Chine : quatre choses à savoir sur le futur plus grand barrage de l’histoire

Le barrage des Trois Gorges est aujourd'hui le plus grand au monde (photo d'illustration).
Reuters/Stringer via CHINA OUT

Le barrage des Trois Gorges est aujourd'hui le plus grand au monde (photo d'illustration).
Reuters/Stringer via CHINA OUT
Le plus grand barrage hydroélectrique de l'histoire... rien que ça. C'est ce qu'ambitionne de construire la Chine au pied de la chaîne himalayenne, dans la province chinoise autonome du Tibet. Baptisé « barrage de Motuo », cet ouvrage gigantesque dépassera de trois fois la capacité de production de son grand frère, le célèbre barrage des Trois-Gorges mis en service en 2003, sur les bords du fleuve Yangtsé.
Fait intriguant : lors de son approbation officielle il y a quelques jours, le lieu précis du futur ouvrage, et sa date prévisionnelle de mise en route, n'ont pas été dévoilés par les autorités chinoises. Une manière de ménager l'Inde voisine, sur ses gardes quant aux velléités chinoises en matière de ressources en eau ? En quatre points, voici ce qu'il faut savoir sur ce projet de tous les superlatifs.
La situation géographique du barrage est déjà singulière en soi. Celui-ci sera construit sur le Yarlung Zangbo, considéré comme le plus haut fleuve de la planète. Par ailleurs, l'ouvrage sera placé au fond d'un immense canyon, situé en contrebas de la montagne Namcha Barwa, haute de 7 782 mètres. Cette position géographique permettra, selon les ingénieurs chinois, de bénéficier d'un dénivelé de 2 500 mètres, et ce, sur une distance courte de seulement 50 km.
Un atout clef qui permettra à l'ouvrage de délivrer une puissance électrique sans équivalent, soit 60 gigawatts, selon les projections. Soit presque l'équivalent du parc nucléaire français dans son ensemble (61,4 GW, ou 63 en incluant l'EPR de Flamanville). En comparaison, l'actuel barrage des Trois-Gorges ne bénéficie que de 113 mètres de pente, et délivre 22 gigawatts d'électricité. Ce qui est déjà énorme.
« Il s'agit d'une contribution majeure à la transition de la Chine à une énergie verte et bas carbone ». Prononcés par Chine nouvelle, l'agence de presse étatique, ces mots résument l'objectif de ce méga projet : décarboner efficacement l'électricité chinoise, aujourd'hui encore dépendante à 60 % du charbon. Et ce, malgré le fait que la Chine soit le premier producteur d'énergies renouvelables dans le monde (solaire et éolien), avec une capacité de 1 400 gigawatts environ. Pékin vise par ailleurs la neutralité carbone en 2060.
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« La Chine considère que l'hydroélectricité issue de cette zone, et transférée ensuite vers l'est du pays, est un des moyens de réduire sa dépendance aux énergies fossiles, même si les populations locales s'en trouvent affectées », confirmait il y a peu Amit Ranjan, un chercheur à l'université nationale de Singapour, dans les colonnes du Monde.
Justement. Si l'agence Chine nouvelle met en avant l'amélioration du niveau de vie « de tous les groupes ethniques du Tibet » (distribution électrique, transports, services commerciaux, emplois), plusieurs ONG redoutent un déplacement « forcé » des populations vivant dans des villages de la zone. Soit 1,2 million de personnes, selon un rapport récent de l'organisation « International campaign for Tibet » (ICT). Avec derrière, la menace de destruction de certains temples et monastères.
Autres risques potentiels : des glissements de terrain et des inondations provoqués par les gigantesques travaux à venir. Sans compter la menace de destruction de faunes et flores locales, la région étant connue pour abriter des félins sauvages rares.
Si le barrage de Mutuo fait déjà largement parler de lui, la communication du gouvernement chinois reste, elle, très parcellaire. En effet, Pékin n'a pour l'heure donné aucunes indications sur le lieu précis de construction, mais surtout, aucune date de début de chantier. Une démarche précautionneuse qui ne doit rien au hasard.
Après avoir traversé sa partie chinoise (2.057 kilomètres), le fleuve d'altitude Yarlung Zangbo pénètre ensuite en Inde, puis le Bangladesh, pour se jeter dans l'océan. Les deux pays redoutent clairement un accaparement de l'eau par la Chine. Ce dont elle s'est défendue plusieurs fois en assurant que chaque partie sera respectée.
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En tout état de cause, le passif du pays en la matière pose question. Certains États voisins comme le Laos, le Vietnam, ou le Cambodge accusent régulièrement Pékin d'assécher un autre méga fleuve, le Mékong, à cause de ses immenses barrages. En sachant que cet autre fleuve fait vivre des millions de riverains, notamment via l'activité de pêche. D'après l'ONG ICT, 193 barrages hydroélectriques sont en cours de construction ou à l'étude par les autorités chinoises.