Travail : que veulent les jeunes ?
Patrick Cappelli
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Du sens et de l'éthique : c'est ce que réclament les générations Y (née dans les années 1990) et Z (entre 1997 et 2010) dans leur rapport au travail. Une proportion non négligeable de diplômés des grandes écoles - environ 30 % selon Arthur Gosset, jeune ingénieur nantais en rupture de ban (voir son portrait ci-dessous) - refuse désormais d'envisager une carrière au sein d'entreprises peu scrupuleuses en matière d'environnement, de respect des salariés ou de la diversité. À l'autre extrémité du spectre, les jeunes peu ou pas diplômés cherchent avant tout un emploi pour subvenir à leurs besoins. En fait, considérer « les jeunes » comme une catégorie homogène est une erreur. Pour Julie Bene, qui a réalisé en 2019 l'étude « Les jeunes face au travail, un regard ambivalent reflet de disparités » pour l'INJEP (Institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire), « on a tendance à opposer la jeunesse aux autres générations. Cette approche est trop globalisante. Les plus dotés socialement ont les situations d'emploi les plus favorables, des CDI à temps plein par exemple, et ils sont plus sensibles à ce qu'on appelle la dimension expressive du travail : avoir un poste intéressant, avec des responsabilités, utile à la société. Les jeunes en difficulté mettent plus l'accent sur la sécurité de l'emploi. Pour eux, cette dimension expressive passe clairement au second plan ». Un point commun à tous ces jeunes, quelle que soit leur situation professionnelle, est l'importance du travail dans leur vie. « Dire que la valeur travail a disparu pour eux n'est pas forcément vrai. De plus, cette tendance n'est pas née avec les Gen Y et Z, contrairement à ce que l'on pourrait penser. Elle existait déjà pour les générations précédentes. On trouve des articles sur ce thème de la remise en cause du travail par les jeunes depuis les années 1980 » précise Julie Bene. En revanche, celui-ci n'est plus le centre de leur existence, comme il a pu l'être pour leurs parents et grands-parents. Famille, amis, loisirs comptent aussi énormément. Comme l'expliquent les sociologues Dominique Méda et Patricia Vendramin dans leur livre Réinventer le travail, (PUF, 2013), les jeunes sont porteurs d'une « conception polycentrique de l'existence » : leur vie, leur identité, leur système de valeurs sont organisés autour de plusieurs sphères (travail, famille, loisirs, etc.) formant un tout plus ou moins cohérent.
Patrick Cappelli