Quand la gauche française joue à la roulette russe

POLITISCOPE. « La gauche, ce grand cadavre à la renverse », comme disait Sartre, offre un spectacle pathétique que croque notre éditorialiste politique Marc Endeweld au terme d'une semaine marquée par le coup manqué de la primaire proposé par Hidalgo. Un projet mort-né, rejeté par tous les compétiteurs, sauf Montebourg et... Ségolène Royal, qui assassine l'initiative trop tardive. Pendant qu'on s'agite en coulisses, Mélenchon mange ses spaghettis...

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(Crédits : PASCAL ROSSIGNOL)

C'est ce qu'on appelle un flop. Alors qu'Anne Hidalgo, qui s'écrase jour après jour dans les sondages, a finalement proposé aux autres candidats de « la gauche » une primaire début janvier, ses camarades rouges verts roses clairs roses foncés, ont tous répondu par la négative. Et la plupart n'ont pas pris de pincettes pour faire passer le message à la maire PS de Paris.

Décidément, cette campagne présidentielle devient un véritable supplice pour Anne Hidalgo. Du côté du parti socialiste, cela fait déjà des mois que l'ambiance ressemble à Petits meurtres entre amis. Après avoir laissé la maire de Paris prendre la direction des opérations, chacun, en coulisses, s'est employé à pousser son avantage. L'ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve pensait déclarer sa candidature cet automne, et finalement non. Derrière, on trouvait même Jean-Christophe Cambadélis, ancien premier secrétaire du PS, pour laisser entendre qu'il serait en fait l'homme de la situation...

Bref, en proposant cette primaire sous forme de rétropédalage, la maire de Paris a creusé définitivement sa tombe. Dans les prochains jours, il ne serait pas surprenant que les sondages la donnent aux mêmes scores qu'un Fabien Roussel ou Arnaud Montebourg. C'est que ces trois-là ont oublié, c'est que la politique n'est pas un télé crochet, comme si les électeurs choisissaient leur candidat en fonction de leur humeur du jour, ou d'impressions... Ce constat vaut également pour les deux jokers que sont Christiane Taubira et François Hollande, tous deux se tâtent depuis des semaines pour y aller, et multiplient donc les cartes postales dans les médias. Pourtant, là encore, la politique réduite au simple marketing ne peut fonctionner.

Alors qu'un vent droitier a soufflé sur les débats de rentrée avec l'arrivée tonitruante des deux Éric, Zemmour et Ciotti, sans parler de Marine, fille de son père, qu'ont dit ces deux figures d'une « gauche » réduite à la petite « morale » et aux « symboles » ? Pas grand chose ou presque. Quand ils « interviennent », on a l'impression d'écouter un cours d'instruction civique.

Mais qu'ont-ils à dire aux Français sur la France et le monde ? Là, les sourires prédominent en guise d'idées fortes, sans parler de l'absence d'un projet ou d'une vision... Autant dire que Taubira ou Hollande, toujours en embuscade, comptent d'abord sur un malentendu pour se positionner... Un brin opportuniste, cynique ? Car tout ça se passe à quatre mois et demi à peine de la présidentielle. Rappelons-le : Emmanuel Macron a décidé, lui qui maîtrise si bien le tempo politique, d'avancer au maximum cette présidentielle pour essayer de couper l'herbe sous le pied à ses adversaires.

En réalité, c'est sur LCI que la politique a repris ses droits ce vendredi matin : certes, dans cette interview, Ségolène Royal n'a pas pu s'empêcher de dire qu'elle « était disponible », et « serait disponible » en cas de primaire impromptue, et si on venait la chercher, provoquant bien sûr les railleries et les parodies sur Twitter (dans cette époque de la cour de récréation généralisée ou du bureau des élèves à l'échelle de la France, c'est normal...), mais ce n'était pas là l'aspect le plus intéressant de son propos. En effet, ce matin-là, Ségolène Royal, qui a été la candidate du PS à l'élection présidentielle en 2007 face à Nicolas Sarkozy, a tout simplement donné une leçon de politique et d'union à ses petits camarades. Au passage, l'ancienne conseillère de François Mitterrand a explosé en mille morceaux Anne Hidalgo, présentant sa proposition comme « une initiative prise trop tard, au mépris des électeurs, et masquant une volonté de désistement ».

« Hidalgo doit se désister pour l'un des deux candidats qui est devant elle [Jadot ou Mélenchon] » (Ségolène Royal)

L'ancienne candidate à la présidentielle rappelle alors quelques évidences qui ont été un peu vite oublié par un parti socialiste qui se félicitait il y a encore peu de ses scores aux dernières régionales : « L'union ne se décide pas sur un plateau de télé, c'est un travail, c'est un respect, c'est un long cheminement ». Ajoutant : « Ça s'est fait par le travail, par la discussion, par la construction de convergences communes, idéologiques et intellectuelles, et par conséquent, c'est ce travail là qui a manqué ».

Quel est le programme du PS ?

Après quasiment tout un quinquennat, quel est le programme du PS ? Sa vision d'un monde en plein bouleversement ? Ou son projet ? En dehors de quelques slogans et de quelques propositions surprises, on ne connait pas grand-chose du projet Hidalgo depuis le lancement de sa campagne. « Il faut respecter les électeurs à un moment (...) l'enjeu majeur, c'est l'absence de projet, les gens veulent savoir pour quoi faire ? », rappelle l'ancienne leader. Et Royal fait tomber sa sentence : « Hidalgo doit se désister pour l'un des deux candidats qui est devant elle [Jadot ou Mélenchon] ». Concernant ce dernier, la socialiste rappelle : « il a fait un travail, il a été excellent dans son meeting, ses équipes ont travaillé, il est lancé dans cette campagne ».

Pour Mélenchon, cette séquence catastrophique pour Hidalgo est du pain béni. Lui expose depuis plusieurs jours son programme avec pas moins de « 694 mesures ». Il occupe l'espace et se positionne contre Éric Zemmour. Alors, après la proposition de la maire de Paris, il a préféré répondre par l'humour : « Hier soir j'ai mangé tranquillement mes spaghettis jusqu'au bout ». Tout en avertissant : « Cela fait un an et demi que ce cirque dure (...) Avec ce genre de comédie, on finit par dégouter tout le monde (...) C'est quelque chose qui ne produit que de la résignation ».

Mélenchon tente par tous les moyens de cliver de nouveau les débats sur les questions économiques et sociales sur un axe droite/gauche. À l'inverse, Macron, son premier adversaire non déclaré, fait tout pour jouer sa réélection sur les valeurs, se postant comme le principal rempart contre Éric Zemmour. En 2017 pourtant, le chef de l'État avait créé la surprise en axant une bonne partie de son discours sur l'économie, mettant de côté sciemment les thématiques dites « identitaires ». Cinq ans plus tard, il semble d'abord compter sur ces petits meurtres entre amis pour tenter d'acheter l'électorat de gauche à la baisse, jouant valeurs contre valeurs. La (vraie) gauche va-t-elle réussir à se sortir de ce piège ? C'est une des principales inconnues de la campagne qui reste à venir...

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Retrouvez notre entretien vidéo : « La Grande Tribune de la présidentielle » avec Jean-Luc Mélenchon et le texte de l'interview ici.



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Commentaires 28
à écrit le 13/12/2021 à 3:17
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Quel sinécure que l'auditeur moyen se fasse laver les oreilles par des femelles en mal de renaissance politique. Selon mon propre entendement et mon baromètre, ni l'une ni l'autre, que ce soit Valérie Pécresse ou Anne Idalgo, n'a la carrure ni les...

le 13/12/2021 à 12:34
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Je pense que Anne Hidalgo devrait démonter ses connaissances , 1ère question : dans quel département situe-elle Ouradour su Glane ? en Corrèze ou dans le nord . Pour l'instant il faut au moins qu'elle face mieux que sa concurrente Valérie Pécresse di...

à écrit le 13/12/2021 à 0:52
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Mme Hidalgo va être celle qui aura détruit le PS en étant incapable de faire 5%. Je crois que nous sommes à la croisée des chemins où les électeurs adorent le renforcement des prestations sociales, même s'il est impossible de les financer (après moi ...

à écrit le 12/12/2021 à 12:42
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Dans un sondage récent, 84 % des personnes interrogées pensent que les citoyens devraient prendre une part plus importante dans le processus de prise de décision politique. Parmi les solutions les plus populaires, on retrouve l’enseignement sur la d...

le 13/12/2021 à 13:01
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C'est bien la décentralisation des sondages qui permettent la décentralisation des responsabilités mais avec la centralisation des moyens financiers! Donc "la subvention" sous contrainte a un bel avenir!!

à écrit le 12/12/2021 à 11:27
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J'ai voté Mitterrand, Chirac contre LePEn, Sarkozy contre Ségolène et Macron....je ne suis ni de gauche ni de droite...j'ai le Q entre deux chaises et je vote surtout pour des idées et un programme. Si le projet est pro-européen et pro économie je vo...

le 12/12/2021 à 12:03
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"à tous ceux et celles" Si tu cherches à convaincre les autres de que tu penses toi c'est que tu es loin d'être sûr de toi. Un classique mais logique en ce qui concerne un système électoral en lambeaux.

le 12/12/2021 à 12:48
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Je comprend votre démarche et dans la foulée essayez V.Pécresse elle a fait plusieurs gouvernement et franchement elle n'est pas dangereuse elle promet tout ! mais en réalité n'a jamais rien fait . Ce n'est vraiment pas un danger .

le 13/12/2021 à 13:38
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@Citoyen Blasé : je pense que ta maxime s'applique aussi à toi qui cherche à convaincre tout le monde avec tes commentaires insipides. Balaye devant ta porte.

le 13/12/2021 à 13:57
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"je pense que ta maxime s'applique aussi à toi " " C'est toi qui l'a dit c'est toi qui l'est !" Maxime, 6 ans et demi. Oui ça ne m'étonne pas ce genre de réponse d'un européiste. Parce que moi je ne cherche pas à convaincre les autres sinon je ferais...

le 14/12/2021 à 7:53
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Le blasé qui fait encore des phrases, c'est l'esprit que je cherche à défendre. On croirait entendre le candidat npa. Bon vent.

à écrit le 12/12/2021 à 10:12
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Hidalgo , Jadot , Mélenchon sont de sacrées armes de dissuasion massive pour voter a gauche !

à écrit le 12/12/2021 à 9:36
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la gauche c'est des gens tolerants, petris de bienveillance et d'humanite ( comme dans l'affaire kravchenko) , avec une abnegation totale et un desinteret bien connu; d'ailleurs pour lutter contre l'hydre capitaliste de droite et chretienne, chacun p...

le 12/12/2021 à 9:55
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pour vous la vision social de m holland et de ses gouvernement non jamais vu un ideal de gauche mais bien une conviction de droite liberal pas investissement de sante ni a l'education et encore moins pour la securite ha aller faire la guerre sa aus...

à écrit le 12/12/2021 à 8:05
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La gauche est bien mal partie : 3% alors qu'elle faisait 46% en 1974 (année de ma naissance) donc là ça sent le SAPIN, vraiment aussi bien pour Hidalgo que pour Montebourg. La gauche ne sait plus rassembler, fédérer ou associer à la victoire de 1981 ...

le 12/12/2021 à 8:39
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"1974 (année de ma naissance) " Et deux ans plus tard .... Décret du 29 avril 1976 Le gouvernement Chirac autorise le regroupement familial sous plusieurs conditions (durée de résidence, ressources, logement, ordre public, santé). Cette décision...

le 12/12/2021 à 10:14
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....comment rassembler quand on passe son temps a ponctionner , diviser ou laxiser ?

à écrit le 12/12/2021 à 5:43
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Point de pitié pour des partis qui ont eu le pouvoir et qui à part dépenser à tord et à travers l'argent des Français n'ont rien fait de toutes leurs belles promesses . Malgré le bourrage de crâne des sondages et des médias pour entretenir un suspen...

le 12/12/2021 à 9:14
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Entièrement d’accord avec vous.Droite,gauche et centre nous ont emmené là où nous en sommes.Pour moi,depuis les 3 derniers mandats,le déclin français est visible et la France ne représente plus grand chose sur l’échiquier mondial.J’aimerais aussi qu’...

à écrit le 12/12/2021 à 4:32
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Voir cette givree manger son pain noir, quel plaisir.

à écrit le 11/12/2021 à 23:06
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Peut on se fier aux médias, qui dépendent des subsides et autorisation de ceux qui ont actuellement "le pouvoir"?

à écrit le 11/12/2021 à 19:40
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La "gauche" n'est plus que l'ombre d'elle même : elle se renie en ayant abandonné les classes populaires qui sont broyées par les impôts et le néo-libéralisme. Elle est complètement incompétente sur les sujets financiers, économiques, sociaux et tech...

le 12/12/2021 à 4:12
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@Picsous. Micron votre micro imperator est-il un homme qui comprend l'economie ? Vous avez deux heures.

le 12/12/2021 à 11:29
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Pour compléter l'on peut ajouter la droite dans votre constat... il y a 50 ans.. 40 ans... 30 ans... 20 ans.. 10 ans... 5 ans... l'entre soit médiocratique n'arrêtait pas de bourriner que la classe politique française était la meilleure et la plus gr...

le 13/12/2021 à 5:11
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@ Imagine ze pipeul. Yes d'ac avec vous. Il a fallut acheter la paix sociale durant ces decennies avec le corollaire suivant: Devenir dependant d'un pouvoir, on voit le resultat aujourd'hui, travailler, pourquoi faire, faudrait deja qu'il y en est du...

à écrit le 11/12/2021 à 19:17
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Pauvre Mélenchon il va encore falloir qu'il sorte une grosse ânerie pour faire baisser ses intentions de vote. Quoi que peut-être est il déjà assez discrédité c'est qu'il en a déployé des efforts jusqu'à présent hein !

à écrit le 11/12/2021 à 18:02
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Les idées de gauche, telles qu'on les conçoit à la française, ne marchent pas. Le fait de constamment déresponsabiliser les citoyens, de mutualiser tous les risques, toutes les pertes, fait que plus personne ne devient productif. On le voit par exemp...

à écrit le 11/12/2021 à 17:18
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C'est un grand corp malade , n'essayons pas de le faire revivre . Ces formations ont intoxiquées pendant annéees nos jeunes étudiants et cela continue avec la théorie du genre .

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