Chine-Inde : la visite de Modi, ou le pragmatisme économique face aux tensions géopolitiques
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Les tensions entre Chine et Inde se manifestent le long d’une frontière de 3 500 kilomètres, avec des incidents récurrents.
STRINGER
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Les tensions entre Chine et Inde se manifestent le long d’une frontière de 3 500 kilomètres, avec des incidents récurrents.
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Annoncée ce mardi, la visite du Premier ministre indien, Narendra Modi, à la fin août en Chine pour le sommet de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS), une première depuis 2018, marque une étape significative. Ce déplacement, sur fond de « nouvelle dynamique » diplomatique, révèle une complexe partie d'échecs, où la nécessité économique tente de prendre le pas sur une méfiance géopolitique profonde, héritée notamment du conflit frontalier de 2020.
La nouvelle a été officialisée par le conseiller à la sécurité nationale indien, Ajit Doval : Narendra Modi se rendra bien à Tianjin les 31 août et 1er septembre. Cette participation au sommet de l'OCS met fin à sept années sans visite officielle du chef du gouvernement indien en Chine. Un déplacement auquel Pékin « accorde une grande importance », selon les mots de son ministre des Affaires étrangères, Wang Yi, en visite à New Delhi. Ce dernier a insisté sur le fait qu'une « relation saine et stable » servait les « intérêts fondamentaux » des deux géants asiatiques. Pourtant, ce réchauffement rhétorique survient alors que le souvenir du conflit meurtrier de 2020 dans l'Himalaya est encore vif et que les deux puissances continuent leur « lutte d'influence » en Asie du Sud.
Les déclarations se veulent résolument optimistes. Côté indien, M. Doval évoque une « nouvelle dynamique » dans les relations. Côté chinois, Wang Yi a exhorté son homologue, Subrahmanyam Jaishankar, à voir l'autre pays comme « un partenaire et une opportunité et non comme un adversaire ». Ces paroles apaisantes contrastent fortement avec la réalité stratégique. La frontière himalayenne, longue de plusieurs milliers de kilomètres, reste une zone de tensions militaires où les deux armées se font face. Le rapprochement diplomatique affiché ne saurait effacer la compétition structurelle qui oppose les deux pays les plus peuplés de la planète, chacun cherchant à étendre son influence sur ses voisins.
Ce paradoxe entre le discours et les faits souligne la nature pragmatique de ce dégel. Moins qu'une réconciliation stratégique, il s'agit d'une reconnaissance mutuelle que le dialogue est préférable à la confrontation, surtout lorsque des intérêts économiques majeurs sont en jeu. La rencontre prévue entre Narendra Modi et les dirigeants chinois sera scrutée de près pour évaluer si ce nouvel élan peut se traduire par des mesures concrètes de désescalade le long de la frontière.
New Delhi et Pékin, confrontés aux droits de douane qui leur sont imposés par le président américain Donald Trump, souhaitent cependant se rapprocher. La logique d'un monde commercial fragmenté et les effets de ces politiques protectionnistes poussent les deux puissances à sécuriser leurs propres voies d'échanges. L'agenda de la visite est d'ailleurs explicitement économique. En tête des discussions figure la reprise des relations commerciales directes le long de la frontière himalayenne, interrompues depuis le conflit.
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Relancer ces flux n'est pas anodin. Il s'agit de rouvrir des routes commerciales vitales pour les populations locales et de matérialiser la volonté de normalisation. S'y ajoutent la discussion sur la reprise des vols directs et la réintroduction des visas touristiques. Ces mesures, si elles sont adoptées, visent à recréer des liens économiques et humains qui se sont distendus, facilitant les voyages d'affaires et stimulant un secteur touristique bilatéral à fort potentiel. C'est bien avec ces mesures pratiques et mutuellement bénéfiques que Pékin et New Delhi espèrent reconstruire une confiance aujourd'hui largement érodée.
Cette main tendue vers Pékin illustre parfaitement le « grand écart » de la diplomatie indienne. Tout en cherchant à apaiser les tensions avec son voisin du nord, l'Inde reste un pilier du Dialogue quadrilatéral pour la sécurité (Quad). Cette alliance stratégique, qui la lie aux États-Unis, à l'Australie et au Japon, est considérée comme un forum destiné à contrer l'influence croissante de la Chine dans la région indo-pacifique. La participation active de New Delhi à ce format sécuritaire est un élément central de sa politique étrangère, visant à faire contrepoids à la puissance chinoise.
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La visite de Narendra Modi à un sommet de l'OCS, une organisation souvent perçue comme une contrepartie à l'influence occidentale, tout en étant un membre clé du Quad, démontre la volonté de l'Inde de ne s'aligner complètement sur aucun bloc. New Delhi poursuit une politique de « multi-alignement », dialoguant avec tous les acteurs pour maximiser ses intérêts stratégiques et économiques. Ce voyage en Chine est donc moins le signe d'un basculement d'alliance que la confirmation d'une politique étrangère pragmatique, où la coopération économique avec un rival n'exclut pas la constitution d'alliances sécuritaires pour s'en prémunir.
(Avec agences.)
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