Quand l'État joue le rôle d'architecte ou de sauveur industriel

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Le 19 février 2014, l'Etat français entre en même temps que le groupe chinois Dongfeng dans le capital de PSA, en quasi-banqueroute
Le 19 février 2014, l'Etat français entre en même temps que le groupe chinois Dongfeng dans le capital de PSA, en quasi-banqueroute (Crédits : Christian Hartmann)
Valeo n'est pas un cas isolé. Quand des fleurons industriels français sont à la peine, l'État sait également intervenir, y compris en rachetant des actions comme dans le groupe PSA en 2014 et Alstom en 2004. Il est également à la manœuvre pour imposer ses décisions comme ce fut le cas pour Renault et Air France.

1. Le sauvetage de PSA

Le 19 février 2014, l'État français entre en même temps que le groupe chinois Dongfeng dans le capital de PSA, en quasi-banqueroute. Le groupe automobile avait alors annoncé une augmentation de capital de 3 milliards d'euros. Cette double prise de participation inédite d'un constructeur chinois et de l'État français, déjà actionnaire historique de Renault, a été un tournant pour le redressement de PSA. Trois ans après sa mission sauvetage de PSA, l'Agence des participations de l'État (APE) cède en mars 2017 toutes ses actions (12,7%) du constructeur automobile à la banque publique Bpifrance pour un montant de 1,92 milliard d'euros et réalise une plus-value de 1,12 milliard.

2. La nationalisation temporaire de STX

« Nous avons pris la décision d'exercer le droit de préemption de l'État sur STX », déclare fin juillet 2017 le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, lors d'une conférence de presse à Bercy. C'est le début d'un conflit de forte intensité entre la France et l'Italie qui va durer deux mois. Pourquoi cette nationalisation temporaire de STX France ? Pour « défendre les intérêts stratégiques de la France », après l'échec des premières discussions avec le groupe italien Fincantieri.

Finalement, Paris et Rome trouve fin septembre un accord de compromis qui donne la majorité aux Italiens tout en veillant aux intérêts stratégiques français dans les Chantiers de l'Atlantique. Cet accord prévoit l'acquisition par Fincantieri de 50% du capital de STX France grâce à un prêt à à long terme de l'État français de 1% du capital, tandis que l'APE conserve sa participation de 34,34%.

3. S'assurer un contrôle partiel chez Renault et Air France

Printemps 2015... Air France et Renault s'apprêtent à rejeter en assemblée générale les dispositions des droits de vote double, prévues par la loi Florange. Pour déjouer cette manœuvre, Bercy organise des raids boursiers dans le capital de ces deux entreprises afin de peser dans le vote des actionnaires. Chez Renault, l'État passe de 15% à 19,7% du capital, tandis qu'il grimpe à environ 19% du capital d'Air France pour s'assurer une minorité de blocage.

Avec la règle des droits de vote double, l'État français s'offre une prise de contrôle conséquente sur ces entreprises tout en restant minoritaire dans le capital. Ces initiatives n'ont pas manqué d'ébranler le milieu des affaires, inquiet de voir la puissance publique aussi offensive. Le partenaire de Renault, Nissan, avait ainsi publiquement exprimé son opposition et exigé de revoir les termes de l'Alliance.

4. Sauvetage d'Alstom en 2004

L'État français avait acquis 21,4% du capital d'Alstom pour 720 millions d'euros au printemps 2004, dans le cadre d'un plan de sauvetage du groupe, alors au bord de la faillite. En avril 2006, il a revendu sa participation au groupe de BTP Bouygues pour 2 milliards. Puis avec le rachat d'Alstom en 2014 par l'américain General Electric des activités énergétiques d'Alstom, l'État a contrôlé de façon temporaire 20% d'Alstom, ces titres lui ayant été prêtés par le groupe Bouygues. Mais il n'a pas exercé une option d'achat sur ces titres en octobre 2017.

5. Soutien au secteur parapétrolier

Dans ce secteur, la présence de l'actionnaire public a permis de consolider la situation des entreprises, après la crise de 2008, mais la nouvelle crise du secteur a nécessité de nouveau des interventions (CGG, Vallourec). Ainsi, avec le marasme qui a à nouveau affecté le secteur parapétrolier, les investissements de l'État, précédemment orientés vers la consolidation industrielle, se sont transformés en soutiens (souscriptions par Bpifrance aux augmentations de capital de CGG et de Vallourec en 2016).

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Commentaires
a écrit le 30/04/2019 à 9:41 :
Selon les termes de Maurice Allais, notre seul prix Nobel d'économie (lire sa lettre aux Français – Marianne 2009), " Il est illusoire de promettre la prospérité et le plein emploi aux peuples Européen en gardant les frontières ouvertes…" De même que Barosso signalait avant son départ vers G.S. que l'Europe était un Empire sans Empereur. Dans quelques années la Chine sera la première puissance du monde et contrôlera les marchés en créant des dettes à son avantage, les USA écrasent leurs amis avec leur justice prédatrice, La Russie semble se rapprocher de la Chine pour s'affranchir du Dieu Dollar en faisant émerger un Swift Chinois, sans parler des dettes monstrueuses des pays occidentaux. Alors il me semble urgent que l'Europe se réveille et sorte du sacro-saint : le commerce doit être libre et non faussé, idée mortifère tout comme l'organisation de cette mondialisation, fondement de la crise. Dernier point et peut être non le moindre le pantouflage, on s’échange un Général Électrique contre un Valourec les postes au château n’ayant plus la côte. Tient, la Française des jeux avant sa privatisation sait-on jamais, grand exploit bonne aubaine, ou ce Préfet de Paris limogé mais recasé au conseil d’état, Etc. et pendant ce temps les gens perdent leurs boulots et quand il se plaignent ils sont traités de Populistes… Chers Politiques, faites l'Europe ou faites la France mais sortez du Ni-ni.
a écrit le 30/04/2019 à 9:04 :
PSA: La plus value n'est que de l'argent de monopoly. Si par contre on veut montrer que la valeur de PSA s'est accrue, ok.

Air France: l'état néerlandais a fait la même chose au demeurant. Et c'est bien normal.

Alstom: so what ?

Vallourec: le comité exécutif de Vallourec a commis de graves fautes stratégiques, conseillé par on ne sait quel cabinet strat amateur. En recapitalisant Vallourec, l'état aurait du poser une condition: placer de vrais industriels à la tête du groupe. J'attends avec impatience la seconde recapitalisation, laquelle ne devrait pas tarder.
a écrit le 30/04/2019 à 8:46 :
Ah si on sortait le fric des paradis fiscaux pour l'orienter vers l'investissement de ceux qui en ont besoin notre économie deviendrait un véritable eden au lieu de l'enfer actuel.
Réponse de le 30/04/2019 à 9:19 :
@Citoyen blasé: Quand il pleut, vous sortez le parapluie; les "paradis fiscaux" ont le même usage; quand un gouvernement français adoptera une politique favorisant le capital (il y eut des cas dans le passé), celui-ci reviendra en France pour notre plus grand bénéfice à tous.
a écrit le 30/04/2019 à 4:00 :
Racheter des entreprises n'est pas le role de l'etat. Avec de l'argent qu'il ne possede pas.
Réponse de le 30/04/2019 à 11:05 :
certes mais, avoir une politique industrielle qui protège nos entreprises c'est bien le rôle prioritaire de l'état, ce qu'il ne fait pas ou si mal , c'est pourquoi nous avons perdu 1 million d'emplois industriels en 10 ans, ...!
a écrit le 29/04/2019 à 22:50 :
Quand même aberrant de soutenir le parapétrolier alors qu'en même temps on annonce qu'on fait tout pour décarboner donc sortir du pétrole. Il vaudrait mieux utiliser ces moyens pour reconvertir les bassins d'emplois de Vallourec et laisser cette entreprise disparaître... Appuyer sur le frein et l'accélérateur en même temps n'est jamais très bon.
a écrit le 29/04/2019 à 19:53 :
Quand l'Etat joue à la banque d'affaire, tout le crédit de l'Etat et toute l'économie en pâtit. En son temps le Crédit lyonnais a servi de fusible avec le succès que l'on sait. Aujourd'hui c'est la BPI qui endosse le rôle avec des milliards de profits officiels. Souvenons nous que la CDC avait été crée après les 100 jours ruineux de Napoléon pour protéger l'épargne des français et restaurer la confiance. Plus récemment l'Etat a voulu vendre Alstom et a miné l'alliance Renault-Nissan qui va éclater.
Réponse de le 29/04/2019 à 21:35 :
C’est quand même assez incroyable les commentateurs dogmatiques comme vous ! Cet article démontre justement tout le contraire.
Certains ne voient que ce qu’ils veulent voir...
Réponse de le 29/04/2019 à 22:55 :
le mauvais sketch joué par Macron au capital de Renault est certainement ce qui a provoqué le choix de Nissan de "tuer" Ghosn par les moyens que l'on sait, se dégager de l'alliance pour ne pas risquer de se retrouver sous la coupe de l'état français. Et nul ne peut nier le désastre du lyonnais qu'on présentait comme le bras armé de l'état.
a écrit le 29/04/2019 à 18:58 :
Et là on n’a pas des dogmatiques libéraux qui viennent nous dire que l’Etat n’est pas capable d’influer de manière positive sur une entreprise ??

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