CETA : pourquoi les éleveurs français enragent

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(Crédits : Gaëlle Diabaté Creative Commons)
Parmi les principaux sujets d'inquiétude des éleveurs bovins français: voir débarquer dans les assiettes françaises du boeuf canadien nourri aux farines animales et, avec lui, le souvenir de la maladie de la vache folle (ESB).

À la veille de la ratification par l'Assemblée nationale du traité commercial UE-Canada, le CETA, les éleveurs bovins français sont aux abois. Ils craignent l'arrivée massive de viandes issues d'élevages nourris aux farines animales ou dopés aux antibiotiques.

Le spectre des farines animales

Parmi les principaux sujets d'inquiétude des éleveurs bovins français: voir débarquer dans les assiettes du boeuf canadien nourri aux farines animales et, avec lui, le souvenir de la maladie de la vache folle (ESB).

Pour le ministère de l'Agriculture, cette crainte "n'est pas fondée": "Quand on parle de farines animales, on fait référence aux farines de ruminants, qui ont été à l'origine de la maladie de la vache folle", estime le ministère, faisant valoir que ces produits sont interdits au Canada.

L'Union européenne les a également bannies, mais ne s'est pas arrêtée là, contrairement au Canada: elle a généralisé l'interdiction à ce qu'on appelle les protéines animales transformées, qui sont aussi des farines animales, mais issues de volailles et de porcs.

"Incohérence politique terrible", selon le président de la FNB

Pour le ministère, si cette interdiction perdure, c'est pour des raisons d'acceptation des consommateurs, et non de sécurité sanitaire.

L'interdiction avait été prise après la constatation de contaminations croisées entre les farines de ruminants à l'origine de l'ESB et les farines de porcs et de volailles qui pouvaient être transportées dans les mêmes camions. Mais le ministère affirme que Canadiens comme Européens ont "sécurisé leur circuit de distribution".

"Avant même de savoir si on les réintroduit en Europe, on est prêt à rouvrir notre marché à des viandes issues d'animaux nourris avec des farines animales", s'alarme néanmoins Bruno Dufayet, président de la Fédération nationale bovine (FNB), qui dénonce une "incohérence politique terrible". D'autant plus criante, selon lui, dans le contexte de montée en gamme de l'agriculture française après les États-généraux de l'alimentation. Pour M. Dufayet, "le risque de contamination croisée est toujours présent".

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Les antibiotiques concerneraient tous les pays tiers qui fournissent l'UE

Les éleveurs français s'inquiètent de l'utilisation, outre-Atlantique, d'antibiotiques comme activateurs de croissance. Une pratique qui concerne, selon le ministère "l'ensemble des pays tiers qui fournissent l'UE en viande".

A moyen terme, l'Europe pourrait légiférer sur le sujet: un règlement décidé par le Parlement européen et le Conseil, publié début 2019, "demande à la Commission de prendre des dispositions visant à interdire l'importation à partir de pays tiers qui continuent à autoriser les antibiotiques comme promoteurs de croissance", selon le ministère, qui table sur une entrée en vigueur en janvier 2022. Ce texte est jugé "très bon" par les éleveurs. Seul hic, "l'acte délégué pour le mettre en place n'est pas sorti: ça veut dire que d'ici 2022, on va pouvoir importer sans protéger des antibiotiques", estime M. Dufayet.

Si le texte n'est pas encore devenu effectif, selon lui, c'est parce que l'Europe craint de se faire taper sur les doigts par l'Organisation mondiale du Commerce (OMC), comme dans le dossier du bœuf aux hormones, dans lequel l'OMC avait finalement donné gain de cause aux États-Unis.

Lire aussi : Le retour de la guerre du boeuf aux hormones

Un marché déstabilisé à moyen terme

Les éleveurs bovins n'ont de cesse de dénoncer des conséquences économiques désastreuses pour leur filière, compte tenu des contingents de boeuf que pourront exporter les Canadiens.

Le ministère fait valoir qu'alors que le Ceta est déjà entré en vigueur il y a bientôt deux ans à titre provisoire, la France a importé seulement 119 tonnes équivalent carcasse de bovins canadiens en 2018.

À l'échelle de l'Europe, selon des chiffres canadiens, le pays nord-américain n'a exporté que 1.000 tonnes de viande de bœuf, soit à peine 2% du quota accordé par le Ceta.

"On savait très bien qu'il leur fallait un certain temps pour s'adapter à produire sans hormones", explique toutefois à l'AFP M. Dufayet.

D'autant plus que la diminution des droits de douanes est progressive sur cinq ans, soit autant d'années pour s'adapter aux demandes de l'Europe.

"Ce qui va arriver sur le marché, c'est uniquement les morceaux nobles. Ils vont venir se positionner sur le segment le plus rémunérateur, l'aloyau", déplore l'éleveur auvergnat. Un segment de 400.000 tonnes de viande en Europe, susceptible d'être fragilisé par l'arrivée d'un contingent de 65.000 tonnes de bœuf canadien, tel que prévu par l'accord.

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a écrit le 16/07/2019 à 18:27 :
Il existe des solutions pour éviter les problèmes:
1- Manger moins de viande
2 - Ne manger que de la viande issue d'un producteur transformateur que l'on CONNAÎT !
3 - Bannir les produits transformés qui contiennent des viandes dont on ne connait pas la provenance ( sans compter toutes substances, additifs nocifs ajoutés....)
4 - Au restaurant et à son boucher (le cas échéant) demander l'origine de la viande servie.
Tout doit être Français et si possible Bio. C'est un service à rendre à nos BONS agriculteurs/éleveurs.
Réponse de le 17/07/2019 à 3:24 :
ce CETA ne concerne pas QUE la viande : alors on mange quoi ?......des insectes ?
Réponse de le 24/07/2019 à 12:51 :
Le problème n'est pas individuel ... Que dire de la restauration collective où mangent des millions d'enfants, d'étudiants, de salariés ? Que dire des restaurants et autres centre de vacances ? Tout ce beau monde sera soumis à la concurrence qui les obligera à choisir le moins cher pour s'en sortir. Alors, seuls les riches pourront se payer des produits saints ... Quant aux agriculteurs, ils sont eux mêmes victimes de leurs inactions car ils n'ont jamais protesté contre leur modèle productivisme terrifiant ....
a écrit le 16/07/2019 à 17:13 :
Bonjour,
Les Francais toujours à pleurer sur leur sort au lieu de faire face et de se battre. Dès qu'il ya un problème c'est la faute du gouvernement mais jamais la leur. C'est pour cela que nous sommes un petit pays qui se plaint tout le temps. Redressons nous et battons nous!!!
Réponse de le 17/07/2019 à 6:34 :
Helas pour vous, vous allez etre bien seul.
Remember de Gaulle :
" les francais etc..."
Réponse de le 17/07/2019 à 9:32 :
Les Français déplorent qu'on les mette devant les faits accomplis. La démarche est absolument contraire à la démocratie. Qu ils râlent me paraît salutaire.
a écrit le 16/07/2019 à 17:01 :
C’était une mauvaise idée parmi tant d’autres… Dans les années 70, on conseillait aux agriculteurs de recycler les pneus aux champs. Des pneus qui servaient aussi à maintenir les bâches des fourrages.Il aura fallu attendre 2015 pour se rendre enfin compte que ces pneus sont justement à l’origine de l’une des premières causes de pathologie chez les vaches : « la maladie de la quincaillerie ». Une maladie pouvant provoquer abcès, péritonites, fièvre, perte d’appétit et bien sûr baisse de la production de lait.Une convention doit être signée aujourd’hui pour récupérer les millions de pneus qui végètent dans les champs et finissent, sous forme de particules, dans l’estomac des bovins.À cause de ces pneus permettant de maintenir les bâches d’ensilage pour protéger le fourrage, ce sont chaque année 60.000 bovins qui seraient atteints de tumeurs et d’infections. En effet, au fil du temps, ces pneus se décomposent en micro-particules de caoutchouc, qui finissent irrémédiablement dans l’estomac des ruminants.Enfin, un accord va être signé avec la filière pneumatique. Des fabricants tel que Michelin vont s’engager à récupérer à leurs frais les pneus des exploitations agricoles. Cette mise en application concrète du principe du pollueur-payeur devrait déboucher sur la récupération chaque année de 15.000 tonnes de déchets par an, soit 2,4 millions de pneus.
a écrit le 16/07/2019 à 13:53 :
nos politiques qui recourent a un habile subterfuge seront tous perdant.. au lieu de protéger notre agriculture
a écrit le 16/07/2019 à 13:49 :
"l'ensemble des pays tiers qui fournissent l'UE en viande"
l'UE produit moins que ses besoins ? Ou c'est "obligatoire" d'en acheter aux autres pays de la planète (libre échange) ? Si on en mange de moins en moins mais meilleure donc plus chère (à défaut de s'en passer, emplois français en jeu), ces quantités deviendront quoi ? Des plats préparés exportés ?
Il parait (radio ce matin) que le Ceta est vivant, sera donc réajusté (par qui ?) au fil du temps, à savoir si un accord aux 27+1 sera demandé à chaque changement, ou si ça sera un acquis : signé donc OK sur toute la durée.

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