En France, ramener le déficit public à 3% du PIB d'ici 2027 est « impossible » dans la « situation politique actuelle » au vu des efforts « démesurés » que cela demande, a jugé ce mardi le rapporteur général du budget, Charles de Courson (groupe Liot) au micro de RMC.
[Article publié le mardi 10 septembre 2024 à 09h11 et mis à jour à 09h43] « Je pense que dans la situation politique actuelle, il est impossible de revenir aux 3%, qui est notre engagement en 2027 », a asséné ce mardi le rapporteur général du budget, Charles de Courson (groupe Liot), au micro de RMC, jugeant que « les efforts sont complètement démesurés au regard de la composition de l'Assemblée nationale ».
«J'ai quelques doutes sur la possibilité d'avoir une majorité pour voter » une politique de redressement», a notamment pointé du doigt le rapporteur général.
Alors que Bercy estime qu'il est nécessaire de trouver 100 milliards d'euros d'économies d'ici 2028, dont 30 milliards l'année prochaine, Charles de Courson répond : « C'est techniquement possible, le problème est qu'il faut faire des économies justes, mais pour ça il faut une majorité ».
« Mais la dominante doit être l'économie sur la dépense » même si « on n'échappera pas à quelques mesures sur les recettes », a-t-il par ailleurs estimé. Parmi les économies qu'il qualifie de « justes », il cite la « concentration » de l'apprentissage sur les formations antérieures à Bac+4 ou Bac+5 ou encore l'alignement des jours de carence entre privé et public. Côté recettes, il évoque un « consensus » sur le principe d'une taxation des rachats d'actions effectués par les entreprises.
Pour rappel, la France a été épinglée par Bruxelles pour déficit public excessif, après un dérapage du déficit public à 5,5% en 2023. Dans ce contexte, le ministre démissionnaire de l'Economie et des Finances, Bruno Le Maire, est monté une dernière fois au front lundi pour défendre sa politique budgétaire devant des parlementaires, estimant que la France pouvait tenir ses objectifs de déficit public malgré des menaces de dérapages.
Newsletter
L’Alerte La Tribune
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.
Lors d'une ultime audition devant la commission des Finances de l'Assemblée nationale, l'hôte de Bercy depuis plus de sept ans a insisté, devant des députés parfois très critiques sur sa gestion, sur l'assainissement indispensable des finances publiques, dont il a attribué la forte dégradation à des années de crises (gilets jaunes, Covid, envolée de l'inflation...)
«Tous ici ! - tous ! - pendant la crise du Covid, pendant la crise de l'inflation, vous m'avez demandé de dépenser beaucoup plus. Tous, sans exception», a lancé le ministre.«Vous ne pouvez pas, pendant trois ans, tympaniser le ministre des Finances (...) puis revenir deux ans plus tard en disant : "Mais vous n'avez pas suffisamment bien tenu les comptes"».
«Défi le plus urgent»
Malgré de nouveaux risques de décrochage de la trajectoire budgétaire fixée, Bruno Le Maire a jugé, lui, que la France pouvait tenir son objectif de déficit public à 5,1% du PIB en 2024 et 3% en 2027, seuil maximal fixé par les règles budgétaires européennes. Tout en renvoyant cette tâche délicate au prochain gouvernement.
«La situation des finances publiques (...) est le premier défi que devra relever le gouvernement de Michel Barnier, a-t-il estimé.C'est le défi le plus urgent. C'est le défi le plus difficile. C'est le défi le plus politique. C'est le défi dont tout dépend, car rien n'est possible sans des finances publiques bien tenues».
A défaut, les taux d'intérêt payés par la France pour ses emprunts sur les marchés risquent d'augmenter, renchérissant le coût de sa lourde dette et réduisant d'autant les marges de manœuvre de l'Etat, a-t-il prévenu. Cette mise en garde intervient alors que les délais deviennent serrés pour la préparation du budget pour 2025, qui doit être présenté au Parlement au plus tard le 1er octobre, une échéance que Bruno Le Maire a estimé tenable.
Entre temps, la France a demandé à Bruxelles une prolongation du délai pour l'envoi de son plan de réduction du déficit public. Pour rappel, il devait initialement être transmis d'ici au 20 septembre. Sans se prononcer sur cette demande, la Commission a indiqué lundi à l'AFP qu'il lui était possible de s'entendre avec un pays membre sur « un délai raisonnable » après la date limite.
Pour rappel, Bruno Le Maire avait annoncé 25 milliards d'euros d'économies dès 2024, mais seuls 10 milliards ont été concrétisés avant les élections législatives anticipées, par des annulations de crédits. De son côté, Michel Barnier avait promis, dans sa première interview télévisée comme Premier ministre, de « s'efforcer (...) de mieux utiliser l'argent public » pour ne plus faire « des chèques en blanc sur les générations futures ».
Un nouveau dérapage à 5,6% ?
Par ailleurs, une note du Trésor communiquée début septembre à des parlementaires par le ministère de l'Economie et des Finances faisait état d'un possible nouveau dérapage à 5,6% en 2024 sans mesure d'économie supplémentaire, l'imputant à des recettes fiscales décevantes et une envolée des dépenses des collectivités locales. Ces dernières pourraient atteindre « un niveau historique de -20 milliards d'euros », selon le ministre des Comptes publics Thomas Cazenave, auditionné lui aussi par les députés.
Ensuite, le déficit pourrait atteindre 6,2% en 2025 à politique inchangée, selon le même document daté de juillet, qui souligne qu'un retour dès 2027 du déficit sous les 3% « supposerait de réaliser environ 110 milliards d'économies d'ici à 2027 ».