“Une grande partie des citoyens engagés veulent revoir le logiciel”, Philippe Zaouati

 |   |  796  mots
Philippe Zaouati, directeur général de Mirova et cofondateur et président du think tank Osons le Progrès.
Philippe Zaouati, directeur général de Mirova et cofondateur et président du think tank Osons le Progrès. (Crédits : DR)
LE MONDE D'APRES. Philippe Zaouati est le directeur général de Mirova, filiale de Natixis IM spécialisée dans la finance durable, et cofondateur et président du think tank Osons le Progrès. Il a lancé l’initiative collaborative #ConstruisonsLeMondeDApres. Objectif : inviter les citoyens engagés à penser une nouvelle machine en prenant largement en compte les questions de transition écologique, des inégalités et de résilience. Interview.

LA TRIBUNE - Comment est née cette initiative ?

PHILIPPE ZAOUATI - Osons le Progrès est un think tank né il y a un an environ et qui a mené des premières réflexions sur le féminisme et le girondisme. C'est un laboratoire d'idées progressistes. Nous estimons que les politiques publiques restent trop ancrées dans le pragmatisme sans intégrer suffisamment de réflexions sur le long terme. Dans le contexte actuel, je me suis dit qu'il fallait aller plus loin en s'interrogeant sur la construction du monde suivant la crise.

Aujourd'hui, qui retrouve-t-on derrière #ConstruisonsLeMondeDApres ?

En quelques jours, plus de 200 personnes ont rejoint la boucle de discussion lancée sur l'application Telegram. On y retrouve des chefs d'entreprise, des responsables de développement durable de certaines entreprises, des personnes du monde académique, mais aussi des politiques. Nous avons ainsi reçu le soutien de Brune Poirson [secrétaire d'Etat à la Transition écologique, ndlr].

Quel est l'objectif de cette initiative ?

L'idée est de montrer qu'une grande partie des citoyens engagés ont la conviction qu'il faut revoir le logiciel et de façon concrète. Il va falloir redémarrer vite, tout en changeant tout. Lorsque le rebond se présentera, notre grande crainte c'est qu'il se fasse dans le business as usual. Aujourd'hui, nous entendons beaucoup que "rien ne sera plus comme avant", mais la crédibilité de ces messages est discutable. Prenons l'exemple de 2008. Depuis cette crise, le secteur de la finance est beaucoup plus réglementé certes, mais nous n'avons pas changé fondamentalement le moteur ni le fonctionnement des marchés. Ce schéma risque de se répéter aujourd'hui car lorsque l'on souhaite redémarrer vite, le plus simple c'est d'utiliser la machine que l'on a sous la main.

Comment peut-on éviter d'utiliser "la même machine" ?

Il faut engager une réflexion très rapidement car si nous attendons le moment où l'on parlera de rebond il sera déjà trop tard. Il ne faut pas rester dans l'incantation et l'enjeu sera de traduire cette volonté en différents objets de politiques publiques pour que les politiques puissent s'en saisir. Il faut rendre notre réflexion suffisamment concrète en essayant de déterminer quelles sont les décisions principales à prendre.

Quels sont vos grands axes de réflexion ?

L'idée est de s'interroger sur le système que l'on veut repenser, en termes de gouvernance, de mode de production, et de modèles économique et social. Derrière tout ça, il s'agit de s'interroger sur notre modèle de valeurs. Les enjeux sur lesquels nous souhaitons travailler plus concrètement sont la transition écologique, le sujet des inégalités et la question de la résilience. Comment construit-on une société résiliente ? Il faut imaginer la résilience d'une société face à une très forte interdépendance. Ce qui implique beaucoup plus de gouvernance commune et de solidarité.

Selon vous, quel rôle devra jouer la finance dans ce monde d'après ?

Aujourd'hui, la finance est au cœur du système et joue un rôle transverse, comme la politique, car elle touche par définition tous les sujets économiques, mais aussi l'ensemble des citoyens à travers l'épargne. Elle peut donc constituer un canal de transmission très important de cette nouvelle mission. Cela implique toutefois une transformation beaucoup plus profonde du système financier que ce qui a été fait après la crise de 2008. Il faut aller un cran plus loin. Aujourd'hui, nous voyons les marchés financiers s'écrouler. Est-ce que le fonctionnement des marchés apporte quelque chose à la crise ? Est-ce un thermomètre qui fonctionne bien ? Nous pouvons en douter. De même, lorsque l'Autorité des marchés financiers (AMF) interdit la vente à découvert pendant la crise, nous pouvons nous demander pourquoi les interdire uniquement en période de crise.

Comment allez-vous structurer votre démarche ?

Nous allons être soutenus par un important cabinet de conseil qui va nous aider à créer une plateforme dédiée. L'idée est de reprendre en quelque sorte le modèle de la Convention citoyenne pour le climat, en partant d'un grand forum. Puis de hiérarchiser les sujets, de décider ensemble ceux que nous retenons et d'organiser des groupes de travail. C'est une réflexion que nous démarrons maintenant, mais qui doit s'étaler dans les trois à six mois qui viennent avec comme finalité la publication d'un rapport.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 25/03/2020 à 16:45 :
L'économie c'est la guerre par d'autres moyens et vous êtes des bisounours !
Des télés-teubet announanisés!
a écrit le 25/03/2020 à 16:11 :
pour revoir un logiciel, faut savoir programmer
c'est pas donne a tout le monde
le francais il veut tout revoir pour ce qui lui rapporte qqch sans rien foutre, par contre revoir le logiciel la ou il perd, c'est hors de question
la solidarite ca va des autres vers moi, pas le contraire!
comme on dit a gauche en toute solidarite ' ce qui est a toi est a moi, et ce qui est a moi est a moi'
ceux qui veulent vraiment chager qqch le font a leur niveau, sans brasser du vent et sans rien exiger des autres ( avant d'expliquer pourquoi on ne peut pas ' a titre personnel')
a écrit le 25/03/2020 à 13:59 :
Bon, pour avoir le know how, l'idée est d'abord d'avoir a changer ceux qui ont été formaté a la gestion administrative devant la question du développement. (Ce qui est le cas ce casi toutes les élites françaises d'aujourd'hui.

Ce format est nuisible pour le développement. En changeant les paraboles symboliques, mettre des femmes qui ont eu du résultat, changerait aussi les paradigmes!

Dans un second temps, pour redémarrer le logiciel il faudrait obtenir un consensus, ce qui n'est pas. Et pour le fait que plutôt sa gronde, la question est donc dans ce qui permet aux développeurs, non pas simplement d'idées, mais d'interactions de réseaux d'influences d'humanité....

Pour cela, il faut avoir a l'idée que la réalisation rapide de la chose d'un point de vue micro macro permettre ce rebond supposé, (car il s'applique actuellement a la bourse en dehors de toutes activités physiques supposé.

Le simple fait de devoir se corréler au marché, donc a la bourse, donc a un aléas algorithmique, est en soi la faille (que j'avais l'occasion de constater y compris dans les logiciels scolaires en administration et gestion pme tpe.

Si l'on ajoute le fait qu'il faille de fait avoir une vision dans le temps pour le résultat, il y a un chemin. Mais Cassandre a présent connait le sien!

Il y a souvent un signe lorsque la tête du poison est malade, alors le paradigme est dépendant de ce que l'on peut proposer, mais dans le le monde de l'économie, l'improvisation est semble t'il la moins bonne des solutions, l'anticipation est la clef.

Pour cela je pense qu'il serait intéressant pour vous de vous penchez sur les réussites passées, sur le développement et la croissance, et regarder qui a fait quoi pour comprendre quels seraient ou sont les résultats a venir positifs par le fait de l'acte.

Ceci peut se constater, ce qui pour autant permettra de remettre des visionnaires et des didactiques plutôt que l'affairisme ambiant ou l'utilisation de l'agneau sacrificiel peut aussi dire que nous n'aurons sans doute rien de nouveau.

Et pour, en regardant de prêt la délocalisation sur les 20 dernières années et vous comprendrez qui sait et savait quoi!

Ceci est question d'algorithmes que l'on peut mettre dans la bourse, mais aussi dans le regard que l'on porte sur les développement a croissance rapide pour comprendre qui sait quoi et qui peut faire quoi....

Ah ah ah la vraie vie revient, cela fera du bien a tous et toutes de savoir ne pas mystifier un appareil fatigué, qui endigue par les clichés et l'entre soi, ce qui est devant et non derrière.

Toutes ces choses sont intrinsèques par le fait même de la crise qui a permit ou non d'anticiper les situations.
a écrit le 25/03/2020 à 12:52 :
Encore un de ces fouilleurs de m.... qui tentent de profiter de la situation pour faire passer leurs idées très dangereuses de multiplication des contraintes et de nivellement par le bas. No pasaran!
a écrit le 25/03/2020 à 12:43 :
"petit manuel de progressisme à l'usage des élites et des biens-nantis"
bof cela fait des années que l'on entend la même rengaine et qu'on lit les mêmes papiers qui appellent à des changements sans apporter la moindre idée (ce papier totalement est vide d'idée)
les seuls mesure mises en place par le "progressisme macronnien" c'est un retour en arrière qui se traduit en une phrase d'Helmut Schmidt : "les profits d'aujourd'hui sont les investissements de demain et les emplois d'après-demain" (vous noterez que les profits se créent avant le travail, ca ne peut pourtant pas être de "l'argent magique", macron dit que ca n'existe pas, sauf peut-être en ce moment !!!)
M. Zaouati, il y-a besoin de personnels au champs, peut-être que Poirson et vous devriez vous y rendre, ca vous donnera peut-être des idées
a écrit le 25/03/2020 à 12:19 :
Pas la peine de se fatiguer à palabrer, sans une révolution ou mieux une guerre cela restera "business as usual" et encore, pas sûr qu'ensuite on ne recommence pas dans le "business as usual".
La vraie solution est dans la fin du pétrole, ce qui n'en doutons pas arrivera un jour, comme est arrivé un jour le Covid 19.
Nb: Nous ne nous serons préparés pour autant.
Réponse de le 25/03/2020 à 12:37 :
Mais oui garcon la fin du pétrole.
Avant de propager des bétises tu relira l'Ile mystérieuse.
Pour exactement les même causes on annoncait la fin du charbon. Depuis celui ci se porte mieux que Jamais et si nous faisions un vrai effort sur le nucléaire nous laisserions le charbon dans le sol.
Tous les scénarios sur la fin du pétrole parte du principe qu'il n'y a ni developpement technologique ni effet prix.
Le rapport meadow nous avait annoncé le peak oil pour les années 1990. Nous sommes en 2020 et pour l'instant le seul peak oil à l'orizon est la faiblesse de la demande.
a écrit le 25/03/2020 à 11:10 :
Je serai bref : un virus parti d'une province de Chine, qui a tardé à déclarer le problème à L'OMS, et qui se propage à vitesse grand V, en Chine et dans d'autres pays grace/à cause de la mondialisation....faut-il remettre en cause tous les paradigmes de nos modes de vie ?
Avez-vous pris en compte tous les effets bénéfiques de la mondialisation sur la mortalité enfantine, les famines, l'espérance de vie, l'industrie de la recherche médicale, la collaboration de tous les laboratoires à travers le monde dans la pandémie du COVID-19 ?

Attendons la fin de cette pandémie redoutable avant de chercher les coupables, cette méthode est très française..
Les épidémies de peste ont trouvé un coupable.. les juifs, le choléra et d'autres étaient imputés au "petit peuple" qui ne pouvait se nourrir correctement et disposait de très peu d'hygiène et de prophylaxie....faute de moyens.

Le français a toujours été friand de trouver "un coupable".

Jusqu'à présent toutes les pandémies sont venues des pays d'Asie ou du moyen-Orient....attendons avant de jeter la mondialisation aux orties...

Certaines décisions seront nécessaires comme le rapatriement de certaines productions ( 85 % des principes actifs des médicaments distribués en France viennent de Chine....cela est inadmissible). Les gouvernements devraient légiférer contre cette situation qui permet aux laboratoires pharmaceutiques de faire des méga profits...les exemple de ce ce type sont légion.
Bien cordialement.
a écrit le 25/03/2020 à 11:04 :
tiens, tiens, voila la finance et les représentants des grandes entreprises au gouvernement au chevet du monde en récupérant tous ce que les affreux gauchistes, anarchistes, écolos, zadistes disent depuis des lustres, il y a peu de temps nous avons eu l'an zéro et ses sbires technoingénieurocodécideurs pour la transition écologique, mais tout ceci, la transition, n'a déjà plus lieu d'être, au su de l'urgence il n'est plus question de transition mais de révolution économique et sociale donc l'écologie de la vie, et non pas tenir à bout de bras la fuite en avant des représentants boursouflés de fric de ce système à bout de souffle.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :