UE, Suisse, Canada… Les droits de douane entrent en vigueur ce jeudi

Donald Trump a signé jeudi dernier un décret listant le nouveau montant des surtaxes, qui visent des dizaines de pays dans le monde.
Dado Ruvic

Donald Trump a signé jeudi dernier un décret listant le nouveau montant des surtaxes, qui visent des dizaines de pays dans le monde.
Dado Ruvic
[Article publié le 9 juillet 2025 et mis à jour le 7 août 2025]
C'est enfin le grand jour pour les droits de douane de Trump. Après avoir d'abord été reportées du 9 juillet au 1er août, les surtaxes américaines sont officiellement entrées en vigueur ce jeudi. Le président américain a signé jeudi dernier un décret listant le nouveau montant des surtaxes, qui visent des dizaines de pays dans le monde.
Tous les pays du monde étaient déjà visés par une surtaxe plancher de 10 % depuis avril, qui s'additionne avec les droits de douane qui existaient au préalable. Mais pour une grande partie des États, dont les poids lourds du commerce mondial (Union européenne, Japon, Corée du Sud, notamment), la surtaxe est relevée. La Tribune fait le point sur les droits de douane qui s'appliquent, pays par pays.
Le président américain Donald Trump et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen ont annoncé dimanche en Écosse un accord douanier prévoyant que les produits européens exportés aux États-Unis soient taxés à 15 %. Avec l'espoir d'éviter une escalade commerciale, l'UE s'est aussi engagée à 750 milliards de dollars d'achats d'énergie - visant notamment à remplacer le gaz russe - et à 600 milliards d'investissements supplémentaires aux États-Unis.
Certains secteurs stratégiques comme l'aéronautique et certains produits chimiques ou encore agricoles devraient être exemptés. Mais la liste détaillée n'a pas encore été fournie. Du flou persiste autour des alcools et du vin : de nouvelles discussions doivent avoir lieu sur ce sujet. Concernant le secteur pharmaceutique et les semi-conducteurs, qui étaient menacés de 200 % de surtaxes, l'accord prévoit finalement 15 %.
En mai, Londres et Washington ont conclu un accord prévoyant la réduction de 27,5 % à 10 % les droits de douane sur les voitures (dans la limite de 100 000 véhicules par an). Il inclut également une baisse des droits, aujourd'hui de 10 %, sur le secteur aérospatial comme, par exemple, sur les moteurs d'avion du fleuron britannique Rolls Royce. Le reste des importations de produits manufacturiers britanniques reste soumis aux nouveaux droits de douane de 10 % imposés par Donald Trump au Royaume-Uni.
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La Suisse écope d'une surtaxe de 39 %, bien davantage que ce qui lui avait été promis en avril (31 %). Le gouvernement fédéral suisse a pris acte de cette décision vendredi « avec grand regret », mais veut croire à « une solution négociée ».
Le Canada voit les droits de douane appliqués à ses produits passer de 25 % à 35 %, sauf s'ils sont couverts par l'accord de libre-échange entre les trois pays d'Amérique du Nord. Son Premier ministre Mark Carney s'est dit « déçu », mais a appelé à « acheter canadien et diversifier [les] marchés d'exportation » de son pays. Ottawa n'a pas coopéré afin de réduire le flot de fentanyl et autres drogues entrant aux États-Unis, selon la Maison-Blanche. Donald Trump a aussi jugé un accord « très difficile » en cas de reconnaissance de la Palestine par le Canada, envisagée par Mark Carney.
Mexico et Washington chercheront un accord de « long terme » sur les droits de douane après la prolongation pendant 90 jours des taxes actuelles sur les produits mexicains par les États-Unis, qui menaçaient leur voisin d'une surtaxe de 30 %, a déclaré jeudi dernier la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum. Si le Mexique a réussi à échapper pour l'instant aux droits de douane généraux de 30 % sur ses exportations, son secteur automobile sera soumis à des droits de douane de 25 % alors qu'en mai il avait obtenu que Washington les réduise à 15 %.
Donald Trump a signé mercredi dernier un décret imposant 40 points de pourcentage de droits de douane supplémentaires sur les produits brésilien, ce qui porte la surtaxe à 50 %, a annoncé la Maison-Blanche. Le président américain avait menacé ces dernières semaines Brasilia d'imposer une telle surtaxe en représailles aux poursuites lancées contre l'ex-président brésilien Jair Bolsonaro, poursuivi pour une tentative de coup d'État après sa défaite lors de l'élection présidentielle en 2022. Une action judiciaire qualifiée par le président américain de « chasse aux sorcières ».
Les produits japonais importés aux États-Unis sont surtaxés à 15 %, bien en deçà de la surtaxe de 25 % dont l'archipel était menacé. Tokyo a en particulier obtenu des droits de douane totaux de 15 % pour son crucial secteur automobile, qui représentait l'an dernier presque 30 % des exportations du Japon vers les États-Unis et est actuellement soumis à une surtaxe de 25 %. Par ailleurs, les surtaxes de 50 % sur les exportations japonaises d'acier et d'aluminium continuent de s'appliquer.
Les États-Unis ont accepté d'abandonner leur projet de surtaxer à 46 % les produits made in Vietnam, taux prohibitif qu'ils justifiaient par le déficit commercial de 123 milliards de dollars en 2024 - le troisième plus important après la Chine et le Mexique. Les importations en provenance du Vietnam ne sont finalement frappées que d'une surtaxe de 20 %, taux cependant doublé à 40 % pour les produits conçus ailleurs qui ne font que transiter par le pays, par des méthodes dites de transbordement. Mais aucun détail n'a été donné sur ce qui définirait de tels produits (proportion de composants étrangers, par exemple), attisant les spéculations.
Donald Trump a déclaré mercredi dernier avoir trouvé un accord commercial avec la Corée du Sud, prévoyant l'application de 15 % de droits de douane aux produits coréens entrant aux États-Unis. « Nous sommes parvenus à un accord sur des droits de douane de 15 % pour la Corée du Sud », a écrit le président américain sur sa plateforme Truth Social, soulignant que Séoul s'est engagé à investir 350 milliards de dollars aux États-Unis. La Corée du Sud échappe ainsi à une menace initiale de 25 % de surtaxes.
Le président américain a annoncé le 16 juillet sur son réseau Truth Social être parvenu à un accord commercial avec l'Indonésie, qui devrait limiter les droits de douane imposés aux produits indonésiens à 19 %, contre 32 % envisagés initialement. L'Indonésie s'était engagée le 8 juillet à importer davantage de produits agricoles et de pétrole américains, afin de chercher à amadouer Washington en vue d'éviter une hausse trop brutale des droits de douane appliqués à ses produits.
Taïwan est visé par une surtaxe de 20 %, mais il s'agit d'un taux « temporaire (...) avec la possibilité d'une baisse supplémentaire en cas d'accord », a assuré le président taïwanais Lai Ching-te. Son gouvernement « s'efforcera d'obtenir un niveau raisonnable de droits de douane », insiste-t-il. Le report de l'application des nouvelles taxes au 7 août offre une fenêtre pour d'ultimes pourparlers. Les entrepreneurs taïwanais craignent que les droits de 15 % imposés par Washington au Japon et à la Corée du Sud ne confèrent aux firmes de ces pays un avantage concurrentiel.
Le Cambodge et la Thaïlande écopent de surtaxes à 19 %, dans la foulée d'une trêve entre les deux pays après plusieurs jours de conflit. Phnom Penh avait été initialement menacé de 49 % et Bangkok de 36 %. La Thaïlande a salué ce vendredi comme un « succès majeur » l'annonce de ces surtaxes américaines rabotées. « Il s'agit d'une approche gagnant-gagnant visant à préserver la base exportatrice et la stabilité économique à long terme de la Thaïlande », a assuré le porte-parole du gouvernement, Jirayu Huangsab. « C'est la meilleure nouvelle pour le peuple et l'économie du Cambodge, afin de poursuivre le développement du pays », a réagi de son côté le Premier ministre cambodgien Hun Manet.
Le ministère malaisien du Commerce a salué une « issue favorable ». « La Malaisie a maintenu sa position ferme » et « le taux de 19 % », contre 24 % initialement, « a été atteint sans compromettre son droit souverain à appliquer des politiques-clés pour soutenir sa stabilité socio-économique et sa croissance », a-t-il insisté.
Saluant « une victoire diplomatique décisive », le Bangladesh a félicité vendredi ses négociateurs pour avoir conclu « un accord commercial historique » avec les États-Unis, en affirmant qu'il préservait ses intérêts nationaux fondamentaux. Au lieu des 35 % initialement prévus, le pays a obtenu jeudi un taux de 20 %, comparable à celui imposé par Washington à ses concurrents dans le secteur de l'habillement (Sri Lanka, Vietnam et Cambodge).
La surtaxe maximale, de 41 %, frappera les produits syriens. L'Algérie est concernée par une surtaxe de 30 %, le Laos de 40 %. Des pays qui n'étaient pas visés par une surtaxe punitive entrent par ailleurs dans la liste, comme la Turquie (désormais 15 %).
La Chine est un cas à part. Pékin a d'abord été visé par 10 %, puis 20 % de surtaxes. Celles-ci ont été justifiées par le rôle joué par des Chinois, selon Washington, dans la production de fentanyl, un opioïde à l'origine d'une grave crise sanitaire aux États-Unis. Début avril, Pékin et Washington se sont engagés dans une guerre commerciale à coups de taxe jusqu'à des niveaux exorbitants, bien au-delà de 100 %.
Ils ont ensuite fait descendre la température un mois plus tard à Genève. Les deux parties ont décidé à la mi-mai de réduire drastiquement ces surtaxes douanières de 145 % à 30 % pour les produits chinois et de 125 % à 10 % pour les produits américains, pour une durée 90 jours. Cette trêve devrait donc prendre fin le 12 août.
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À la fin juin, Donald Trump a déclaré lors d'un événement que Washington « venait de signer » un accord concernant le commerce avec la Chine, sans donner plus de détails. Un responsable américain a précisé que les deux parties avaient validé un accord qui porte notamment sur l'accélération des expéditions de terres rares vers les États-Unis. La Chine a annoncé avoir « confirmé » avec les États-Unis le cadre de leur accord commercial, assurant que Washington lèverait des restrictions à son encontre et que Pékin pourrait valider l'exportation de plus d'articles soumis à contrôle.
(Avec AFP)