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ÉconomieInternational

"Avec l'accord Chine-Etats-Unis, le pire est derrière nous" Christophe Barraud

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Grégoire Normand

Publié le 21 janvier 2020 à 06:30

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[Entretien] Accord Chine-Etats-Unis, ralentissement en Chine et en zone euro, Brexit... Christophe Barraud, chef économiste chez Market Securities et classé meilleur prévisionniste sur les statistiques américaines par Bloomberg, explique que l'élection présidentielle aux Etats-Unis devrait contribuer à apaiser les tensions sur la scène du commerce mondial.

LA TRIBUNE - Quelles sont les avancées du récent accord préliminaire signé entre la Chine et les Etats-Unis ?

CHRISTOPHE BARRAUD - L'objectif commercial, avec les 200 milliards de dollars d'exportations supplémentaires des Etats-Unis vers la Chine, était attendu. Sur les produits agricoles et l'énergie, la Chine a intérêt à augmenter ses importations. Sur le volet agricole, les Chinois ont des besoins d'importations de viande assez significatifs avec la crise porcine. Au niveau énergétique, les efforts consentis pour importer du pétrole, du gaz naturel ou de l'éthanol sont réalistes. Sur les biens manufacturiers, beaucoup de questions demeurent. Pour 2020, les marchés sont relativement sereins. Si les Chinois remplissent leurs objectifs pour les produits agricoles et l'énergie, cela restera des leviers importants pour l'économie américaine, même si les objectifs sur les biens manufacturés ne sont pas atteints. En 2021, les perspectives sont moins optimistes. Il subsiste des doutes sur la capacité des Etats-Unis à exporter les 123,3 milliards de dollars supplémentaires (contre 76,7 milliards de dollars en plus pour 2020). La puissance américaine pourrait devoir réorienter ses chaînes de production pour assurer plus d'exportations vers la Chine. Ces changements pourraient provoquer des tensions avec d'autres pays.

Que signifie cette trêve pour le commerce mondial ?

A court terme, les tensions commerciales vont continuer de baisser entre les Etats-Unis et la Chine. Cela s'inscrit dans la logique du dernier trimestre 2019. D'autres conflits comme celui entre le Japon et la Corée du sud se sont tassés en fin d'année. Avec une politique monétaire accommodante, le pire est derrière nous. Au niveau de la croissance mondiale, le PIB devrait progresser autour de 2,9% avec une révision à la baisse pour 2019. En 2020, l'économie mondiale devrait rester à un niveau comparable.

Ce répit va-t-il vraiment ouvrir de nouvelles perspectives pour les échanges mondiaux de marchandises ?

Il y a eu une accélération très forte de la croissance des échanges de marchandises en 2017, un ralentissement en 2018 et une contraction en 2019. Il devrait y avoir un rebond en 2020 avec une amélioration en Asie. A la fin de l'année dernière, il y a eu un rebond des exportations en Chine, à Taiwan, Singapour. En Corée du Sud, les chiffres des exportations pour les 10 premiers jours de janvier étaient positifs en rythme annuel.

Au niveau des secteurs, les indicateurs relatifs au semi-conducteurs montrent des signaux optimistes. Après une année 2019 catastrophique où les ventes mondiales devraient avoir baissé entre 12 et 13%, il devrait y avoir un rebond entre 5% et 10% cette année. Les ventes de smartphones devraient rebondir avec la 5G et le lancement de nouveaux modèles chez Samsung par exemple. En 2019, les ventes automobiles ont été très mauvaises. Pour cette année, il devrait y avoir soit une stabilisation, soit une très légère reprise. Ces signaux sont très encourageants pour le commerce mondial.

Quelles sont les perspectives pour l'économie américaine en 2020 alors que la présidentielle approche à grand pas ?

2020 devrait être une année de transition avec une pause aux Etats-Unis. La puissance américaine devrait avoir une politique protectionniste moins agressive cette année en raison de l'élection présidentielle. Sur les 50 dernières années, le seul président américain à avoir connu une récession dans la dernière année de son premier mandat est Jimmy Carter en 1980. A l'époque, la crise en Iran avait provoqué une flambée du pétrole. L'administration en place fait tout pour éviter une récession. Le point fort du gouvernement Trump est son bilan économique avec une croissance forte au regard des autres pays développés, un taux de chômage au plus bas depuis 50 ans. Beaucoup d'accords commerciaux ont été renégociés.

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La croissance américaine devrait néanmoins ralentir en 2020. L'effet du stimulus, qui avait permis à la croissance d'aller au-dessus de son potentiel en 2018 et 2019, devrait s'estomper. Il y a moins d'incertitudes sur le plan commercial mais il reste des risques. Entre 60% et 70% des biens chinois importés sont encore taxés. Cela peut peser sur la consommation.

Il y a également une incertitude politique. Les années d'élection présidentielle, les investissements ont tendance à ralentir. Dans le secteur manufacturier, il y a une réelle problématique avec Boeing et l'arrêt de la production du 737 Max. Cet arrêt pourrait se répercuter dans les chiffres du premier trimestre. La croissance américaine devrait converger vers son potentiel de long terme, c'est à dire 1,7% alors que sur 2019, le PIB devrait être autour de 2,3%. Ce ne sont pas des chiffres catastrophiques. L'administration américaine voulait un accord commercial avec les Chinois pour éviter un choc extérieur trop fort et tout risque de récession.

En Chine, quelle va être l'ampleur du ralentissement cette année ?

La Chine connaît un ralentissement structurel en raison de la dynamique démographique, du changement de modèle de croissance économique. Le modèle de base reposait sur l'investissement massif dans le secteur manufacturier avec une croissance forte mais pas forcément qualitative. L'économie chinoise est restée longtemps orientée sur les exportations. Or depuis plusieurs années, l'objectif est de se recentrer sur la consommation des ménages. Au niveau de la compétitivité dans le secteur manufacturier, les Chinois ont perdu du terrain au profit de la Thaïlande, du Vietnam, du Bangladesh. La Chine a intérêt à se concentrer sur la consommation des ménages et les services. Il y a une volonté depuis fin 2017 de diminuer les risques financiers en baissant la part des activités financières non régulées. Il y a une diminution de la masse des prêts dans le shadow-banking.

Quels sont les principaux risques de turbulence ?

La Chine doit également faire face à des turbulences sur le plan financier. Plusieurs banques ont été recapitalisées récemment. En 2019, il y a eu un record de défauts d'entreprises. A la fin de l'année 2020, le congrès du parti communiste chinois doit donner les grandes orientations de la politique sur cinq années. Le récent accord signale une trêve mais il y a de vrais enjeux de long terme dans le domaine technologique mais aussi les subventions étatiques via des prêts à taux réduits ou des financements. Il reste beaucoup de problèmes à régler en Chine. La signature de la phase 2 de l'accord devrait être très compliquée pour les Etats-Unis.

Le gouvernement américain ne devrait pas créer de tensions significative en amont des élections. Ils devraient rentrer dans le vif du sujet de la phase 2 après les élections. L'un des objectifs des Etats-Unis était de réduire la part des entreprises étatiques dans l'économie chinoise de 38% à 20%. Or le président Xi lors de son discours pour le 70eme anniversaire de la République populaire de Chine a déclaré que le modèle qui fonctionne est la puissance économique publique. Les Etats-Unis pourraient faire pression avec d'autre puissances comme le Japon ou l'Europe pour arriver à avoir des résultats.

En zone euro, la stagnation de la croissance devrait se poursuivre. La BCE a-t-elle encore des marges de manoeuvre ?

L'impact de la politique monétaire sur l'économie réelle tend à diminuer au cours du temps et ce constat concerne la plupart des pays développés. L'autre phénomène est que cette politique monétaire n'a pas que des effets positifs à moyen terme. Cette politique de taux d'intérêt négatifs a un impact sur les banques, les assurances, les fonds de pension. Sur le plan financier, cette trajectoire encourage à prendre des décisions sur des actifs plus risqués. Sur le plan social, cette politique profite aux personnes qui ont des capacités d'emprunt. Ce sont surtout les plus riches qui en bénéficient. Indirectement, cela contribue à creuser les inégalités. Cette politique de taux d'intérêt très faibles conduit à maintenir en vie des entreprises qui ne devraient pas l'être. Il y a un phénomène de "zombification" de pans entiers  de l'économie. Des entreprises surendettées avec des résultats négatifs arrivent à s'en sortir uniquement parce qu'elles arrivent à se refinancer à court terme.

Les Etats prennent-ils vraiment le relais alors que des pays comme l'Allemagne ou les Pays-Bas affichent encore des excédents importants ?

La difficulté pour les Etats est avant tout politique. Pour 2020, les budgets votés montrent que les dépenses seront plus élevées. Ce n'est pas exceptionnel. En 2021, l'Allemagne pourrait adopter des mesures expansionnistes avec les élections et la montée en puissance des Verts sur la scène politique. La Banque centrale européenne pourrait également inciter les Etats à investir dans les énergies vertes. Le stimulus fiscal peut se faire soit par la dépense publique, soit par l'incitation en baissant les taxes sur les entreprises. Plusieurs grandes puissances vont dans ce sens comme l'Inde, la Turquie, l'Australie ou la France. Il y a actuellement une réflexion globale sur les possibles leviers pour renforcer la croissance et pousser les entreprises à investir.

Quelles sont vos prévisions pour la zone euro ?

La croissance du PIB devrait être de 1,2% en 2019 et 1,1% en 2020. S'il y a un choc extérieur négatif, il pourrait y avoir un risque de récession comme aux Etats-unis. Il est urgent de repenser le soutien public en profitant des taux d'intérêt très bas.

En Europe, la concrétisation du Brexit va amener les Etats à revoir leur stratégie sur le plan commercial. Quels pourraient être les scénarios envisagés par Boris Johnson en matière de libre-échange ?

Le Brexit devrait encore pénaliser le Royaume-Uni cette année au profit de l'Union européenne. Techniquement, la période de négociation doit débuter à la fin du mois de janvier pour finir à la fin de l'année 2020. Pour trouver un deal sur le plan commercial avec chaque pays, cela paraît ambitieux. Surtout, il y a des problématiques bien particulières comme Gibraltar, le secteur de la pêche pour la France, le secteur financier au Luxembourg. L'enjeu des normes et des règles peut également entraîner des négociations interminables. Aujourd'hui, c'est difficile d'imaginer la conclusion d'un accord en 11 mois. En Europe, la règle de l'unanimité sur toutes ces questions peut également entraîner des difficultés. Les prochains mois devraient rester malgré tout plus toxiques pour le Royaume-Uni que pour l'Europe.

Quel regard portez-vous sur les perspectives économiques pour la France ?

Le PIB devrait s'établir à 1,3% en 2019. En 2020, l'économie devrait connaître un léger ralentissement à 1,2%. Il reste malgré tout beaucoup de doutes sur l'impact des grèves. La Banque de France affirme qu'il y a peu d'impact. Or le groupe Casino, la Fnac ont déclaré récemment que les grèves avaient eu de fortes conséquences sur les ventes. S'il y a des répercussions au dernier trimestre 2019 et au premier trimestre 2020, on pourrait réviser à la baisse notre prévision autour de 1%. Nous anticipons également un ralentissement en raison du cycle électoral. Généralement, on assiste à un coup de frein des investissements publics lors des années d'élections municipales. Du côté des entreprises, il y a eu un double effet positif sur les trésoreries avec le CICE et la réduction des cotisations l'année dernière. Malgré tout, les mesures "gilets jaunes" montent en puissance avec la hausse du pouvoir d'achat. La consommation des ménages devrait accélérer cette année..

Le réchauffement climatique représente-il un risque à court terme sur le plan économique ?

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A l'échelle mondiale, il peut y avoir des impacts très importants comme en Australie actuellement. D'autres zones peuvent être touchées dans la production agricole par exemple. Sur des prévisions économiques annuelles, ce risque est très peu intégré. En revanche, les économistes prennent en compte ce risque dans les prévisions mensuelles sur certains indicateurs comme les ventes au détail, les mises en chantier par exemple. Au fur et à mesure, les économistes et les entreprises vont devoir intégrer de plus en plus ce risque dans leur modèle de prévision.

Grégoire Normand

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