Comment la filière VTC booste la croissance française

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Sur les six premiers mois de l'année 2016, la filière VTC serait à l'origine de la création d'un emploi sur quatre en Ile-de-France, d'après une étude du Boston Consulting Group.
Sur les six premiers mois de l'année 2016, la filière VTC serait à l'origine de la création d'un emploi sur quatre en Ile-de-France, d'après une étude du Boston Consulting Group. (Crédits : CC0 Public Domain)
Selon une étude du cabinet de conseil Boston Consulting Group (BCG), la filière des voitures de transport avec chauffeur (VTC) contribuerait à hauteur de 0,04 % au PIB de la France en 2016 et de 2% de sa croissance. En Île-de-France, on atteindrait 0,1% du PIB et 6 % de sa croissance.

Voici le discours des plateformes VTC (voitures de transport avec chauffeur) labellisé BCG. Le cabinet de conseil Boston Consulting Group vient en effet de publier ce mercredi une étude commandée par la filiale française de l'américaine Uber, ennemie jurée des membres de la FFTPR (fédération française du transport de personnes sur réservation) SnapCar, Marcel, Chauffeur-Privé et Allocab, montrant que les VTC s'avèrent être un véritable gisement d'emplois et de TVA en France.

Un emploi sur quatre en Ile-de-France

Sur les six premiers mois de 2016, 15% de la création nette d'emploi en France viendrait ainsi de la filière VTC, selon l'étude du BCG. L'impact serait encore plus net en Île-de-France, qui concentre 90% de l'activité des VTC, et où la filière serait à l'origine de la création d'un emploi sur 4 dans le secteur marchand. En juin 2016, 22.000 chauffeurs étaient en activité en Île-de-France et dans les grandes agglomérations françaises. Environ 65 % de ces chauffeurs seraient des employés d'entreprises capacitaires régies par la LOTI et 35 % seraient titulaires de la licence VTC.

Plus de salariés que d'indépendants

Autrement dit, la majorité des chauffeurs partenaires d'Uber, les deux tiers, seraient des salariés, exerçant avec le statut controversé de Loti. De quoi surprendre alors que le terme galvaudé d'ubérisation fait souvent référence à un système de services reposant sur de nouvelles formes d'emploi, où le statut d'indépendant serait roi. Or chez Uber, ce n'est pas le cas. En revanche, sur d'autres plateformes, la proportion de VTC est majoritaire. Quoi qu'il en soit, le statut de Loti sera supprimé par la loi Grandguillaume, qui vise à harmoniser le secteur où cohabiteront uniquement taxis et VTC.

Par ailleurs, Joël Hazan, directeur associé du cabinet de conseil en stratégie et co-auteur de l'étude interroge: "S'agit-il de bons emplois?". Il relève à cet égard que 77% des chauffeurs déclarent en être contents. "Mais surtout, la moitié était sans activité avant, dont un tiers d'entre eux étaient chômeurs longue durée (avec 25% déclarant s'être déjà sentis discriminés à l'embauche). Cela représente donc une alternative", insiste-t-il. De quoi corroborer le discours de l'ancien ministre de l'Economie et désormais candidat à l'élection présidentielle de mai prochain Emmanuel Macron, qui défendait la plateforme Uber surtout pour l'opportunité qu'elle représente, à ses yeux, en matière d'accessibilité à l'emploi.

Quels revenus ?

Certes le turnover est important dans la filière, concèdent les acteurs VTC. Mais ceux-ci ont jusqu'à présent tenu le même discours. L'idée étant moins d'embrasser une carrière de chauffeur ou de se découvrir une vocation (ces rares-là se tournent alors plutôt vers la grande remise), que de permettre à des jeunes de mettre un pied dans la cour des actifs. Cette voie permet aux chauffeurs, lorsqu'ils sont indépendants, de gagner entre 1.400 et 1.600 euros nets par mois, d'après les chiffres du BCG. "Ce qui semble assez correct comparé au travail des indépendants dans le secteur des services à la personne qui gagnent en moyenne 1.300 euros par mois", précise Joël Hazan.

Des revenus qui peuvent sembler gonflés par rapport aux chiffres habituellement médiatisés et selon lesquels les chauffeurs auraient à peine de quoi vivre. La guerre des statistiques fait rage en la matière. Et cette enquête du BCG ne fait que l'alimenter. Joël Hazan nuance toutefois:

"Il y a eu des estimations supérieures et inférieures à la nôtre et il y a aussi eu beaucoup de bruit sur le sujet, très médiatisé. Il ne faut pas perdre de vue que certains chauffeurs travaillent à temps partiel et d'autres à temps plein. Or notre analyse prend en compte les chauffeurs travaillant plus de 35 heures par semaine, et en moyenne une cinquantaine d'heures".

Autrement dit, rapporté à l'heure, le salaire ne s'avère pas si élevé qu'il peut en avoir l'air à première vue. Rappelons à ce sujet que les taxis sont autorisés à travailler onze heures par jour, soit 55 heures par semaine.

Lire > Chauffeurs de taxi : ce qu'ils gagnent vraiment

Le cabinet de conseil ne perd d'ailleurs pas de vue le volet social de la question, pointant du doigt le statut d'indépendant (qui concernerait un tiers des chauffeurs, les autres exerçant sous le régime de Loti), loin d'être le plus confortable. Le cabinet note en outre la nécessité d'atténuer les différences entre VTC et taxis - ce qui est l'un des objectifs de la proposition de loi Grandguillaume qui doit très prochainement être étudiée en commission mixte paritaire. Sans oublier celle de régler le problème de l'indemnisation de ces derniers pour la dépréciation de la valeur de leurs licences.

Lire aussi > Loi Grandguillaume : "le diable se cache dans les détails"

Reste que, globalement, le bilan semble positif. Joël Hazan explique en effet:

"Nous avons regardé l'état du secteur et sa contribution aujourd'hui positive ou pas à  l'économie, l'emploi et la mobilité. Nous avons trouvé que la corrélation était positive sur les trois points".

Un marché global de plus de 4 milliards d'euros

Selon le BCG, la filière VTC a permis au marché du transport public de personnes d'accentuer sa croissance, passée de 4% par an à 10% par an en Ile-de-France. "Au niveau de la mobilité, cela permet donc à un plus grand nombre de personnes de se déplacer", note Joël Hazan, avec tout-de-même 15% de parts de marché grignotées sur le terrain des taxis. Cependant, globalement, le gâteau grossit et il continuera de le faire à l'avenir selon lui:

"Le marché total total représente 4,2 milliards d'euros, dont 19% pour les VTC (soit 800 millions d'euros), et les 3,4 milliards restants pour les taxis. Or il est certain que le marché va continuer à croître car le taux de pénétration de ce marché est très important. La France est cela dit très en retard par rapport à d'autres pays. Prenons le Royaume-Uni, si Paris était au même niveau que Londres aujourd'hui , cela impliquerait un marché de quelque 3,9 milliards en 2022 avec 80.000 créations d'emplois, et des recettes fiscales de 1,7 milliard d'euros (contre 240 millions aujourd'hui)".

Encore faut-il que les pouvoirs publics décident de ne pas brider le secteur. Ce qui semble pourtant être le souhait de l'actuel gouvernement, aux yeux des plateformes, assez remontées contre la proposition de loi du député socialiste de Côte d'Or. Du moins les pouvoirs publics veulent-ils accélérer l'examen et le vote de ce texte de loi par les parlementaires - ce que déploraient d'ailleurs certains sénateurs le 2 novembre - afin d'en finir avant la présidentielle du mois de mai.

Les plateformes dénoncent notamment l'instauration, de fait, d'un numerus clausus avec la délivrance d'un nombre limité de cartes professionnelles et un nombre réduit de sessions d'examens. A ce sujet, selon nos informations, lors d'un récent point sur l'avancement des examens de taxi et VTC, qui devraient être confiés aux chambres de métiers et d'artisanat (autre point contesté par les plateformes) les Préfectures de Paris de la région francilienne et le ministère des Transports auraient confirmé la mise en place d'un barème pénalisant les fautes d'orthographe (un point retiré pour cinq fautes), avec des notes éliminatoires. En gros, un chauffeur devra obtenir au moins 8/20 à chaque épreuve, et une moyenne globale de 10/20. Et ne pas faire trop de fautes, s'il ne veut pas se faire recaler à l'examen. Une difficulté supplémentaire qui risque de restreindre davantage l'accès à la profession. Contacté par La Tribune, le ministère n'était pas disponible pour réagir.

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Commentaires
a écrit le 23/11/2016 à 19:44 :
Le BCG, comme toutes ces officines trouvent toujours formidables que les petites gens gagnent des miettes pendant qu'ils se payent des fortunes en temps que "consultants"
Réponse de le 23/11/2016 à 21:27 :
Et vous ? Que proposez vous à ces "petites gens" ?

Peut-être que ces "petites gens" (souvent des jeunes, peu qualifiés et au chômage) préfèrent gagner (oui, "gagner") des miettes, accéder au statut social de travailleur et/ou être libres de leurs horaires, que de moisir à la maison au RSA.

Ce n'est pas le Pérou, mais si vous avez une alternative, je suis preneur.
a écrit le 23/11/2016 à 17:20 :
Les chauffeurs de taxi ne peuvent pas s'accorder 2 jours de repos par semaine.
C'est au minimum 66 heures de travail sans compter les pauses pendant les temps morts pour essayer de limiter des dégâts.
a écrit le 23/11/2016 à 17:15 :
1400 à 1600€ par semaine pour un temps plein!
Les auteurs ont oublié de dire qu'un temps plein pour un VTC c'est 60 heures semaine même si les chiffres énoncés sont plus élevé que d'habitude ça reste de l'exploitation:5-6€ de l'heure.
De toute façon, c'est encore une enquête commandé par UBER et qui va donc dans le sens qu'il veut, juste avant l'adoption définitive de la loi.
a écrit le 23/11/2016 à 17:13 :
1400 à 1600€ par semaine pour un temps plein!
Les auteurs ont oublié de dire qu'un temps plein pour un VTC c'est 60 heures semaine même si les chiffres énoncés sont plus élevé que d'habitude ça reste de l'exploitation:5-6€ de l'heure.
De toute façon, c'est encore une enquête commandé par UBER et qui va donc dans le sens qu'il veut, juste avant l'adoption définitive de la loi.
Réponse de le 24/11/2016 à 8:21 :
1600 euros par mois, pas par semaine.....

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