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ÉconomieFrance

Macron bientôt à la croisée des chemins

Photo de Jean-Christophe Chanut

Jean-Christophe Chanut

Publié le 12 juillet 2016 à 14:36 - Mis à jour le 12 juillet 2016 à 16:04

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Le ministre de l'Economie tient le premier meeting de son mouvement "En Marche" ce mardi à Paris. Une démission du gouvernement ne semble pas pour autant d'actualité. Mais Emmanuel Macron va prendre date.

En être ou ne pas en être... Là est sa question. Le jeune ministre de l'Economie Emmanuel Macron est suspecté depuis plusieurs semaines d'être sur le départ du gouvernement afin de retrouver sa liberté de mouvement et de parole et de ne plus subir des rappels à l'ordre à l'issue de chacune de ses "sorties" sur la politique menée par François Hollande.

Maintien au gouvernement?

Le locataire du troisième étage de Bercy tient justement ce soir à la Mutualité à Paris, la première grande réunion publique de son mouvement "apolitique", dénommé "En Marche", qu'il a lancé en avril dernier. Annoncera-t-il son départ du gouvernement ? C'est peu probable à ce stade. Pour son camp, il s'agit plutôt de montrer que l'impétueux ministre n'est pas un homme seul et qu'une force s'est levée pour le soutenir. D'ailleurs, Emmanuel Macron revendique déjà 50.000 adhésions à son mouvement "En Marche". Une façon pour lui également d'exposer ses idées alors que le président de la République s'exprimera le 14 juillet lors de son traditionnel entretien, le dernier de son quinquennat. La date du 12 juillet pour tenir meeting ne doit donc rien au hasard... Encore l'une de ces petites provocations qu'affectionne Emmanuel Macron.

En tout cas, ce meeting a passablement énervé le Premier ministre Manuel Valls qui a lancé "Il est temps que tout cela s'arrête"... Ambiance.

Car c'est peu de dire que le ministre de l'Economie agace. Entre son appréciation sur la responsabilité de la France dans les causes des attentats du 13 novembre, son plaidoyer pour la suppression de l'ISF, son envie de faire une "France de milliardaires", son souhait que la loi travail portée par Myriam El Khomri aille beaucoup plus loin, etc... à chaque fois ses propos ont été interprétés comme un manque de solidarité avec son propre camp.

Quel programme?

Pourtant, l'homme séduit les Français qui apprécient sa jeunesse et sa fraicheur ainsi qu'une sorte de "parler vrai" façon Michel Rocard. Emmanuel Macron rassemble ainsi 47% de bonnes opinions, selon un sondage Odoxa publié ce mardi 12 juillet par Le Parisien.

Mais que pense exactement Emmanuel Macron ? Quel est son programme, lui qui se revendique du "pragmatisme" ? On ne le sait pas encore vraiment. Pour l'instant, les militants de "En Marche" se livrent à un porte à porte pour connaître les souhaits des Français. Emmanuel Macron  se donne ensuite jusqu'à la fin de l'été pour dresser un "diagnostic" puis viendra en octobre l'heure des idées et du programme...

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Un ministre qui ne l'apprécie pas beaucoup résume ainsi cyniquement la "pensée" d'Emmanuel Macron:

"Pour l'instant, son programme se résume à mettre en oeuvre les idées de la commission Attali sur la croissance de 2008 dont il fut le rapporteur: casser les professions réglementées, dérèglementer le droit du travail, créer des transports low cost pour faire voyager les pauvres pour le plus grand profit des grosses entreprises.. C'est tout".

Le jugement est sévère. Mais il est exact qu'Emmanuel Macron souffre d'un certain positionnement. Il est curieux qu'il se revendique du "pragmatisme", alors que, justement, la société française manque cruellement aujourd'hui de repères. Le "pragmatisme", il est surtout actuellement dans le camp de François Hollande qui mène une politique qui n'était pas du tout celle annoncée lors de la campagne de 2012. Ce que d'ailleurs lui reproche Emmanuel Macron. C'est François Hollande qui augmente drastiquement les impôts dans un premier temps. C'est le même François Hollande qui décrète la politique de l'offre, via le pacte de responsabilité, afin de rétablir la compétitivité des entreprises. Une politique d'ailleurs appuyée par Emmanuel Macron, alors secrétaire général adjoint à l'Elysée.

C'est pour cette raison que les Français sont déboussolés, ne comprenant plus très bien quelles sont les différences entre la droite et la gauche, ce qui fait le jeu des populismes. Or, de ce que l'on a compris, Emmanuel Macron veut perdurer sur cette ligne, "ni de droite ni de gauche". Il veut que les Français, notamment ceux des quartiers les plus défavorisés, puissent bénéficier de nouveaux droits "réels" et non simplement "virtuels". Il faudra pourtant qu'il inscrive son action dans une vision s'il veut entrainer. Et, de fait, cette vision on ne la connaît pas pour l'instant... A moins que vouloir faire des jeunes des milliardaires soit considéré comme un but ultime...

Les intentions de Macron pour 2017

En attendant, Emmanuel Macron est attendu sur ses intentions pour 2017. Soit "il tue le père" et joue sa carte personnel en se présentant, quelle que soit la position de François Hollande (y aller ou pas)... En faisant plutôt le pari que François Hollande continuera d'être tellement bas dans les sondages qu'il renoncera.

Un député proche de Macron résume d'ailleurs dans les colonnes du Parisien : "La seule chance d'Emmanuel, c'est qu'Hollande dévisse durablement dans les sondages et que les barons socialistes lui disent : 'N'y va pas!'"

Un autre député, non sans un certain humour caustique, déclare dans Le Monde: "Est-ce qu'il faut tuer le père, ou est-ce que le père n'est pas déjà mort ? On ne remonte pas des profondeurs où est tombé Hollande. La voie est libre : la question n'est pas de savoir s'il y a un traître, mais de constater qu'il y a un mort."

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Un autre scénario, très répandu dans certains milieux, serait qu'en vérité, Emmanuel Macron jouerait le rôle de "rabatteur" pour François Hollande. Le président est tellement désavoué auprès de toute une partie de la population qu'il a tout intérêt à laisser le ministre de l'Economie tenter de les re-séduire avec son discours "moderne"... Et, au dernier moment, Emmanuel Macron appellera alors ouvertement à voter Hollande. Certes, il y aura du déchet. Mais si seulement 50% des électeurs potentiels d'Emmanuel Macron se rangent derrière Hollande, alors le "coup" redeviendrait jouable pour l'actuel locataire del'Elysée. Un scénario un peu à l'eau de rose...

En attendant, celui qui est toujours jusqu'à nouvel ordre ministre de l'Economie, va faire encore beaucoup parler de lui et va surtout continuer... d'énerver.

Jean-Christophe Chanut

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