Il a dirigé le cabinet de Lionel Jospin à Matignon (1997-2002) pendant la troisième cohabitation* après avoir été secrétaire général du Conseil constitutionnel (1993-1997). Ancien membre du comité Balladur sur la modernisation des institutions et de la commission Jospin sur la vie publique, Olivier Schrameck est l'un des plus fins connaisseurs de l'État.
LA TRIBUNE DIMANCHE - La Constitution définit les rôles du président et du Premier ministre. En cas de cohabitation, dans quels domaines faut-il nécessairement un accord ?
OLIVIER SCHRAMECK - La répartition des rôles a été à l'ordre du jour du début de la troisième cohabitation, en 1997. Dans une polémique notoire, Jacques Chirac avait estimé que la Constitution lui donnait « le dernier mot ». Lionel Jospin aussi. Or le texte fondamental indique à son article 20 que le gouvernement détermine et conduit la politique de la nation. C'est le régime parlementaire rationalisé construit en 1958 par Michel Debré. S'agissant du chef de l'État, la notion de domaine réservé est souvent invoquée, mais elle n'est pas dans la Constitution. Toutefois, ses ancrages juridiques existent : il est le chef des armées, il préside les conseils de défense, il nomme aux emplois militaires comme aux emplois civils. Mais le contreseing du Premier ministre est nécessaire. D'où la nécessité de discuter, ce que j'ai fait avec Dominique de Villepin, alors secrétaire général de l'Élysée.
Comment avez-vous procédé aux nominations ?
Notre état d'esprit partagé a permis de régler les problèmes. Je constate qu'aucune nomination n'a été critiquée pour favoritisme ou incompétence. Toute tromperie dans notre dialogue aurait détruit la confiance mutuelle et altéré le fonctionnement de l'État. Cependant, en l'absence d'accord, le statu quo l'emporte. Cela s'est produit avec le poste de directeur des renseignements généraux que Lionel Jospin avait voulu changer sans résultat. C'est là un atout pour le président.