Les JO, coup de boost assuré pour l'économie française, mais d'une durée incertaine
latribune.fr
Les Jeux Olympiques « ont coûté 8,8 milliards d'euros constitués en grande partie d'investissements privés » et « on estime que [leurs retombées] seront au total de 9 milliards étalés sur quinze ans », a déclaré la ministre démissionnaire des...
Construction d'infrastructures, afflux touristique et effet vitrine, les Jeux olympiques de Paris garantissent une poussée de croissance immédiate pour la France. Mais ses bénéfices économiques dans le temps sont plus difficiles à mesurer.
Qu'auront apporté les Jeux Olympiques de Paris 2024 à la France au-delà de la moisson sportive historique, de la fierté nationale de voir Paris rayonner dans le monde entier pendant quelques semaines, et quelques images inoubliables de la cérémonie d'ouverture ou de compétitions sportives magnifiées par les plus beaux bâtiments parisiens ? Si l'effet immédiat est facilement quantifiable, difficile d'y voir clair les éventuels bénéfices des Jeux Olympiques à long terme, estiment de nombreux experts qui se sont penchés sur la question.
Selon la ministre démissionnaire des Entreprises et du Tourisme, Olivia Grégoire, s'exprimant dimanche dans La Tribune, les Jeux « ont coûté 8,8 milliards d'euros constitués en grande partie d'investissements privés » et « on estime que [leurs retombées] seront au total de 9 milliards étalés sur quinze ans ».
Dans le détail, les JO de Paris 2024 ont déjà rapporté grâce aux nombreux visiteurs pendant la compétition. Le groupe bancaire Visa a décrit une envolée des dépenses touristiques à Paris les trois premiers jours des JO, comparés au même week-end de 2023 : +159% dans les théâtres et musées, +42% dans les supermarchés et épiceries, +36% dans les restaurants, +21% dans les commerces de détail... Ces premiers chiffres laissent donc entrevoir un vrai effet JO sur les dépenses des touristes, d'autant plus que les dépenses ont aussi augmenté dans d'autres villes-hôtes comme Saint-Étienne (+214%), Lille (+100%) ou Marseille (+38%).
La Banque de France et l'Insee attendent un effet JO sur la croissance du troisième trimestre, de 0,25 à 0,3 point de pourcentage, pour une croissance trimestrielle totale allant jusqu'à 0,5% selon l'Insee.
Mais ce soutien « disparaîtrait en fin d'année », estime l'Institut de la statistique, avec un PIB en recul de 0,1% au quatrième trimestre, pour une hausse de 1,1% sur l'année, de 0,1 point supérieure à la prévision du gouvernement sortant.
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Un remontant pour la Bourse ?
La Bourse de Paris profiterait aussi des JO, selon une étude du cabinet Ned Davis Research (NDR) relayée par le quotidien Les Echos. Celle-ci relève que les Bourses des pays d'accueil ont presque toujours des performances moindres que celles de leurs voisins dans les trois mois précédant l'évènement, avant généralement de s'envoler dans les six mois suivants, à l'exception de Pékin en 2008, année économique noire.
Ainsi, la Bourse de Séoul avait ainsi gagné 45% en 1988, celle d'Athènes 37,8% en 2004. La Bourse de Paris a été en berne par rapport à ses voisines depuis fin avril (-6,7% selon NDR), conformément au scénario de l'étude. Gare toutefois à ne pas confondre corrélation et causalité.
Alors que le baromètre EY classe ces cinq dernières années la France numéro 1 de l'attractivité en Europe, le directeur général de Business France Laurent Saint-Martin juge que les patrons d'entreprises étrangères, notamment la quarantaine de dirigeants invités le 25 juillet à déjeuner par Emmanuel Macron, « ressortent de cette séquence avec une image de la France renforcée, valorisée ».
Il va désormais falloir les « marquer à la culotte » pour « s'assurer que leurs prochains investissements trouveront comme destination la France, dans la continuité de ce bel évènement », explique-t-il à une journaliste de l'AFP.
Business France accompagne aussi les entreprises françaises à l'export. Certaines ont illustré pendant les Jeux « le caractère créatif et innovant » de la France, remarque M. Saint-Martin, rappelant que « l'entreprise qu'on a peut-être le plus vue sans connaître son nom, c'est Aérophile », spécialiste du ballon captif, comme celui qui porte la vasque olympique.
Quant à l'attractivité touristique, la France est déjà, depuis des années, la première destination touristique au monde.
Effet étalé dans le temps
François Asselin, président de la Confédération des PME, résume l'effet économique des JO : « Avant, les marchés liés aux infrastructures soutiennent l'activité des entreprises participantes. Pendant, l'ensemble des prestations à fournir procure la manne à celles concernées ». Et « après », entre en jeu le « soft-power » d'une « France joyeuse, solidaire par ses bénévoles, efficace et bienveillante dans l'organisation d'un tel évènement, (avec) la beauté intrinsèque de son architecture et de ses paysages ».
Pour lui néanmoins, les retombées n'existeront que « si la France arrive avec le même esprit à traiter les défis qui sont face à nous ». Une référence à la situation politique du pays, en effet plongé dans une profonde instabilité politique depuis l'élection législative de 2022 -qui avait vu le président de la République échouer à obtenir une majorité absolue à l'Assemblée nationale- et encore plus depuis les résultats des élections européennes de juin et des législatives anticipées de juillet, qui ont sanctionné le pouvoir et placé la gauche en tête, sans majorité absolue, et sans que le chef de l'Etat ait accepté la proposition de Première ministre du Nouveau Front Populaire.
Restent aussi les effets à plus long terme, difficiles à quantifier pour l'heure, sur le tourisme. La France est déjà, depuis des années, la première destination touristique au monde. Mais le rayonnement des paysages, de l'architecture et de la culture française grâce aux JO pourraient inciter des touristes du monde entier à venir visiter le pays des Lumières, espèrent les professionnels du secteur.