Retraites, chômage... Michel Barnier démarre ses consultations avec les syndicats et le patronat
latribune.fr
Selon des sources concordantes, interrogées par l'AFP, Michel Barnier souhaite relancer le dialogue social au moment où de nombreux dossiers restent en suspens.
Le nouveau Premier ministre a commencé ce mardi à recevoir les différentes organisations syndicales et patronales. Objectif : connaître leurs points de vue et leurs propositions sur divers sujets économiques et sociaux.
[Article publié mardi 24 septembre 2024 à 12h16, mis à jour à 21h24] L'heure est à la consultation pour Michel Barnier. Après avoir constitué son gouvernement, au bout de deux semaines de tractations, le nouveau Premier ministre va recevoir les dirigeants des organisations syndicales et patronales cette semaine à Matignon.
Marylise Léon, la secrétaire générale de la CFDT, première organisation syndicale, a ouvert le bal ce mardi en début d'après-midi, dès 14h30. Une autre rencontre avec le patron du Medef, Patrick Martin, s'est tenue à partir de 16h30. Son homologue de la CPME (Confédération des petites et moyennes entreprises) François Asselin a fait savoir qu'il serait reçu jeudi à 15h45. Toujours côté patronal, le président de l'Union des entreprises de proximité (U2P) Michel Picon sera à Matignon le même jour à 18h00.
La numéro un de la CGT, Sophie Binet, sera, elle, entendue « mercredi matin », selon son entourage. Enfin, le président de la CFE-CGC, François Hommeril, sera reçu mercredi à 12h00, tandis que son homologue de la CFTC, Cyril Chabanier, a précisé à l'AFP qu'il se rendrait à Matignon jeudi à 14h00.
« Un Premier ministre très attentif»
« On a eu un Premier ministre et une ministre du Travail très attentifs, qui ont souhaité creuser un certain nombre de questions et de propositions », souligné la dirigeante de la CFDT au sortir de sa rencontre ce mardi, assurant que Michel Barnier a « expliqué qu'il y aurait une proposition de méthode et un certain nombre de réponses dans son discours de politique générale ».
Sur le fond, la CFDT a remis « en mains propres » au Premier ministre un document d'une quarantaine de pages portant ses revendications « pour répondre aux attentes des travailleurs et travailleuses ». Marylise Léon en avait souligné les grandes lignes un peu plus tôt auprès de journalistes, citant le pouvoir d'achat comme « sujet numéro un » regrettant que « rien n'a été concrétisé » après la conférence sociale d'octobre 2023. Elle a aussi cité « le travail, la transition écologique, les questions budgétaires, la fiscalité, le service public » ou encore l'assurance chômage.
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Constat partagé, selon le patron du Medef
Reçu à la suite de la patronne de la CFDT ce mardi, le patron du Medef Patrick Martin a fait état à la sortie d'une « conscience partagée de la gravité de la situation du pays ». Après s'être dit lundi « prêt à discuter » d'une hausse d'impôts des entreprises, mais sous conditions.
Il a notamment réaffirmé au Premier ministre qu'« en dernière extrémité, de manière extrêmement ciblée, temporaire et exceptionnelle » la question de la fiscalité et des « charges » sociales « pouvait s'envisager ». Dans un communiqué, la CPME a souligné a ce sujet que « les hausses d'impôts ne règleraient pas le problème du déficit public ».
Relancer le dialogue social
Selon des sources concordantes, interrogées par l'AFP, Michel Barnier souhaite relancer le dialogue social au moment où de nombreux dossiers restent en suspens. « Nous sommes dans une attitude constructive à l'égard de ce gouvernement », a répondu Patrick Martin, « car nous sommes conscients que la situation des finances publiques est très grave et l'équation politique fragile ». Les syndicats attendent, eux, de la nouvelle ministre du Travail, Astrid Panosyan-Bouvet, davantage de dialogue social et des mesures fortes. Parmi les sujets chauds qu'ils devraient aborder : la réforme des retraites.
Quelques jours avant la mobilisation du 1er octobre, Sophie Binet rappellera son souhait d'abroger la réforme des retraites, a indiqué la même source à l'AFP. La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, avait prévenu au micro de Franceinfo, BFMTV et La Tribune Dimanche la semaine dernière, que « rien n'allait dans cette réforme » très contestée, et qu'elle plaidait donc pour son « abrogation ».
De son côté, la CFDT, fidèle à sa tradition de négociation, avait préféré demander à Michel Barnier, dès sa nomination, « la suspension de la réforme », pour ouvrir des discussions.
Quant au patronat, la deuxième organisation patronale « répondra positivement à l'appel du Premier ministre aux partenaires sociaux pour améliorer la réforme des retraites" tout en préservant le cadre financier », a-t-elle fait savoir dans un communiqué, lundi. La CPME a notamment annoncé qu'elle « proposera notamment des mesures incitatives à l'emploi des seniors ».
La réforme de l'assurance chômage au menu des discussions
Autre sujet au cœur du débat, la patronne de la CGT compte aussi évoquer la réforme de l'assurance chômage lors de son entretien avec l'exécutif, espérant que la nouvelle ministre du Travail va l'« enterrer définitivement ». De la CGT à la CFDT, en passant par FO ou la CFE-CGC, tous s'insurgent contre une énième réforme qu'ils jugent « injuste » et qui, selon eux, « stigmatise les plus fragiles. »
Le projet présenté par Gabriel Attal au printemps dernier, prévoit, en effet, un durcissement des conditions d'indemnisation des demandeurs d'emploi puisqu'il faudrait justifier de 8 mois de travail sur les vingt derniers mois, pour pouvoir toucher une allocation contre six mois sur vingt-quatre, actuellement. La période d'indemnisation serait elle aussi revue : elle passerait de dix-huit mois à quinze mois, hormis pour les seniors qui bénéficient d'un régime plus généreux.
Contrairement aux syndicats, le patronat estime, lui, cette réforme nécessaire. Les employeurs évoquent leurs difficultés pour trouver de la main d'oeuvre. Selon eux, durcir les conditions d'entrée dans l'assurance chômage, ainsi que la durée d'indemnisation est une solution pour inciter les demandeurs d'emploi à reprendre une activité. Lors de sa traditionnelle université de rentrée, la REF, le 26 août dernier, Patrick Martin, le président du Medef a d'ailleurs redit sa déception de voir cette réforme suspendue.