans les CROUS à tous les étudiants. Un amendement au projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) a été adopté en ce sens mardi en commission des Finances de l'Assemblée nationale. Présenté par le groupe Écologiste et Social, son application dépendra de l'adoption in fine du projet de loi par l'Assemblée nationale.
Le vote solennel de ce dernier, actuellement examiné dans l'hémicycle, est prévu le 5 novembre prochain. Mais, comme pour la première partie du budget de l'État la semaine dernière, il n'est pas certain que les députés aillent au terme des débats dans les délais impartis. Dans ce cas, ou si le projet de loi était rejeté par l'Assemblée, c'est la version initiale du gouvernement qui serait transmise au Sénat. Sans cet amendement - et aussi d'autres.
Le repas à un euro n'est pas nouveau puisqu'il a été mis en place en 2020. Initialement réservé aux étudiants boursiers, il a par la suite été étendu aussi aux non-boursiers en situation de précarité. L'année dernière, les socialistes avaient échoué, à une voix près, à faire adopter à l'Assemblée une proposition de loi en faveur de sa généralisation.
« Il y a un jeune sur trois aujourd'hui, parmi ceux qui sont interrogés, qui déclarent sauter souvent régulièrement des repas », a déclaré mardi la députée socialiste Céline Hervieu pour défendre l'amendement.
L'élue cite ici le deuxième baromètre réalisé par l'association Cop1 et l'Ifop sur la situation des étudiants en France, sorti mi-octobre. Dans ce sondage, 36% des étudiants interrogés disent avoir déjà sauté souvent ou de temps en temps des repas par manque d'argent. Un chiffre qui monte à 60% parmi les bénéficiaires de cette association qui assure notamment de la distribution alimentaire aux étudiants.
Selon le groupe Écologiste et Social, cette généralisation a un coût estimé à 90 millions d'euros par an. La députée LFI Marie Mesmeur a, elle aussi, défendu un amendement similaire, mais pour un montant bien supérieur, estimé à 400 millions d'euros. Elle a au passage rappelé que « seul un étudiant sur quatre est boursier », ce qui montre que seule une petite partie des étudiants profite actuellement du repas à un euro.
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Le député RN Jean-Philippe Tanguy a annoncé que son parti « votera le dispositif des repas à un euro ».
Bien qu'adopté, l'amendement n'a pas suscité l'unanimité sur les bancs de la commission. Pour le groupe Renaissance, le rapporteur spécial Thomas Cazenave s'y est opposé. Il a qualifié cette mesure de « très régressive » et comme étant « la plus injuste qui soit ». « Pourquoi offrir un repas gratuit à tous les étudiants, quelle que soit la configuration familiale, quels que soient les revenus des parents ? », a-t-il demandé. Ce à quoi le député LFI Aurélien Lecoq a répliqué par l'argument que « le principe d'universalité de droit est un principe qui est profondément républicain et qui s'applique dans de nombreux de nos services publics ».
Deuxième rapporteur spécial, Charles Sitzenstuhl, pour Renaissance également, a aussi voté contre. Le député a argué que « les tarifs au Crous sont des tarifs sociaux voire très sociaux ». Et que cela représente déjà un « effort substantiel qui est fait par la puissance publique et donc le contribuable ». Un repas au CROUS est facturé 3,30 euros pour tous les étudiants, quel que soit leur revenu. « Pour un prix de revientdu repas qui est à 8 euros », selon Thomas Cazenave.
Un coût de la vie de plus en plus élevé
La Fédération des associations générales étudiantes (Fage) plaide en tout cas de longue date pour cette généralisation. Dans un contexte où la précarité étudiante ne cesse de s'accentuer.
« Trois étudiants sur quatre disposent de moins de 100 euros par mois, soit moins de 3,33 euros par jour, pour s'alimenter, se soigner, s'habiller, se cultiver, se divertir », après avoir payé les charges fixes, selon la dernière étude sociologique réalisée par Linkee, association d'aide alimentaire aux étudiants, remise au ministère de l'Enseignement supérieur.
« On ponctionne surtout sur l'alimentation et le loisir, et ça ce n'est pas anodin, ça a un énorme impact sur la santé mentale », a déploré fin septembre Yanis Jaillet, secrétaire général de l'Union étudiante Bordeaux.
De son côté, le syndicat étudiant Unef a calculé mi-août que le coût de la vie étudiante augmente de 2,25% pour cette année universitaire 2024-2025. Soit un alourdissement des dépenses de « 482,16 euros » par an. Une hausse relativement modérée après une augmentation de 6,47% l'année précédente. Mais cela porte à 27,76% l'accroissement du coût de la vie étudiante depuis 2017, selon cette organisation qui réalise ce calcul chaque année depuis vingt ans.
Le niveau de vie des étudiants est ainsi affecté par la hausse des tarifs d'inscription universitaire (+2,93%), des coûts de l'énergie (+4,8%), des loyers dans les résidences Crous (+3,5%) et hors résidences Crous (+1,08%), et par une inflation modérée des prix des produits alimentaires (+0,82%).