Droits de douane : pourquoi Trump n'a toujours pas réussi à faire plier la Chine

Maxime Heuze

Donald Trump, qui a fait du bras de fer avec Pékin un argument phare de sa campagne, semble chercher à trouver un accord avec la Chine.
Evelyn Hockstein

Maxime Heuze

Donald Trump, qui a fait du bras de fer avec Pékin un argument phare de sa campagne, semble chercher à trouver un accord avec la Chine.
Evelyn Hockstein
Le bras de fer entre Donald Trump et Xi Jinping continue. Le président américain a décidé de reconduire, pour 90 jours, la trêve dans sa guerre commerciale avec la Chine. Washington va donc continuer à taxer les produits chinois à 30 % jusqu'au 10 novembre, tandis que Pékin taxera les produits américains à 10 %.
Le républicain avait laissé planer, jusqu'ici, la menace du retour de 145 % de taxes douanières pour les produits chinois arrivant sur le sol américain, alors que Pékin prévoyait de surtaxer les produits américains à hauteur de 125 %.
👉 Pour en savoir plus : États-Unis-Chine, vers un retour des droits de douane au-delà de 100 %, faute de trêve prolongée
Mais Donald Trump, qui a fait du bras de fer contre Pékin un argument phare de sa campagne, semble tenir à un accord avec la Chine. Il faut dire que Pékin a des arguments et des armes.
Le gouvernement avait d'abord ciblé les avionneurs américains, à la mi-avril, en demandant aux compagnies chinoises de cesser la réception de livraison d'avions venant de Boeing et de pièces détachées fabriquées aux États-Unis. Un vrai coup dur pour l'avionneur américain déjà en difficulté. Le marché chinois représente environ 10 % du carnet de commandes commerciales de Boeing, qui considère le pays comme un marché important et en pleine croissance.
👉 Pour aller plus loin : comment la Chine a fait de Boeing un moyen de pression sur les États-Unis
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Surtout, pour faire pression sur Washington, la République populaire a sorti son joker : les terres rares.
Le 4 avril, la Chine a décidé de restreindre les exportations de certaines terres rares stratégiques. Une décision qui fait craindre une pénurie mondiale, étant donné que Pékin domine quasi-tout le secteur. Or, ces matériaux sont cruciaux pour les entreprises d'aéronautique civile et militaire (moteurs à réaction), les fabricants d'armes (drones, missiles, robots), de panneaux solaires et d'éoliennes, les constructeurs de voitures électriques, les entreprises de l'imagerie médicale. Et, bien sûr, les firmes de la tech (smartphones, ordinateurs, disques durs, objets connectés).
👉 Lisez l'article de Mathieu Viviani : restreindre l'export des terres rares, cette arme de la Chine contre les États-Unis
De l'autre côté, les États-Unis ont tenté d'empêcher la Chine de poursuivre son développement technologique, en interdisant aux fonderies de semi-conducteurs d'y exporter leurs puces les plus avancées.
👉 Cliquez ici : comment Pékin a gagné la guerre des semi-conducteurs
Insuffisant pour bloquer Pékin, qui a réussi à développer ses propres modèles d'intelligence artificielle et même des smartphones de pointe sans puces américaines. « Les géants chinois ont utilisé leur grand nombre d'ingénieurs pour développer des technologies avancées, malgré le manque de puces haut de gamme », explique à La Tribune Jean-Christophe Eloy, président de Yole Group.
Voyant que la guerre commerciale n'évoluait pas tel qu'il l'avait prévu, Donald Trump a tenté une autre stratégie. Le président américain a sommé l'Union européenne de participer à sa guerre commerciale en imposant, elle aussi, des surtaxes sur les produits chinois.
👉 Pour aller plus loin : l'Europe sommée par Trump de choisir son camp face à la Chine
Mais Bruxelles lui a tenu tête. Pour la Commission, s'aligner totalement sur les États-Unis reviendrait à sacrifier son autonomie diplomatique et commerciale.
Un autre revers lui a, cette fois, même été infligé aux États-Unis. Les agriculteurs américains, fervents soutiens de Trump, pourraient être les premières victimes de la guerre commerciale en cours. La Chine est le troisième débouché commercial pour les produits agricoles américains, après le Mexique et le Canada. En 2024, il pesait 24,6 milliards de dollars (22,4 milliards d'euros). « Pour le soja américain, la Chine est même le principal marché : les Américains y écoulent plus de la moitié de leurs exportations », analyse Christian Ligeard, conseiller pour les affaires agricoles de l'ambassade de France à Washington.
👉 Ici, l'article de Giulietta Gamberini : l'escalade avec la Chine nuit aux agriculteurs pro-Trump
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Conscient de l'importance de son rival d'extrême-Orient pour ses exportations, dans la nuit de dimanche à lundi, le président américain a publié un message sur sa plateforme Truth Social, appelant la Chine à « quadrupler ses achats de soja américain ». Autant d'arguments qui laissent à croire que Donald Trump préférerait conclure cette guerre commerciale avec un accord, plutôt que des droits de douane.
Maxime Heuze