Blake Masters, associé de Peter Thiel et soutenu par Donald Trump, futur sénateur de l'Arizona ?

A L'AFFICHE. Le co-auteur du bestseller « Zero to One » vient de remporter la primaire républicaine pour l’élection sénatoriale de l’Arizona en revendiquant l’héritage de Donald Trump, dont il s’est ainsi assuré le soutien. L’Arizona constitue l’un des États-clefs qui pourraient faire de nouveau basculer le Sénat aux mains des Républicains lors des élections de mi-mandat qui auront lieu en novembre prochain.
(Crédits : DR)

Et de deux. Après l'investisseur et écrivain J.D. Vance, qui s'est imposé à la primaire républicaine dans l'Ohio début mai, un second candidat républicain soutenu par l'investisseur et entrepreneur Peter Thiel remporte une primaire pour les élections sénatoriales de 2022. Après une campagne aussi musclée qu'efficace, Blake Masters s'est largement imposé mardi en Arizona face à ses rivaux Jim Lamon, un entrepreneur de l'énergie solaire, et Mark Brnovich, procureur de l'État.

À l'instar de son mentor Peter Thiel, Blake Masters, qui a tout juste 36 ans, est un pur produit de la Silicon Valley : ancien élève de Stanford, il a vécu dans une colocation végétarienne durant ses années étudiantes, fait carrière en tant qu'investisseur dans un fonds consacré aux startups et est un fervent défenseur des cryptomonnaies. Il possède ainsi une fortune de plusieurs millions de dollars investis dans plusieurs jetons numériques, dont le bitcoin, l'ether et le tez (blockchain Tezos), et a proposé que les États-Unis se dotent d'une réserve stratégique en bitcoins, baptisée « Fort Nakamoto — le nouveau Fort Knox » (en référence au mystérieux créateur du protocole Bitcoin, Satoshi Nakamoto).

Un porte-étendard du trumpisme...

Son positionnement très à droite contraste cependant avec un milieu de la tech américaine largement favorable aux idées démocrates. Dans une série de clips de campagne bien léchés rappelant l'esthétique du réalisateur Terrence Malick, dont il admet s'être inspiré, Blake Masters a ainsi, durant la campagne, pointé les dégâts de l'immigration incontrôlée, appelé à l'expulsion de tous les immigrés illégaux d'Arizona et insisté sur la nécessité de finir le mur entamé sous Donald Trump à la frontière avec le Mexique.

Mais il a également dénoncé les attaques des démocrates contre la liberté d'expression, pointé le gâchis des guerres américaines récentes et critiqué l'interventionnisme américain à l'étranger, accusé les réseaux sociaux de censurer les voix conservatrices, proposé de privatiser la sécurité sociale et la gestion de l'eau en Arizona, déploré qu'une famille ne puisse plus vivre sur un seul salaire et, bien sûr, tiré à boulets rouges sur la présidence Biden.

Un savant mélange de conservatisme et de xénophobie saupoudré d'un vernis social qui n'est pas sans rappeler le discours de Donald Trump, et fait de Blake Masters, avec J.D. Vance et le gouverneur de la Floride, Ron DeSantis, l'un des principaux avocats du courant trumpiste au sein du parti républicain, qui mêle à la rhétorique conservatrice traditionnelle un discours populiste (au sens de défense du peuple), anti-élites, isolationniste et nativiste.

...adoubé par Donald Trump

En dépit de ses talents de communicant, Blake Masters n'aurait pu s'imposer sans les 15 millions de dollars que Peter Thiel a investi dans sa campagne. La relation entre les deux hommes remonte à loin, puisque Blake Masters a suivi les cours de l'entrepreneur à Stanford, avant de co-écrire le bestseller Zero to One avec lui, puis de diriger son fonds d'investissement Thiel Capital. Il a également présidé la Thiel Foundation, qui finance différentes initiatives mêlant philanthropie et transhumanisme : recherche sur l'intelligence artificielle et les technologies anti-vieillissement, notamment.

Mais la course demeurait extrêmement serrée jusqu'à ce que Blake Masters soit publiquement soutenu par l'ancien président Donald Trump, début juin, suite à quoi les sondages lui ont immédiatement donné une avance de quinze points sur ses concurrents. La preuve que l'influence de l'ancien président sur les électeurs républicains demeure considérable. Ce soutien, Blake Masters l'a obtenu en reprenant la théorie selon laquelle Donald Trump aurait été victime d'une fraude électorale lors de l'élection présidentielle de 2020, et grâce à sa proximité avec Peter Thiel, l'entrepreneur étant lui-même proche de l'ancien président, qu'il avait été l'une des seules figures de la Silicon Valley à soutenir contre Hillary Clinton lors de l'élection de 2016. Peu de temps avant l'élection, Blake Masters s'est également assuré le soutien d'une autre icône du courant trumpiste, le journaliste vedette de Fox News Tucker Carlson.

Dans l'ombre de Peter Thiel

Libertarien convaincu, Peter Thiel, qui a fait fortune à la tête de PayPal avec son compère Elon Musk, avant de lancer la société d'analyse des masses de données Palantir, s'est imposé au fil des années comme l'un des investisseurs les plus adroits de la Silicon Valley. Mais il ne se contente plus de miser sur des start-ups prometteuses. Ce grand joueur d'échecs utilise également son flair pour débusquer des candidats conservateurs susceptibles de gagner les élections et d'orienter le parti républicain dans le sillon tracé par Donald Trump. C'est dans cette optique qu'il a contribué, avec succès, à hauteur de 15 millions de dollars à la candidature de J.D. Vance dans l'Ohio, au cœur de la Rust Belt. Auteur du bestseller Hillbilly Elegy, J.D. Vance est un partisan zélé de Donald Trump et un défenseur d'un conservatisme plus proche des classes populaires.

Peter Thiel vient de remporter un nouveau pari en misant sur Blake Masters, qui affrontera l'astronaute Mark Kelly, l'actuel sénateur démocrate de l'Arizona, en novembre prochain. Pour l'emporter, il devra nécessairement séduire l'électorat latino-américain, qui compte pour près d'un tiers de la population de l'Arizona et que son discours anti-immigration pourrait rebuter. Mais jusqu'ici, Peter Thiel s'est rarement trompé dans ses paris.

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Commentaires 2
à écrit le 06/08/2022 à 11:57
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A observer et s’ en méfier prône la fin des états en tant que structure , retour au far west économique du 19 eme siècle et confond intérêt privés et publics ….

à écrit le 06/08/2022 à 11:57
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A observer et s’ en méfier peine la fin des états en tant que structure , retour au far west économique du 19 eme siècle et confond intérêt privés et publics ….

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