L'économie circulaire, avenir de l'agriculture ?

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La déclinaison la mieux identifiée de l'économie circulaire agricole est sans doute la méthanisation, à savoir la valorisation énergétique des résidus des activités agricoles et de l'industrie agroalimentaire, mais aussi de déchets des collectivités.
La déclinaison la mieux identifiée de l'économie circulaire agricole est sans doute la méthanisation, à savoir la valorisation énergétique des résidus des activités agricoles et de l'industrie agroalimentaire, mais aussi de déchets des collectivités. (Crédits : DR)
Pour la première fois cette année, le Salon international de l'agriculture (SIA), qui s'est ouvert samedi à Paris, met en avant l'économie circulaire. Malgré la multiplication des bonnes pratiques, divers obstacles s'opposent toutefois encore à son essor.

Initialement cantonnée aux secteurs des déchets et du recyclage, mais de plus en plus présente dans les projets, voire dans les modèles économiques de l'industrie et du commerce, la notion d'économie circulaire s'ouvre désormais une brèche aussi chez les agriculteurs. Preuve de ce nouvel intérêt : pour la première fois cette année, le Salon international de l'agriculture (SIA), qui se tiendra à Paris du 23 février au 3 mars, met en avant le sujet dans son dossier de presse, en consacrant une bonne dizaine de pages à ses effets positifs.

Car pour le secteur agricole, responsable d'un quart des émissions de gaz à effet de serre mondiales et de quasiment trois quarts de la consommation d'eau, et confronté en France à une crise économique et de légitimité sans précédent, un modèle fondé sur une utilisation plus efficace des ressources peut présenter des avantages bien spécifiques. Comme le souligne l'Ademe, non seulement il garantit une amélioration de l'impact environnemental de la production comme de la distribution des aliments, mais il permet également aux agriculteurs de valoriser des cultures intermédiaires, de diversifier leurs revenus, de maintenir des emplois sur les territoires, ainsi que de renouer des liens avec l'ensemble des acteurs agroalimentaires de proximité comme avec les consommateurs. Mieux, ces avantages sont même susceptibles de se répercuter dans d'autres secteurs économiques :

« Les systèmes agricoles et agroalimentaires sont essentiels pour contribuer à la transition de l'ensemble de la société vers une économie circulaire », observe en effet l'Institut de l'économie circulaire (Inec), en faisant référence aux matières premières renouvelables et aux services écosystémiques que peut fournir l'agriculture.

80% du potentiel méthanogène français détenu par les agriculteurs

Alors, quels visages prend aujourd'hui l'économie circulaire dans l'agriculture ? La déclinaison la mieux identifiée est sans doute la méthanisation, autrement dit la valorisation énergétique des résidus des activités agricoles et de l'industrie agroalimentaire, mais aussi des déchets des collectivités. Energie renouvelable, le biogaz issu du processus peut soit être brûlé pour produire de l'électricité et de la chaleur (cogénération), soit, après épuration, être injecté dans le réseau de gaz sous forme de biométhane.

Selon le dernier bilan du Syndicat des énergies renouvelables (SER), la France compte aujourd'hui quelque 592 unités de méthanisation, pour la plupart situées à la ferme, dont 44 injectant du biométhane. Ce sont en effet les agriculteurs qui, grâce aux bio-déchets qu'ils produisent, détiennent aujourd'hui 80% du potentiel méthanogène français - le reste provenant des stations d'épuration de l'eau et des déchets ménagers. Ils peuvent soit installer leur propre unité, soit être associés à l'installation d'une collective territoriale.

Essentielle pour verdir l'offre d'électricité et de gaz comme pour réduire les déchets enfouis, la méthanisation permet de produire « 1 mégawattheure d'énergie ainsi que 3,4 tonnes d'engrais et de digestat à partir de quatre tonnes de matière organique », a expliqué à La Tribune Frédéric Flipo, directeur général délégué d'Evergaz, entreprise qui installe des unités de production de biogaz depuis 2008.

En 2015, selon une étude de l'Ademe, les ventes de biogaz ont atteint 88 millions d'euros. Et les économies d'intrants peuvent se chiffrer en centaines d'euros par hectare, calcule Frédéric Flipo, sans compter que dans l'avenir « la production de digestat pourrait trouver de nouveaux marchés », notamment auprès des actuels producteurs d'intrants chimiques, qui observent attentivement l'émergence d'alternatives moins polluantes.

Lire aussi : Pourquoi le gouvernement veut accélérer l'essor du biogaz en France

Alternative à la méthanisation, le compostage peut lui aussi présenter d'importants atouts pour les agriculteurs. Selon la Fédération nationale des activités de la dépollution et de l'environnement (Fnade), 40% des sols français seraient en effet déficitaires en matière organique, et éviter le recours aux fertilisants de synthèse sur 5% des terres agricoles permettrait une économie de 2,5 milliards d'euros.

S'y ajouteraient entre 50 et 350 euros d'économies par hectare en termes d'irrigation - les apports de compost multipliant par quatre la capacité de rétention d'eau des sols. Sans compter les bénéfices pour l'environnement : le retour au sol du compost permettrait d'éviter l'émission de 23 tonnes d'équivalent CO2 par hectare.

Lire aussi : Les biodéchets, futur chantier des déchets

Des produits bio-sourcés à l'agro-écologie

Dès lors qu'elle est obtenue à partir de co-produits agricoles ou de bio-déchets, la production de certains biocarburants et matériaux biosourcés peut également être considérée comme une application de l'économie circulaire à l'agriculture. C'est le cas par exemple du bioéthanol, produit à partir des résidus de sucreries et d'amidonneries, récemment admis dans la catégorie des biocarburants de seconde génération (n'entrant pas en concurrence avec l'alimentation). C'est également le cas de la paille, qui se fraie une place dans l'éco-construction. L'avantage est alors d'éviter les émissions de gaz à effet de serre liées à l'extraction de matières fossiles, tout en réduisant la production de déchets.

Mais de nouveaux revenus ou emplois locaux sont aussi au rendez-vous. Ainsi à Sauges (Haute-Loire), la redynamisation d'une filière économique historique autour de la laine - incluant production, transformation, commercialisation, mais aussi valorisation patrimoniale des savoir-faire et tourisme -, a permis de créer 30 emplois directs et plusieurs dizaines d'emplois indirects en zone rurale, note l'Ademe.

Mais l'économie circulaire en agriculture inclut également la réduction du gaspillage alimentaire, favorisée surtout par de nouvelles relations contractuelles avec les distributeurs ainsi que par de nouvelles technologies alliant, par exemple, la reconnaissance faciale à l'intelligence artificielle. Elle comprend encore - dès lors qu'ils réduisent les externalités liées au transport des aliments -, les innombrables circuits courts qui fleurissent à travers la France, ainsi que toute démarche de réduction des emballages alimentaires.

Selon une vision encore plus globale de l'économie circulaire, on peut enfin y inscrire l'agro-écologie qui, en ré-associant cultures et élevage, en valorisant les coproduits des filières agroalimentaires en alimentation animale et les déjections animales en engrais, « reboucle et recouple les cycles de l'azote et du carbone », souligne l'Ademe. Au-delà des économies découlant d'une moindre utilisation d'intrants, elle bénéficie de plus en plus souvent de meilleurs prix de vente pour ses produits. Enfin, on peut même compter dans l'économie circulaire l'agriculture urbaine, qui encourage l'émergence de circuits courts aussi en ville, et qui parfois applique des modèles intégralement circulaires comme le fait l'aquaponie, associant la culture de végétaux hors sol et l'élevage de poissons.

Une coopération entre tous les acteurs

Malgré la multiplication des bonnes pratiques, divers obstacles s'opposent toutefois encore à l'essor de l'économie circulaire en agriculture. Ils sont parfois politiques, comme dans le cas du biogaz, dont la filière vient d'éprouver une lourde déception. Après avoir l'avoir promu en 2018, en s'engageant à adopter une quinzaine de mesures de soutien issues d'un groupe de travail ad hoc, le gouvernement a en effet finalement réduit dans son document de synthèse de la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) l'objectif de gaz renouvelable déterminé pour la France à l'horizon 2030 : il est désormais établi à 7%, alors que la loi de transition énergétique de 2015 le fixait à 10% et que certains acteurs (GRDF, soutenu par l'Ademe), l'espéraient à 30% !

Un recul qui, craignent ses acteurs, risque de stopper le développement de la filière. Par ailleurs, comme l'ont montré les polémiques autour de l'essor des biocarburants, l'utilisation de la biomasse à des fins énergétiques ou pour la création de matériaux biosourcés est suspendue à des arbitrages sensibles quant à l'usage des sols. Son avenir dépend donc essentiellement de la recherche de complémentarités territoriales optimisant l'utilisation des ressources.

Dans le cas du compostage et de l'épandage de digestat, des obstacles réglementaires entrent aussi en ligne de compte. Les procédures d'autorisation sont souvent complexes et les contentieux nombreux, notamment là où diverses activités (agriculture, déchets, environnement, énergie, santé) se croisent. Cette complexité, s'ajoutant au manque de capitaux propres, et aux difficultés à trouver un modèle économique viable, fait obstacle à nombre de projets portés par les agriculteurs. Quant à l'agro-écologie et à l'agriculture urbaine, les limites sont parfois même intrinsèques à la taille restreinte des exploitations.

Dans tous les cas, les démarches d'économie circulaire demandent surtout la  coopération entre tous les acteurs de la chaîne. Pour cette raison, l'échelle territoriale reste incontournable pour la connaissance et la mobilisation des ressources (activités agricoles, industrie agroalimentaire, déchets des collectivités) disponibles, souligne l'Ademe, qui insiste le rôle d'accompagnement des filières. L'agence souligne aussi le potentiel des projets alimentaires territoriaux (PAT) pour rapprocher l'ensemble des acteurs, et notamment les consommateurs des producteurs, et donc encourager davantage de pratiques agricoles circulaires.

À Mouans-Sartoux (Alpes-Maritimes), cela a fonctionné : le projet alimentaire territorial élaboré en 2016 (intégrant approvisionnement durable, éco-conception, consommation responsable et recyclage) a permis de structurer une filière locale de production agricole et d'ainsi, malgré la forte pression foncière dans la région, préserver voire augmenter les surfaces agricoles.

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a écrit le 26/02/2019 à 8:25 :
Un intérêt très limité, en volume (88 millions = mea-nuts), et économiquement (rien ne marche sans aide de l'état), sans que le modèle prôné par ses développeurs soit bien assuré: les avantages environnementaux restent à démontrer, les nuisances existent. La France se perd dans des promesses écolos intellectuelles..
a écrit le 25/02/2019 à 21:47 :
Bonsoir,
Etrange cercle vertueux cette économie circulaire de l'agriculture. Un exemple: si la méthanisation est prise comme exemple, comment vanter les mérites du compostage qui enrichit (lui !) le sol ? Le compostage disparaît si on méthanise les résidus ...
A-t-on vraiment calculé les émission GES dues aux épandages de digestat ?
L'engrai-digestat de méthanisation est un mauvais engrais ...
sincèrement
Réponse de le 26/02/2019 à 12:22 :
@Chateigner : tout à fait !
Les jean-foutre qui "s'occupent" d'agriculture n'ont jamais mis les main dans la bouse de vache, je me demande si leur prise de parole ne devrait pas être interdite !
le travail "sans labour" [permaculture] avec utilisation du compost en butte donne des résultats significatifs tant quantitatifs que qualitatifs avec 30 à 50% d'arrosage en moins.
a écrit le 25/02/2019 à 14:56 :
Le dogme productiviste de Bruxelles est en contradiction avec la production agricole basé sur la récupération du carbone par le sol! Le NPK est toujours sa base de travail avec son indispensable motorisation!
a écrit le 25/02/2019 à 12:12 :
Beaucoup de mots mâtinés d'un langage pseudo technique pour vanter une agriculture circulaire qui n'est autre que l'image du chien qui de mord la queue, tourne en rond de plus en plus vite pour finalement se rendre compte qu'il n'est pas plus mal dans sa niche à regarder l'agitation des hommes...en rêvant d'un bon vieil os en lieu et place de son bol de croquettes industrielles.

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