En 2020, quand, à cause du Covid, la France s'était retrouvée soudainement confinée au début du printemps, ils étaient sortis, un instant, de leur invisibilité. Le pays entier s'était rendu compte du rôle joué par les travailleurs agricoles salariés. Or, nombreux sont ceux qui viennent de l'étranger au moment des récoltes des légumes et des vendanges. Les champs s'étant vidés de bras à cause de la fermeture des frontières, le gouvernement avait alors dû inciter les Français inoccupés à aller travailler dans les fermes, au cours de la crise sanitaire.
Quatre ans plus tard, ils sont retombés dans l'oubli. Absents des barrages lors de la révolte agricole de début d'année, portée par les exploitants, ils n'ont été mentionnés que dans le cadre de quelques revendications des syndicats agricoles majoritaires, visant à simplifier leur embauche. Et alors que ces derniers ont multiplié les rendez-vous avec le Premier ministre, voire avec le président de la République, les syndicats représentant les salariés agricoles, eux, ont été peu reçus et écoutés, déplorent la CFTC et la CFDT.
Dans les débats politiques précédant les élections européennes et le premier tour des législatives, où l'ensemble des questions agricoles est relégué au deuxième rang, ils ne figurent qu'en trompe-l'œil. Aucune proposition sur l'agriculture ne s'y intéresse spécifiquement. « A droite comme à gauche, ils en sont les grands-oubliés », confirme le professeur de sociologie François Purseigle.