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ÉconomieInternational

Après des dizaines de sanctions contre la Russie, trois leviers qu'il reste à l'UE pour faire plier Moscou

latribune.fr

Publié le 05 avril 2022 à 04:08 - Mis à jour le 05 avril 2022 à 04:27

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18 juillet 2026

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Depuis le début du conflit en Ukraine, la liste des sanctions des Occidentaux à l'encontre du régime de Vladimir Poutine ne cesse de s'allonger, sans pour autant inverser véritablement le rythme dramatique imposé par le chef du Kremlin depuis plus d'un mois. En cause, la dépendance de l'Europe en hydrocarbures qui rend les marges de manoeuvres pour de nouvelles sanctions - pourtant annoncées par l'UE - très serrées, voire impossibles. Malgré cela, l'Union européenne compte peser, notamment auprès des alliés de Moscou.

L'économie russe vacille mais ne rompt pas. Alors que le pays est soumis à d'intenses pressions économiques depuis le début de l'invasion de l'Ukraine le 24 février, le pays, dont le PIB est équivalent à celui de l'Espagne, évite encore pour l'instant le krach. Mais la découverte des massacres de Boutcha encouragent les Européens à décider un nouveau train de sanctions. D'autant que côté ukrainien, les voix de dirigeants s'élèvent pour dénoncer l'attentisme des Occidentaux pour mettre un coup de frein aux plans de Vladimir Poutine. Ce lundi, le chef de la diplomatie ukrainienne, Dmytro Kouleba a appelé à "de nouvelles sanctions dévastatrices du G7".

Or, pour l'heure, les sanctions ont principalement ciblé des entreprises, des banques, des hauts responsables, des parlementaires de la Douma, des oligarques russes. Aussi, les exportations de biens vers la Russie sont interdites. La Banque centrale russe a également vu ses avoirs étrangers (environ 300 milliards de dollars) gelés. A cela s'ajoute des centaines de marques et enseignes occidentales qui ont décidé de baisser le rideau ou de cesser tout échange avec le pays belligérant.

Lundi, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd) a annoncé "suspendre avec effet immédiat" l'accès de la Russie et du Bélarus à ses financements et à son expertise. Montant de la perte pour ces deux pays : environ 1,5 milliard d'euros, a précisé à l'AFP une source proche du dossier.

Mais si le rouble s'est effondré de près de 30% depuis le début de l'année, la politique de Vladimir Poutine, de privilégier les paiements et les achats en roubles, permet encore de maintenir la devise nationale sous perfusion. Quels choix restent-ils donc aux Occidentaux pour faire reculer durablement Vladimir Poutine ?

1/ Couper toutes les banques russes du système Swift

C'est l'une des premières sanctions décidée dans le premier round par les Occidentaux mais elle est toutefois loin d'être 100% efficace, et pour cause.

Depuis le 12 mars, l'UE a débranché sept banques russes du système financier international Swift, mais a pris soin de ne pas inclure deux gros établissements financiers très liés au secteur des hydrocarbures. L'exclusion de Swift vise VTB, la deuxième plus grosse banque de Russie, ainsi que Bank Otkritie, Novikombank (financements de l'industrie), Promsvyazbank, Rossiya Bank, Sovcombank et VEB (banque de développement du régime). Promsvyazbank, Rossiya Bank et VEB faisaient déjà partie de la liste des personnes et entités russes frappées d'un gel des avoirs dans l'UE dans le premier train de sanctions.

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Mais pour étrangler financièrement Moscou, les élus ukrainiens demandent aujourd'hui la déconnexion de toutes les banques russes de la plateforme Swift.

2/ Faire pression sur la Chine et d'autres positions alliées

Pour contourner plusieurs embargos, notamment sur les composants électroniques ou sur le système interbancaire, Moscou ne cache pas son souhait de se tourner vers Pékin, traçant les lignes d'un nouvel ordre mondial. Dès lors, l'UE a averti vendredi la Chine que tout soutien à Moscou pour contourner les sanctions occidentales "ternira gravement la réputation" et nuira à ses relations économiques avec l'Europe, a déclaré la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

"Nous avons indiqué clairement que la Chine ne devait, au moins, ne pas interférer dans les sanctions" prises contre Moscou après l'invasion de l'Ukraine, à défaut de les soutenir, a-t-elle déclaré au côté du président du Conseil européen Charles Michel, à l'issue d'un sommet en visioconférence des deux dirigeants avec le président chinois Xi Jinping.

Xi Jinping a, lui, appelé l'UE à "se forger sa propre perception de la Chine et à poursuivre de façon autonome sa propre politique à l'égard" de Pékin, selon un compte-rendu de la presse d'Etat chinoise.

Aussi, pour le régime communiste, les Européens se sont laissé entraîner dans un conflit dont Washington serait l'instigateur. Ultra-dépendante du gaz russe, "l'Europe s'est peut-être tirée une balle dans le pied en se joignant aux sanctions américaines", lisait-on jeudi dans le quotidien nationaliste Global Times.

Avant cela, le rapprochement était très clair: "La Chine est impatiente de travailler avec la Russie pour porter les relations sino-russes à un degré supérieur dans une nouvelle ère, sous la conduite du consensus atteint par les chefs d'Etat", a affirmé la semaine dernière le chef de la diplomatie chinoise, Wang Yi.

De même, l'Inde pourrait venir combler les commandes manquantes des Européens. Le pays, qui dépend à 80% des importations pour sa demande d'or noir, pourrait être un client intéressé par un prix attractif ce qui lui permettrait de limiter la hausse de sa facture d'énergie.

"Ces jours-ci, nos collègues occidentaux voudraient réduire toute question internationale significative à la crise en Ukraine (...)", a déclaré en anglais Sergueï Lavrov, le chef de la diplomatie russe à New Delhi, lors d'une rencontre avec son homologueindienS. Jaishankar.

"(Nous) apprécions que l'Inde appréhende cette situation avec l'ensemble des faits et pas uniquement de manière unilatérale", a-t-il poursuivi.

La ministre britannique des Affaires étrangères Liz Truss s'est rendue en Inde jeudi, pour appeler le géant asiatique à prendre des mesures plus sévères à l'encontre de Moscou suite à l'invasion de l'Ukraine.

L'Inde s'est abstenue de voter au conseil de sécurité de l'ONU une résolution condamnant la Russie et s'est contentée d'appeler à l'arrêt des violences.

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L'Inde prête à acheter du pétrole russe à des prix attractifs

3/ L'arrêt complet des importations d'hydrocarbures russes

La solution la plus radicale et efficace semble être, comme le demande Dmytro Kouleba, l'"embargo sur le pétrole, le gaz et le charbon" et la fermeture de "tous les ports aux navires et marchandises russes".

Plus tôt, les Etats baltes avaient annoncé la cessation de leur importation de gaz russe et le président lituanien Gitanas Nauseda avait appelé le reste de l'UE à les suivre.

Les Etats-Unis ont interdit l'importation de pétrole et de gaz russes peu après l'invasion de l'Ukraine, mais pas l'UE qui s'approvisionnait en Russie à hauteur de 40% environ en 2021.

En effet, depuis le début du conflit, l'Europe a acheté près de 17 milliards d'euros de gaz et de pétrole russes, selon des estimations du Centre for Research on Energy and Clean Air (Crea).

L'impact d'un embargo des hydrocarbures russes

Sauf que les Européens n'y sont pas encore résolus. Selon une autre étude du Conseil d'analyse économique, organisme chargé de conseiller le gouvernement français, un embargo sur les importations d'énergie aurait "un impact relativement faible" sur les économies européennes, avec une perte de PIB entre 0,2 et 0,3% en moyenne, "soit 100 euros par Européen adulte", ont évalué les quatre économistes auteurs de cette étude publiée sous l'égide

Certains Etats seraient toutefois beaucoup plus pénalisés, comme la Lituanie, la Bulgarie, la Slovaquie, la Finlande ou la République Tchèque, et auraient besoin d'une "solidarité européenne".

La France, à l'exposition moindre aux importations de pétrole, de charbon et surtout de gaz, serait moins pénalisée, avec une perte de PIB estimée entre 0,15 et 0,3% en fonction de sa capacité à trouver des alternatives aux produits actuellement achetés à la Russie.

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Pour l'Allemagne, qui freine des quatre fers contre la mise en place d'un embargo, la perte de PIB est évaluée entre 0,3 et 3%, un niveau que les auteurs de l'étude juge "globalement modéré et (qui) peut être absorbé".

Toutefois, la mise en place de droits de douanes sur les importations énergétiques russes, par exemple de 40%, serait "plus efficace qu'un embargo strict", estime l'étude.

Pour rappel, la guerre, intense, a fait, a minima, des milliers de morts et contraint à l'exil plus de 4,2 millions d'Ukrainiens, à 90% des femmes et des enfants.

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(Avec AFP)

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