Droits de douane de Trump : le Canada, le Mexique et la Chine passent à l'attaque
latribune.fr
Donald Trump a imposé samedi 25% de droits de douane sur les produits provenant du Canada et du Mexique, et 10% supplémentaires à ceux déjà existants sur les produits chinois.
Brandon Bell
Droits de douane de Trump : le Canada, le Mexique et la Chine passent à l'attaque
Le président américain a mis à exécution ses menaces d'imposer des droits de douane aux Canadiens et aux Mexicains, ainsi que d'en rajouter 10% supplémentaires aux Chinois. Mais les pays attaqués ont déjà promis de riposter.
La guerre commerciale est lancée. Donald Trump a imposé samedi 25% de droits de douane sur les produits provenant du Canada et du Mexique, et 10% supplémentaires à ceux déjà existants sur les produits chinois. Mais les trois pays visés n'ont pas décidé de se laisser faire et promettent déjà une riposte.
Le président américain a mis à exécution sa menace de s'en prendre aux trois principaux partenaires commerciaux des États-Unis, qui représentent au total plus de 40% des importations du pays. Il affirme vouloir ainsi forcer les trois pays à agir pour diminuer le trafic de fentanyl et les arrivées de migrants illégaux aux États-Unis. Les mesures américaines entreront en vigueur au plus tôt mardi 4 février, selon un premier décret présidentiel que l'AFP a pu consulter. Les hydrocarbures du Canada seront toutefois taxés à seulement 10%.
Droits de douane en représailles
Sur un ton cinglant, la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a annoncé que des droits de douane seraient imposés en représailles sur les produits américains, sans donner de détails. 83% des exportations du Mexique partent chez le voisin américain (automobiles, ordinateur, produits agricoles). Le pays enregistre de forts excédents dans son commerce avec les États-Unis, ce qui a conduit Donald Trump à affirmer que son pays « subventionne le Mexique ».
De son côté, le Canada va imposer des droits de douane de 25% sur des produits américains pour un total de 155 milliards de dollars canadiens (102 milliards d'euros) » , a annoncé le Premier ministre démissionnaire Justin Trudeau. Dès mardi, ces droits de douane seront appliqués sur 30 milliards de dollars d'un vaste éventail de produits allant du bourbon aux appareils ménagers en passant par les fruits et les plastiques. « Si le président Trump veut inaugurer un nouvel âge d'or pour les États-Unis, la meilleure voie est de s'associer avec le Canada, et non de nous punir », a déclaré le Premier ministre lors d'une conférence de presse au ton très dramatique.
Il a rappelé que le Canada a toujours été aux côtés des États-Unis dans les « heures les plus sombres », de la crise des otages en Iran, à la guerre en Afghanistan ou lors des catastrophes naturelles meurtrières telles que l'ouragan Katrina et les récents incendies en Californie. Il a prévenu que les semaines à venir seraient difficiles pour les Canadiens et que les tarifs douaniers décidés par Donald Trump nuiraient également aux Américains. Ce dimanche matin, le président américain a réitéré son appel à faire du Canada le « 51e Etat » des Etats-Unis. Evoquant des « subventions » américaines - le déficit commercial - vers le Canada, le républicain a déclaré sur son réseau Truth Social que « le Canada doit devenir notre cher 51e Etat », ce qui impliquerait selon lui « des impôts bien plus faibles et une protection militaire bien meilleure pour les Canadiens - ET PAS DE DROITS DE DOUANE ».
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La Chine, quant à elle, prendra des mesures « correspondantes pour protéger résolument » les « droits et intérêts » du pays, a réagi le ministère chinois du Commerce dans un communiqué. « Les guerres commerciales n'ont pas de vainqueur », a déclaré pour sa part le ministère chinois des Affaires étrangères. Pékin va par ailleurs déposer plainte contre Washington auprès de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Pékin « exhorte les États-Unis à corriger leurs pratiques erronées, (...) à faire face à leurs problèmes, à avoir des discussions franches, à renforcer la coopération et à gérer les différences sur la base de l'égalité, du bénéfice et du respect mutuels », toujours selon le communiqué du ministère.
Migrants illégaux et fentanyl
Donald Trump a expliqué sur son réseau Truth Social s'appuyer sur une loi de 1977 qui permet au président de réglementer le commerce en cas de situation d'urgence nationale. En cause, selon lui, « la menace majeure que représentent les migrants illégaux et les drogues mortelles qui tuent nos concitoyens, notamment le fentanyl ». Selon lui, la Chine exporte vers le Mexique des principes actifs permettant la fabrication par les cartels mexicains du fentanyl, ensuite vendu de l'autre côté de la frontière.
« Les droits de douane annoncés sont nécessaires pour forcer la Chine, le Mexique et le Canada à rendre des comptes à la suite de leurs promesses de faire cesser le flux de drogues toxiques aux États-Unis », a expliqué la Maison Blanche sur son compte X.
Concernant le Mexique, ils resteront en place jusqu'à ce que le pays « coopère avec les États-Unis pour lutter contre le trafic de drogue ». La Maison Blanche a affirmé, sans preuve, que les cartels avaient « fait alliance avec le gouvernement mexicain ». Une accusation qualifiée de « calomnie » par Claudia Sheinbaum. Quant au Canada, la présidence américaine a estimé que « la production de fentanyl y progresse ».
Au Mexique, Claudia Sheinbaum a rencontré samedi des chefs d'entreprise, son ministre de l'Économie Marcelo Ebrard et plusieurs ministres. « Nous savions pour les droits de douane, mais il est sans précédent de voir le gouvernement américain faisant officiellement le lien entre le gouvernement mexicain et les narcotrafiquants », a déclaré à l'AFP l'ancien ambassadeur mexicain Agustin Gutierrez Canet. « Ce paragraphe est extrêmement dur et inquiétant, c'est l'élément le plus grave au-delà de l'aspect économique. Trump est coutumier de ce type de rhétorique pour mettre la pression mais personne devrait agir à la légère de la sorte », a-t-il ajouté. La présidente du Mexique a tout de même proposé à son homologue américain « un groupe de travail avec nos meilleures équipes de sécurité et de santé publique » sur les questions de trafic de drogue et des migrations.
Les autres partenaires en ligne de mire
Pour Wendy Cutler, vice-présidente de l'Institut de politique publique Asia Society, les taxes « sont un signal clair que tous nos amis, voisins et partenaires sous traité de libre-échange, sont dans la ligne de mire ». Le Japon s'est dit en tout cas « profondément préoccupé » par les potentielles répercussions sur l'économie mondiale. Le ministre des Finances japonais Kastunobu Kato, sur la chaîne Fuji TV, a par ailleurs souligné la nécessité d'« évaluer minutieusement » les possibles conséquences des annonces de Donald Trump sur le marché des changes, disant que le Japon devait prendre des « mesures appropriées ».
Vendredi, Donald Trump a laissé entendre que l'Union européenne pourrait être bientôt concernée, estimant qu'elle avait « très mal traité » les États-Unis...L'UE « ripostera avec fermeté » si elle est ciblée par des droits de douane « injustes », a prévenu la Commission européenne ce dimanche.
En France, le ministre français de l'industrie Marc Ferracci, appelle à être « mordant » face au président américain. « La négociation commerciale avec Donald Trump doit assumer une forme de rapport de force », a-t-il déclaré dimanche sur France Info.
« Nous attendons les décisions de l'administration américaine sur ce qui concernera l'Europe », a-t-il expliqué. Selon lui, « la réponse, pour être efficace, doit porter sur les produits qui sont importants pour votre interlocuteur et pour le pays avec lequel vous négociez ». Et « il faut que ça ait des impacts sur l'économie américaine, pour avoir une menace crédible dans la négociation ».
« On ne va pas se laisser faire », a réagi pour sa part le ministre délégué au Commerce extérieur Laurent Saint-Martin, interrogé dimanche sur la chaîne CNews. « Si le premier visage que vous envoyez de l'Europe vis-à-vis des États-Unis, de la Chine et du monde entier, c'est 'allez-y, nous ne sommes qu'un marché de consommateurs et après tout, nous ne produirons plus chez nous', vous avez perdu la bataille », a-t-il poursuivi.