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ÉconomieFrance

Une réunion intersyndicale... mais après?

Photo de Jean-Christophe Chanut

Jean-Christophe Chanut

Publié le 09 octobre 2017 à 14:40 - Mis à jour le 09 octobre 2017 à 20:47

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Pour la première fois depuis l'élection d'Emmanuel Macron, l'ensemble des organisations syndicales se retrouvent au siège de la CGT pour tenter de se concerter. Mais, les divergences sont telles que l'émergence d'un front syndical uni semble très improbable.

C'est un moment rare et c'est même la première fois depuis l'élection d'Emmanuel Macron à l'Elysée : toutes les organisations syndicales vont se réunir ce lundi 9 octobre à 18 heures au siège de la CGT. Y participeront : la CGT, la CFDT, FO, la CFE-CGC, la CFTC, Solidaires, l'Unsa, la FSU, ainsi que des organisations de jeunesse (Unef). Le tout à la veille de la journée du 10 octobre où les fonctionnaires vont descendre dans la rue afin de protester contre la suppression programmée de 120.000 postes sur le quinquennat, le gel du point d'indice, la restauration du jour de carence, la hausse de la CSG, etc. Une réunion des syndicats qui intervient aussi à quelques jours des rencontres en bilatérales (les 12 et 13 octobre) entre le président de la République et les leaders patronaux et syndicaux afin d'évoquer la suite des réformes sociales.

Alors, Emmanuel Macron doit-il craindre de devoir faire face à un front syndical uni dans les prochaines semaines ? Pour l'instant, la réponse semble négative. Car avant même la rencontre de ce lundi 9 octobre, les leaders syndicaux ont exposé publiquement leurs divergences sur la situation actuelle. Et notamment sur les moyens de lutter contre les ordonnances réformant le code du travail publiées depuis une quinzaine de jours.

La CGT veut "fédérer les mécontentements"...

A la CGT, Philippe Martinez, souhaite que cette intersyndicale serve à « fédérer les mécontentements », a-t-il déclaré sur France Info, dans le but d'organiser une journée d'action, rassemblant les fonctionnaires, les retraités, les cheminots, les salariés du privé... l'objectif serait donc « une grande journée unitaire ». La centrale a avancé les dates des 20 ou 21 octobre. Conscient que les seules ordonnances ne serviront pas de ciment entre les organisations, Philippe Martinez anticipe les réformes à venir : il y a "d'autres réformes sur la table", a-t-il rappelé. A ce sujet, le secrétaire général de la CGT a souligné que la centrale, porteuse de propositions sur la formation professionnelle, l'assurance chômage ou l'apprentissage, participerait aux discussions "à condition" d'être un "interlocuteur traité comme les autres" syndicats. "On ne veut pas avoir des têtes d'alibi", a-t-il dit, en référence aux rencontres tenues à l'Elysée en août avec la CFDT et FO, au moment de la concertation sur les ordonnances.

... mais la CFDT ne veut pas mobiliser sur les ordonnances...

Certes, mais les autres centrales ne semblent pas sur la même longueur d'onde. "Ce soir nous allons à la réunion, c'est évident", a dit Laurent Berger (CFDT) sur RTL, pour qui "si nous voulons peser ensemble sur la réforme de l'assurance chômage, sur la réforme de la formation professionnelle, (...) nous avons intérêt à parler d'une seule voix" En revanche, concernant les ordonnances, "ça se joue dans l'écriture des décrets aujourd'hui, ça ne se joue pas principalement dans la rue", a estimé Laurent Berger, pour qui sur ce sujet, "aujourd'hui c'est dans les entreprises que nous pouvons nous mobiliser". Le rassemblement ne se fera donc pas sur les seules ordonnances. Et il semble trop tôt, pour envisager une action commune sur les autres dossiers, alors que les syndicats ne connaissent pas encore le contenu exact des réformes de l'assurance chômage et de la formation professionnelle.

... et FO semble pencher pour un service syndical minimum

Jean-Claude Mailly, lui, secrétaire général de FO, a assuré sur RMC/BFM-TV être au contraire "prêt à défiler avec tout le monde" dans le cadre de la réforme du Code du travail et des ordonnances qui l'encadrent, "à condition qu'on soit d'accord sur les objectifs". Il a précisé être mandaté pour une journée de mobilisation avant la ratification (des ordonnances) qui devrait intervenir  à la fin novembre. "Il y a certains points qu'on n'accepte pas dans les ordonnances, même si le parlement de FO a validé tout ce que nous avons fait cet été, mais je n'ai pas un mandat pour le retrait global des ordonnances", a-t-il cependant ajouté.

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Jean-Claude Mailly est donc très clair, à la suite de turbulences internes à son organisation, il se dit maintenant prêt à participer à une journée de mobilisation... sans pour autant demander le retrait des ordonnances. C'est donc une sorte de service minimum syndical pour faire taire la grogne interne à FO. On est loin d'une adhésion totale aux idées défendues par la CGT. Et le leader de FO ne fait pas référence aux réformes à venir et n'évoque pas le besoin de convergence entre tous les mécontents comme le fait Philippe Martinez. On est donc vraiment loin du front uni.

Il n'empêche que si Emmanuel Macron semble ne pas devoir craindre un embrasement immédiat, il doit tout de même rester sur ses gardes. D'abord, on l'a dit, une réunion intersyndicale de ce genre reste assez rare. Le fait qu'elle intervienne maintenant est un signal à ne pas négliger.

Edouard Philippe en démineur

Le Premier ministre Edouard Philippe va devoir donner des gages pour éviter l'amalgame des différents mécontentements. C'est déjà ce qu'il a commencé opportunément à faire à la veille de la journée d'action dans la fonction publique en assurant que les fonctionnaires connaîtront une compensation de la hausse de la CSG. Le fait d'avoir accordé aux « routiers » un modus vivendi sur le régime de leurs primes - en contradiction avec les nouvelles règles prévues par les ordonnances - constitue un autre signe d'apaisement.

Ensuite, l'Exécutif doit devoir faire attention à la suite. Force Ouvrière, n'acceptera jamais une remise en cause drastique de la gouvernance de l'assurance chômage et sa reprise en main par l'Etat. C'est l'ancien secrétaire général de FO, André Bergeron, qui est à l'origine en 1958 de l'Unedic - l'organisme paritaire qui gère l'assurance chômage -, la centrale ne voudra donc pas donc pas se voir « retirer le bébé ». Pour sa part, la CFDT a prévenu, il n'est pas question que l'assurance chômage perde son caractère assurantiel (on perçoit un montant d'allocation chômage en fonction de que l'on a cotisé) pour devenir une allocation universelle. Pour Laurent Berger ce serait un casus belli. CFE-CGC et CFTC sont sur la même longueur d'onde. Surtout la première qui n'acceptera pas une diminution des allocations pour les cadres, alors qu'ils cotisent plus.

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On peut imaginer qu'Emmanuel Macron va s'efforcer de rassurer les uns et les autres en les recevant successivement les 12 et 13 octobre. Ensuite, la concertation entre les partenaires sociaux et le ministère du Travail va débuter. Il est tout à fait plausible d'imaginer un scénario comparable à celui vécu au moment des ordonnances : le projet gouvernemental de départ sera progressivement «adouci » pour mieux faire passer la pilule, en reprenant ici et là quelques idées chères à telle ou telle organisation. Ce qui aura aussi le mérite de « casser » le front syndical.

(avec AFP)

Jean-Christophe Chanut

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