Moscou, Washington et Kiev se retrouvent ce lundi en Arabie saoudite pour discuter d’un cessez-le-feu en Ukraine. Mais ces pourparlers ont d’emblée été qualifiés de « difficiles » par le Kremlin.
Des « négociations difficiles ». C'est ainsi que le Kremlin a qualifié les pourparlers entre la Russie et les États-Unis sur l'Ukraine, qui démarrent ce lundi en Arabie saoudite, à l'hôtel Ritz-Carlton de Ryad. L'objectif à atteindre n'est pas aisé : après plusieurs semaines d'intensification des combats entre les forces ukrainiennes et russes, une « trêve partielle » est censée être actée à l'issue de ces discussions. Voici les éléments à avoir en tête pour bien comprendre ces négociations.
📍 Un format de négociation inédit
Le format de ces négociations à huis clos semble assez inédit, avec deux espaces de discussion : les Américains et les Ukrainiens d'un côté, les Russes et les Américains de l'autre. L'idée étant que les États-Unis jouent le rôle de navette entre les deux parties.
Autre aspect singulier à noter : tandis que Kiev a mis à la tête de sa délégation Roustem Oumerov, ministre ukrainien de la Défense, le Kremlin a opté comme meneurs Grigori Karassine, un sénateur ex-diplomate de carrière, et Sergueï Besseda, un cadre du FSB, le service de renseignement intérieur russe. Côté américain, c'est Steve Witkoff, l'émissaire spécial de Donald Trump pour l'Ukraine, qui est sur place.
Cette configuration n'est pas en adéquation avec les codes de la diplomatie, selon lesquels chaque représentant est censé négocier avec un interlocuteur de même niveau protocolaire. Certains observateurs internationaux voient dans ce format le reflet de la grande divergence entre la Russie et l'Ukraine.
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📍 Un ordre du jour divergent
Alors que le principal objectif est de négocier rapidement « une trêve partielle » en Ukraine, avec derrière l'idée d'aller, en deuxième temps, vers un « cessez-le-feu général », le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a affirmé ce lundi matin que « le principal » sujet de discussion avec les Américains serait « la reprise » de l'application de l'accord céréalier, en mer Noire. À ce stade, le haut cadre n'a donc pas mentionné d'éventuel engagement quant à la suspension des combats, limité ou sans conditions.
Pour la Russie, l'accord sur les céréales est un enjeu économique : en vigueur entre juillet 2022 et juillet 2023, celui-ci avait permis à l'Ukraine d'exporter ses céréales, via la mer Noire, en échange d'une levée des sanctions sur les exportations russes de produits agricoles et d'engrais. Mais pour les experts, ce point à l'ordre du jour est surtout une manière pour Vladimir Poutine de gagner du temps.
Malgré de lourdes pertes, son armée serait en train de gagner de nouveaux territoires. Le président russe entend donc gagner un maximum de terrain, avant d'acter un quelconque cessez-le-feu. D'autant que les soldats russes n'ont pas encore réussi à expulser les troupes ukrainiennes de la région russe frontalière de Koursk.
En revanche, les Ukrainiens et Américains visent, eux, cette semaine, de parvenir à rendre effectif le cessez-le-feu sur les infrastructures énergétiques de l'Ukraine, censé déjà être vigueur depuis le coup de fil entre le président américain et russe la semaine dernière. Car depuis cette discussion, le pilonnage de ces sites énergétiques ukrainiens, n'a pas cessé. L'Ukraine a d'ailleurs répliqué avec des frappes sur certains réservoirs de pétrole russes.
C'est un peu l'éléphant dans la pièce de ces pourparlers : aucun représentant européen n'a été convié. Et ce, alors que l'Ukraine se trouve en Europe, et que l'Union européenne est un soutien diplomatique et financier indéfectible de Kiev depuis le début du conflit.
Malgré cette mise à l'écart, le média spécialisé en géopolitique Le Grand continent note ce lundi que le président français et le Premier ministre britannique « travaillent avec le président ukrainien sur les garanties de sécurité que les pays ''volontaires'' pourront apporter », en Ukraine, en cas d'accord de paix. Un soutien qui s'avérerait crucial, car le président américain a déjà fait savoir qu'il n'en offrirait aucune. Un sommet dans ce but est organisé ce jeudi à Paris par Emmanuel Macron.
En attendant, rappelle la revue dans son analyse, Steve Witkoff, l'envoyé spécial américain, a qualifié les plans européens pour l'Ukraine de « postures », « basées sur une notion simpliste » selon laquelle Européens et Américains doivent être « comme Winston Churchill ». Une ironie qui tente de décrédibiliser la démarche des Européens.