Donald Trump a menacé de porter les droits de douane sur les importations d'alcools européens à 200% ce qui impacterait lourdement la chaîne de valeur, bien au-delà de la seule industrie, craint Spirits Europe, le lobby européen des spiritueux. La France serait particulièrement affectée.
« La situation risque d'être douloureuse bien au-delà de notre seule industrie », met en garde Pauline Bastidon, directrice du Commerce et des Affaires économiques de l'organisation, qui réunit 30 associations nationales de 24 pays européens, ainsi que 11 entreprises, dont trois sont françaises (Moët Hennessy, Pernod Ricard et Rémy Cointreau). « Au niveau mondial, pour un emploi dans la production de spiritueux, on en génère six en amont, y compris dans l'agriculture, et 13 en aval » calcule-t-elle.
La France, qui représente presque 50 % des exportations mondiales de spiritueux (sans compter les vins) des pays européens, serait évidemment particulièrement affectée, observe-t-elle. Sans compter que « quasiment toutes » les entreprises françaises membres de l'association produisent aussi aux États-Unis des alcools qui seraient, eux, taxées par les mesures de rétorsion promises par l'Union européenne face aux menaces douanières de Donald Trump.
L'UE a en effet annoncé mercredi des droits de douane sur une série de produits américains, dont le whisky, qui serait taxé à 50 %, en représailles aux surtaxes américaines de 25 % entrées en vigueur le jour même sur l'acier et l'aluminium. Ce à quoi a donc répliqué Donald Trump en promettant des droits de douane à 200 % sur leurs champagnes, vins et autres alcools, si les tarifs sur le whisky américain ne sont pas retirés.
« Nous n'avons jamais voulu des mesures européennes, nous avons plutôt essayé de bouger des montagnes pour qu'elles soient évitées. Nous ne soutenons pas d'approche protectionniste car les industries européenne et américaine des spiritueux sont très intégrées », regrette Pauline Bastidon, en citant également le cas d'industries américaines qui produisent en Europe.
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Des conséquences aussi sur les investissements
Entre 2018 et 2020, pendant le premier mandat de Donald Trump, une première guerre douanière entre les États-Unis et l'Union européenne avait déjà frappé les spiritueux. Une baisse de valeur des flux commerciaux « entre 20 et 30 % » avait alors été constatée, rappelle Spirits Europe.
Mais l'organisation déplore aussi un autre effet négatif plus difficile à mesurer : « de nombreuses entreprises ont renoncé à investir », selon Pauline Bastidon. « Dès 2021, une fois les mesures abandonnées et le Covid passé, et encore plus en 2022, on a assisté à une belle reprise », note-t-elle. Suivies d'ailleurs de deux années, 2023 et 2024, pas très prospères à cause de l'inflation, souligne-t-elle.
Les spiritueux ont en outre déjà subi en 2024 les conséquences de l'enquête antidumping déclenchée par la Chine à l'encontre des eaux-de-vie de vin produits dans l'UE, dont le cognac et l'armagnac, qui ont entraîné une baisse de 25 % des exportations vers la zone Chine/Hong Kong/Singapour.
Les Européens restent « ouverts à la négociation », a affirmé jeudi la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, lors d'une conférence de presse au Cap, en Afrique du Sud. Elle a précisé que le commissaire européen au Commerce devait discuter du sujet vendredi avec son homologue américain.