Pourquoi la reprise industrielle reste fragile

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(Crédits : Reuters)
Les obstacles au recrutement et le déficit d'investissement dans la modernisation et le renouvellement de l'appareil productif minent les perspectives de rebond de l'industrie tricolore rappelle une récente étude de la direction générale des entreprises.

Le moteur de l'industrie tricolore est loin de tourner à plein régime. Selon la dernière étude de la direction générale des entreprises (DGE) publiée ce jeudi 17 juillet, la croissance de la production manufacturière a sérieusement marqué le pas ces deux dernières années, passant de 2,8% en 2017 à 0,4% en 2018.

Pour les services de Bercy, ces résultats illustrent une année de consolidation du secteur manufacturier. Pour autant, les clignotants sont loin d'être au vert pour l'appareil productif français. Les déboires de plusieurs sites industriels ces derniers mois rappellent la fragilité de l'industrie. Fermeture de l'usine Ford à Blanquefort, suppressions d'emplois chez General Electric (GE) à Belfort, échec de la fusion entre Alstom et Siemens... l'exécutif tente de limiter la casse mais les racines de ces échecs sont bien plus profonds.

Les obstacles au recrutement s'intensifient

Les tensions sur le marché de l'emploi se multiplient ces derniers mois. La montée en puissance de la qualité des produits et la transformation numérique des chaînes de production "nécessitent une adaptation des qualifications des salariés aux besoins des entreprises" souligne le document. D'après les chiffres transmis par les services du ministère de l'Economie, la part des entreprises françaises dans l'industrie contraintes par le manque d'oeuvre a bondi entre 2017 et 2018 pour atteindre 14%. A titre d'exemple, "42% des industriels expliquaient à la fin de l'année 2018 que la compétence de la main d'oeuvre représentait une barrière à l'embauche contre 30% un an auparavant". Ce facteur se place même largement en tête devant les incertitudes sur la situation économique (26%) où les coûts liés à l'emploi (20%).

> Lire aussi : 60% des entreprises de plus de 10 salariés ont des difficultés de recrutement

Un investissement bien insuffisant

Les décennies de désindustrialisation ont profondément marqué le modèle économique français. Si les investissements pour moderniser l'appareil productif ont augmenté de 8% entre 2015 et 2017, ils sont loin d'être suffisants pour combler le retard cumulé depuis le début des années 2000. Sur ce point, l'Allemagne et l'Italie apparaissent comme de biens meilleurs élèves à l'échelle européenne.

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Outre la modernisation et de la rationalisation, c'est surtout le besoin de renouvellement des machines qui se fait sentir d'après les enquêtes menées. "Au-delà de leur dynamisme insuffisant pour rattraper le retard accumulé, les dépenses d'investissement productif dans l'industrie sont de plus en plus motivées par le renouvellement, à hauteur de 30  % en 2018, soit le plus haut niveau depuis 1990" explique l'auteur de l'étude.

Une diminution du coût du travail

Plusieurs mesures décidées par les gouvernements successifs et réclamées par de multiples organisations patronales ont permis de réduire le coût du travail dans l'industrie manufacturière. La direction générale des entreprises rappelle à juste titre que le coût horaire dans l'industrie manufacturière hexagonale (37,6 euros/h) est devenu inférieur à celui de l'Allemagne (39,8 euros/h), où les salaires ont augmenté plus vite depuis le début des années 2000. Et cette tendance devrait se poursuivre avec la transformation depuis le premier janvier dernier du CICE en baisse de cotisations patronales pérenne.

La loi Pacte, "qui prévoit un relèvement du seuil social de 20 à 50 salariés pour la participation de l'employeur à l'effort de construction et le taux plein de la contribution au Fonds national d'aide au logement",devrait également permettre de réduire le coût du travail dans les petites et moyennes entreprises (PME). Malgré ces mesures en faveur d'une politique de l'offre plus ambitieuse, les différentes évaluations du CICE n'ont pas permis de prouver l'efficacité réelle du dispositif en termes de créations d'emplois et de compétitivité. Dans un rapport de 2016, la sénatrice Marie-France Beaufils (PCF) avait expliqué que cet outil "inadéquat, avait manqué sa cible". L'élue avait noté que les créances de CICE "avaient été en grande majorité captées par les entreprises de taille intermédiaire et les grandes entreprises alors que celles-ci ne représentent moins de 1% des dossiers".

> Lire aussi : Le CICE, un scandale d'Etat ?

Des perspectives assombries

Les perspectives d'activité pour l'industrie française ne sont pas favorables cette année. Pour 2019, les économistes de l'Insee table sur 1,3% de croissance du produit intérieur brut (PIB) contre 1,7% en 2018 et 2,3% en 2017. Si l'économie tricolore est moins exposée aux soubresauts du commerce mondial que l'Allemagne et que la demande intérieure devrait soutenir la croissance, les tensions sur la scène internationales restent bien présentes. Lors d'un récent point presse, le responsable du département de la conjoncture, Julien Pouget, expliquait que :

"En matière de commerce international, cela fait plusieurs trimestres que les règles du jeu sont plus incertaines avec des tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine, la perspective du Brexit. L'incertitude porte sur l'évolution de ces tensions comme les droits de douanes mais elles portent aussi sur le comportement des entreprises. Il y a des effets d'anticipation notamment des entreprises britanniques qui ont massivement importé. Dans cet environnement international moins porteur, plus incertain où le commerce mondial tend à ralentir, les politiques économiques s'ajustent".

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Commentaires
a écrit le 22/07/2019 à 13:10 :
la nov langue n'en finit pas de nous étonner : les fermetures d'usines , plans sociaux , et autres restructurations ne sont en fait que de la "consolidation".
grâce à cette précision sémantique , cela rassure mon inquiétude ...
a écrit le 20/07/2019 à 16:03 :
"la demande intérieure devrait soutenir la croissance". Les bureaucrates de Bercy n'ont pas du tout compris le message d"alerte" des "giletsjaunes".
a écrit le 20/07/2019 à 7:56 :
Non seulement les investissements off-shore ont vidé le cash de nos entreprises, mais ont en plus accrus la compétitivité des nations étrangères. Le recours massif à la main d'oeuvre off-shore a disqualifié nos meilleurs salariés, car plus cher. Et s'il n'y a plus d'investissement productif en France, c'est aussi parce que les perspectives de retour sur investissement sont mauvaises. Rien ne sert d'investir si on a pas de clients. Voilà le résultat catastrophique de la politique de l'offre qui ne fonctionne que dans des conditions particulières.
a écrit le 20/07/2019 à 7:54 :
la france de gauche fait la chasse au grand capital qui exploite les syndicalistes a 5000 euros par mois
l'industrie est intensive en capital
l'industrie francaise s'ecroule depuis 20 ans cqfd. la france recolte ce qu'elle seme
le petit sursaut est du au sous investissement massif lors du quinquennat hollande, a grands coups d'insultes, et d'impots ( tant qu'a faire autant remplir les caisses, hein)
tout le monde savait qu'il allait y avoir un petit rattrapage ' conjoncturel'
structurellement, les entreprises francaises font partie des moins rentables et des plus taxees, suffit d'avoir un cours de finance 1ere annee pour voir ou ca va coincer....
le reste c'est de la litterature
bon, evidemment, ceux qui ont coule l'industrie sont furieux de ne plus avoir des patrons voyous pour exploiter des gens qui desormais doivent s'autoexploiter sur leur dos vole chez uber!
la france a fait ses choix, he ben voila l'addition, et c'est pas fini! bonne chance
a écrit le 19/07/2019 à 19:21 :
la tendance semble être favorable à la France. elle est le seul grand pays de l’UE à avoir un indicateur PMI manufacturier en territoire positif (ou est l’avantage des italiens ou allemands ?). même s’il n’y a pas beaucoup de doutes sur le fait que nos partenaires (européens et autres) sont en train de nous emmener vers une nouvelle crise.
on note aussi que le taux d’investissement des entreprises françaises grimpe depuis 2009 et est à un plus haut depuis 1972, alors qu’il est plutôt à la baisse en Italie/Allemagne depuis 2007 (Eurostat ; INSEE). les industriels envisageaient un bond de leur investissement de 11% pour 2019 en mai (INSEE, 06/05/2019 ; "L’étonnant optimisme des industriels français", Usine Nouvelle, 15/02/2019). et la France était largement en tête en Europe en 2018 pour l’accueil des investissements étrangers industriels et de R&D (EY ; KPMG ; Business France). assez loin devant la Turquie qui était 2e pour l’investissement manufacturier.
ce que l'on nous dit en fait, c’est que la France n’a pas fait assez de dumping social pour faire comme Italie/Allemagne/tous les autres (du coup, l'industrie française s’est spécialisée dans la R&D/innovation comme le montrait le rapport France Stratégie/Fabrique de l’Industrie d’octobre 2018). et la France n’a pas assez fait de déclin démographique (les pays s’équipant le plus en machines/robots étant ceux qui sont en déclin démographique avancé, comme le montre une étude récente du MIT).
en gros, ce serait à la France de s’engager dans la course à la médiocrité et pas aux partenaires de l’Hexagone de se rééquilibrer. si on dit ça aux Français, comment ils vont réagir ?

est-ce que le déclin démographique avancé, le faible investissement global ou la hausse de la pauvreté sont un avantage pour Italie/Allemagne/et autres ? pas évident...
noter que les branches hexagonales des grands cabinets d'audit cherchent des spécialistes en immigration/mobilité internationale. avec l'instabilité un peu partout dans le monde, sa politique équilibrée/qualité de vie et le dynamisme de l'investissement étranger, la France devient plus attirante. comme l'écrivait Bloomberg en janvier, ceux qui déménagent de Londres vont en priorité en France.
Réponse de le 20/07/2019 à 2:27 :
Encore un excellent post et documentée comme toujours. GFX, quand je compare vos commentaires avec les éternels aigris qui se cherchent une raison de se lamenter, je ne peux que vous féliciter.
Réponse de le 22/07/2019 à 14:46 :
Ben voilà, y'en aura au moins 1 qui a compris (et qui ose le dire tout haut !).

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