Vers une nouvelle baisse des taux d'intérêt de la BCE jeudi
latribune.fr
Jeudi, la BCE devrait baisser pour la deuxième fois le taux de dépôt, qui fait référence parmi ses trois taux directeurs et sert de base pour les conditions de crédit appliquées par les banques à l'économie.
Jana Rodenbusch
La baisse de l'inflation et la faiblesse de l'économie en zone euro justifient une nouvelle baisse des taux d'intérêt que la BCE devrait acter ce jeudi, sans s'engager sur le rythme de sa politique d'assouplissement monétaire.
Toutes les conditions semblent réunies pour que la Banque centrale européenne (BCE) baisse de nouveau ses taux d'intérêt. L'inflation et la maîtrise de la hausse des salaires devraient pousser ses responsables à acter ce jeudi une telle décision après une première baisse en juin, une première depuis cinq ans.
Si, un mois plus tard, Christine Lagarde, présidente de l'institut monétaire, prônait la vigilance, l'été a renforcé les attentes de nouvelles baisses de taux, susceptibles de desserrer l'étau du crédit pour les ménages et les entreprises. L'inflation a ralenti à 2,2% sur un an en août dans la zone euro et est même passée sous la cible de 2% dans les deux principales économies, la France et l'Allemagne.
L'affaiblissement de l'économie joue en faveur d'une baisse
Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, pouvait ainsi déclarer fin août, dans un entretien accordé au Point, qu'une nouvelle baisse des taux de la BCE en septembre, après celle de juin, serait « juste et sage ».
«Si l'on attendait d'être effectivement à 2% pour baisser les taux, nous agirions trop tard», a avancé le gouverneur de la France, qui rappelle que les hausses ou baisses de taux mettent toujours un certain temps avant de se traduire dans l'économie réelle.
La BCE devrait donc baisser pour la deuxième fois le taux de dépôt, qui fait référence parmi ses trois taux directeurs et sert de base pour les conditions de crédit appliquées par les banques à l'économie. Ce taux devrait être abaissé de 25 points de base, pour passer à 3,50%.
Autre élément qui joue en ce sens, la croissance économique dans la zone euro a été révisée légèrement en baisse à 0,2%, pour le deuxième trimestre 2024, a indiqué vendredi l'agence de statistiques européenne Eurostat. De quoi alimenter les craintes sur l'affaiblissement de l'économie, au moment où l'Allemagne traverse une mauvaise passe et voit son Produit intérieur brut (PIB) reculer.
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Une décision qui ne présage rien de la suite
La discussion au sein du conseil des gouverneurs de la BCE portera aussi sur la suite à donner à l'assouplissement monétaire. Isabel Schnabel, membre du directoire de la BCE rangée parmi les « faucons » qui prônent une approche restrictive de la politique monétaire, a récemment appelé à un assouplissement « progressif et prudent ». Elle a rappelé que « l'inflation intérieure » c'est-à-dire celle des biens et services produits localement, « reste élevée à 4,4% » en zone euro, en grande partie à cause des prix élevés dans les services. Chez les « colombes », adeptes d'une approche plus souple, Piero Cipollone, autre membre du directoire, a souligné le « risque » d'être trop restrictif, alors que l'économie chancelle et que l'investissement patine, dans un entretien au Monde.
Christine Lagarde analysera ce jeudi les risques liés à la croissance et à l'inflation, mais elle devrait maintenir le principe de l'institut de s'appuyer sur les données pour agir sans s'engager à l'avance sur une trajectoire définie, selon les observateurs. Il n'y a pas besoin de changer le « récit sur la dépendance aux données (qui) a fonctionné » jusqu'à présent. Le Conseil des gouverneurs aura jeudi en main un nouveau jeu de prévisions macroéconomiques trimestrielles.
«Une révision à la baisse de la croissance ou de l'inflation augmenterait la probabilité d'une accélération des baisses de taux, tandis qu'une révision à la hausse pousserait les faucons à demander moins de réductions supplémentaires», analyse Carsten Brzeski, chez ING.
La BCE soulignera aussi, comme toujours, l'importance d'une mise en œuvre rapide et complète des nouvelles règles budgétaires de l'UE, pour aider à garantir la stabilité des prix. Le message devrait surtout retentir aux oreilles du nouveau Premier ministre français, Michel Barnier, un pro-européen qui devra rassurer Bruxelles sur la réduction du déficit public de la France, encore bien au-dessus des limites fixées par le cadre européen.
«Je pense qu'il est important d'entamer le processus de réduction des taux lors de notre prochaine réunion», les 17 et 18 septembre, a souligné vendredi Christopher Waller lors d'un discours à l'Université de Notre Dame, dans l'Indiana. Et «je ne pense pas que cette première baisse sera la dernière», a-t-il souligné, jugeant « probable qu'une série de baisses sera appropriée », bien que le rythme soit «difficile (à) déterminer».
Le président de la Fed, Jerome Powell, avait signalé fin août l'intention des responsables de l'institution de lancer le mouvement, jugeant que « le temps est venu ». L'institut, pour juguler la forte inflation et la ramener à l'objectif de 2%, a progressivement relevé ses taux ces dernières années à leur plus haut niveau depuis 20 ans, dans la fourchette de 5,25 à 5,50%. Mais elle veille désormais à ne pas peser trop fort sur l'activité économique, ce qui pourrait causer d'importants dommages sur l'emploi.
«Je continue de croire que (ramener l'inflation à 2%) peut se produire sans préjudice majeur pour le marché du travail. Mais je crois également que maintenir la dynamique de l'économie signifie, comme l'a récemment déclaré le président Powell, que le moment est venu de commencer à abaisser les taux», a précisé Christopher Waller.
Le taux de chômage aux Etats-Unis a comme attendu légèrement reculé en août, à 4,2% contre 4,3% en juillet, a annoncé vendredi le département du Travail. Et 142.000 emplois ont été créés, en hausse par rapport aux 114.000 de juillet, mais moins qu'attendu.