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ÉconomieFrance

Rétrospective 2016 (2): et Macron arriva!

Photo de Jean-Christophe Chanut

Jean-Christophe Chanut

Publié le 21 décembre 2016 à 08:00 - Mis à jour le 21 décembre 2016 à 14:51

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Enarque, inspecteur des Finances, secrétaire général adjoint à l'Elysée, puis ministre de l'Economie avant de démissionner, Emmanuel Macron, candidat à la présidentielle, se présente comme "anti-système". Pour l'instant, le jeune homme pressé surfe sur l'envie de renouvellement du personnel politique. Oui mais...

Jean Lecanuet, Jean-Jacques Servan-Schreiber, puis, dans un autre genre, Bernard Tapie... Régulièrement le petit monde politique français voit émerger un homme - ou une femme, telle Ségolène Royal en 2007- dont on se dit qu'il va tournebouler le système... et puis. C'est maintenant le tour d'Emmanuel Macron, le jeune énarque, inspecteur des finances, ancien banquier d'affaires qui se pose en « candidat anti-système ». Lui qui fête ses 39 ans ce 21 décembre!

Le fondateur du mouvement « En marche ! » est incontestablement avec François Fillon l'une des vedettes de l'année 2016. Les Français ont découvert ce jeune homme de 38 ans qui a décidé de tracer sa route seul - mais avec de discrets et solides appuis - vers l'élection présidentielle de 2017. Pour l'instant avec un certain succès, Emmanuel Macron pointant à la troisième place selon certains sondages, derrière Marine Le Pen et François Fillon. L'histoire d'Emmanuel Macron est donc celle d'un jeune homme pressé qui brûle toutes les étapes à la vitesse de l'éclair... sans jamais être passé par la case électorale. Il n'a, en effet, jamais eu aucun mandat électif.

Macron, un homme du sérail

En 2007, il est nommé rapporteur adjoint de la commission pour la libération de la croissance présidée par Jacques Attali. C'est d'ailleurs ce dernier qui le présentera à François Hollande dont il animera la cellule « programme économique » durant la campagne présidentielle de 2012. Aussi, une fois François Hollande arrivée à l'Elysée, le jeune Macron, il a alors 34 ans, devient secrétaire général adjoint de l'Elysée en charge des questions économiques. Et, déjà, c'est peu dire qu'il n'appréciera pas certaines décisions de François Hollande, comme celle d'instituer une taxe de 75% sur les hauts revenus. « C'est Cuba, sans le soleil » grincera Emmanuel Macron. En revanche, il milite à fond pour la politique de l'offre. Et il sera l'un des « pères » du crédit d'impôt compétitivité emploi (CICE). Sur la réforme des retraites décidée durant l'été 2013, Emmanuel Macron se montre aussi déçu. Pour lui « ça ne va pas assez loin ». Déçu de ne pouvoir pousser toutes ses idées, et conscient que son ascension au sein de l'Elysée est bloquée par l'arrivée au poste de secrétaire général de Jean-Pierre Jouyet, Emmanuel Macron présente sa démission le 10 juin 2014. Mais dès le 26 août de la même année, il revient aux affaires en étant nommé ministre de l'Economie, de l'Industrie et du Numérique dans le gouvernement Valls II, en lieu et place d'Arnaud Montebourg contraint de quitter le gouvernement.

L'épisode du 49-3 sur la "loi Macron"

C'est lors de son séjour à Bercy que les Français vont vraiment apprendre à connaître Emmanuel Macron, notamment à travers sa loi sur la croissance et l'activité présentée en conseil des ministres en décembre 2014. Dans ce texte, on retrouve des pans entiers de mesures prévues par la commission Attali sur la croissance : libéralisation des transports par autocars, déverrouillage de certaines professions (notaires), généralisation du travail du dimanche. Emmanuel Macron dispute alors à Manuel Valls le créneau social-libéral. Et ça agace. C'est peu dire que la « loi Macron » ne passe pas à gauche, les » frondeurs » du PS ne veulent pas en entendre parler. En février 2015, au grand dam d'Emmanuel Macron, le premier ministre décide de faire adopter la loi sans vote, via le fameux article 49-3 de la Constitution. C'est également peu dire que la cohabitation d'Emmanuel Macron avec les autres locataires de Bercy, notamment Michel Sapin, ministre des Finances, ne se passe pas très bien.

Le jeune ministre est en effet accusé de trop vouloir capter la lumière et d'être un peu trop présent dans les médias, allant jusqu'à s'exprimer sur des sujets qui ne sont pas les siens. De fait, par exemple, fin août 2015, devant l'université d'été du Medef, Macron lâche :

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" La gauche a pu croire à un moment, il y a longtemps, que la politique se faisait contre les entreprises. Elle a pu croire que la France pouvait aller mieux en travaillant moins. C'étaient de fausses idées".

Le recadrage par Manuel Valls fût immédiat. « Macron, il est comme les escargots, il bave beaucoup », raconte alors en rigolant un ministre de Bercy... Ambiance. Et les formules maladroites d'Emmanuel Macron, style « les salariées illettrées » ou « tu pourras t'acheter un costard » n'arrangent rien.

Macron travaille ses réseaux

Lorsque François Hollande et Manuel Valls proposent, dans l'émotion qui suit les attentats du 13 novembre 2015, d'instituer la déchéance de la nationalité, Emmanuel Macron fera part de sa désapprobation. C'est le début d'une longue série d'anicroches entre le ministre de l'Economie et François Hollande et Manuel Valls. Dès lors, les rumeurs de démission d'Emmanuel Macron ne vont plus cesser. Surtout qu'il se verra privé de « loi Macron 2 », dont le contenu est dispersé par Manuel Valls entre la loi Travail, portée par Myriam El Khomri, et la loi « Sapin 2 ». Un camouflet pour Emmanuel Macron. Pour autant, le jeune ministre de l'Economie ne se laisse pas abattre et prépare l'avenir. Il consulte beaucoup et reçoit de nombreux « visiteurs » dans son bureau de Bercy* , tels Gilles Finchelstein, le patron de la Fondation Jean Jaurès, Thierry Pech, directeur du think tank de centre gauche, Terra Nova ou encore son ami Laurent Bigorgne, responsable de l'Institut de l'Entreprise, dont l'épouse hébergera le site du mouvement "En Marche!".

Du côté politique, Emmanuel Macron commence aussi à s'assurer des relais, notamment du côté des « Réformateurs », l'aile droite du PS menée par Gérard Collomb, le sénateur-maire de Lyon et l'un des premiers soutiens officiels d'Emmanuel Macron.

De la démission à la candidature à la présidentielle

Au printemps 2016, tout s'accélère. Emmanuel Macron s'émancipe de plus en plus de François Hollande faisant fi des rappels à l'ordre du Président. Malgré les mises en garde des « vieux » hollandais historiques, le président refuse de croire qu'Emmanuel Macron va le quitter. Il ne veut pas voir Brutus derrière son jeune ministre de l'Economie. Pourtant, celui-ci lance officiellement en avril son mouvement « En Marche ! » et laisse clairement paraître ses ambitions présidentielles. Le 12 juillet, c'est un premier grand meeting à la Mutualité à Paris. Cette fois, l'équipe Macron de Bercy s'apprête à plier bagages. Mais l'attentat au camion bélier à Nice le 14 juillet retarde l'échéance. Et c'est finalement le 30 août qu'il démissionne pour préparer la présidentielle.... Quelques jours plus tard, Alstom annonce la fermeture de son site à Belfort. Une occasion pour l'Elysée et Michel Sapin - qui a récupéré le portefeuille de l'Economie - de s'interroger sur l'action de l'ancien ministre de l'Economie. « Il avait levé le pied depuis un an », lance Michel Sapin.

Le sort en est donc jeté. Logiquement, Emmanuel Macron annonce le sa candidature à la présidentielle le 16 novembre. Il commence à distiller des éléments de son programme : la nationalisation de l'assurance chômage, la libéralisation de la durée du travail, la baisse des cotisations sociales salariales remplacées par une hausse de la CSG... Mais, à ce stade, rien encore sur la fiscalité des entreprises, la construction européenne ou l'éducation nationale. En revanche, Emmanuel Macron qui se définit comme « ni de gauche ni de droite » - mais qui a lancé en déplacement en Vendée « je ne suis pas socialiste »- se garde de participer à la primaire du PS et de ses alliés, car il refuse « la bataille des clans ». Il n'empêche que sa décision de se lancer sans attendre le propre choix du président de la République aura contribué à empêcher François Hollande de concourir. ..

Que fera Macron... aux législatives?

Pour l'instant donc, le « style » Macron, jeune et décontracté, qui arpente les estrades des meetings à la façon des télévangélistes américains, semble plaire... Il commence même à inquiéter à droite, où l'on ne néglige plus le phénomène. Certain sondages accordant jusqu'à 18% à Emmanuel Macron. Même si, sur le fond, il y a rien de bien neuf dans son positionnement social-libéral. Il semble bâtir sa popularité davantage sur sa personnalité que sur son programme, il dénonce « les archaïsmes, les corps intermédiaires, les corporatismes » évoque le besoin de « réformes »... Mais sans détailler.

Même s'il jouit donc pour l'instant de sondages flatteurs, surfant sur l'envie de renouveau qui traverse la société française, rien ne dit que cette « vague » va perdurer. Mais, surtout, et c'est la grande inconnue, que va faire Emmanuel Macron de cette popularité s'il ne parvient pas au second tour de la présidentielle? Privé d'alliés politiques, à ce stade, il va devoir élargir les bases électorales de son mouvement en « piquant » autant chez les socialistes que chez les centristes. Le premier test réel pour Emmanuel Macron et son mouvement « En Marche ! » pourrait être ainsi non pas l'élection présidentielle mais plutôt les législatives qui vont suivre au mois de juin... On verra alors quels seront les choix de ce jeune homme pressé qui aura marqué l'année 2016.

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* Sur les ambitions d'Emmanuel Macron, son parcours, ses appuis, le rôle de son épouse ou encore sur ses alliés, l'histoire de sa démission, etc., on pourra lire l'ouvrage "Emmanuel Macron en marche vers l'Elysée", rédigé par Nicolas Prissette, ancien journaliste à La Tribune et au Journal du Dimanche, chroniqueur sur LCI. Editions Plon, 234 pages. Prix: 15,90 euros.

Jean-Christophe Chanut

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