La Colombie échappe in extremis aux droits de douane de Trump
latribune.fr
Dimanche, Donald Trump, réinvesti à la Maison Blanche 5 jours plus tôt, a annoncé la mise en place de tarifs douaniers contre la Colombie. (Photo d'illustration )
Un accord a été trouvé de justesse ce dimanche entre Washington et Bogota, mettant fin à un week-end de fortes tensions entre les deux pays d'Amérique.
La crise aura duré le temps d'un week-end. Un accord de dernière minute a permis de désamorcer une escalade diplomatique et économique entre la Colombie et Washington. En cause : le refus de Bogota de rapatrier des migrants colombiens expulsés par les États-Unis.
Dimanche 26 janvier, Donald Trump, réinvesti à la Maison Blanche 5 jours plus tôt, a annoncé la mise en place de tarifs douaniers contre la Colombie. Cette annonce faisait suite au refus par Bogota de voir atterrir sur son sol deux avions militaires américains transportant des migrants en situation irrégulière expulsés par les États-Unis. « Un migrant n'est pas un criminel et doit être traité avec la dignité qu'un être humain mérite. C'est pourquoi j'ai fait refouler les avions militaires américains qui transportaient des migrants colombiens », avait expliqué le président colombien de gauche Gustavo Petro sur le réseau social X.
Face à cette décision, Donald Trump a rapidement annoncé sur son réseau Truth Social une réponse telle qu'il les aime : l'imposition immédiate de droits de douane à hauteur de 25% sur les biens colombiens importés aux États-Unis, avec la possibilité de les porter à 50% en cas d'absence de compromis. Le président américain avait également annoncé différentes interdictions de séjour pour les responsables colombiens. Peu avant la résolution du conflit, la Colombie avait riposté, annonçant une hausse des droits de douane à 25% sur toutes les importations américaines.
L'accord de dernière minute
Dimanche soir, alors que la situation semblait encore s'envenimer, un compromis a finalement été trouvé. La Maison Blanche a annoncé que Bogota avait accepté les conditions de Donald Trump concernant le rapatriement des migrants. Selon un communiqué officiel, le gouvernement colombien a convenu d'accepter « sans restriction » tous les ressortissants expulsés, y compris ceux transportés par des avions militaires américains.
« Le gouvernement colombien a accepté toutes les conditions du président Trump, y compris l'acceptation sans restriction de tous les étrangers illégaux de Colombie renvoyés des États-Unis, y compris à bord d'avions militaires américains, sans limitation ni délai », a indiqué la Maison Blanche dans un communiqué.
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En contrepartie, Washington a suspendu la mise en œuvre des droits de douane et autres sanctions annoncées. Toutefois, la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a averti que ces mesures restaient « en réserve » et seraient appliquées en cas de non-respect de l'accord par la Colombie. La Maison Blanche se gargarise de la résolution de cette crise qui « montre clairement au monde que l'Amérique est à nouveau respectée », a encore assuré la porte-parole.
La fin d'une crise diplomatique
Si les principales mesures évitées sont d'ordre économique, les mots ont été durs et la diplomatie entre les deux pays aura souffert au cours de ce week-end. En témoigne notamment cette diatribe du président colombien : « Je n'aime pas ton pétrole, Trump ; tu vas anéantir l'espèce humaine à cause de ta cupidité (...) Tu peux essayer de provoquer un coup d'État avec ta force économique et ton arrogance, comme Allende. Mais je mourrai avec la loi de mon côté ; j'ai résisté à la torture et je te résisterai. »
Si les relations entre les deux pays ont souvent été compliquées, Bogota reste un allié important de Washington en Amérique du Sud, de surcroît essentiel dans la lutte contre le narcotrafic. Ainsi, la Colombie était le seul pays du continent sud-américain à soutenir l'invasion de l'Irak en 2003, et Bogota a même exprimé le souhait d'être associé à l'OTAN en 2013. Du côté de l'économie, les deux pays sont particulièrement liés puisque les États-Unis sont à la fois le premier fournisseur de la Colombie (17,9 milliards de dollars en 2022 - soit 25 % des importations) et son premier client (14,8 milliards de dollars - soit 26 % des exportations.)
Bogota demande l'aide du Venezuela dans la lutte contre la guérilla
Dans le même temps, la Colombie continue d'affronter la guérilla de l'ELN, l'Armée de libération colombienne, mouvement d'inspiration marxiste issue des Farc. Au cours des dix derniers jours, le groupe armé a mené une offensive dans l'Est du pays, n'hésitant pas à s'attaquer à des civils, causant la mort de 80 personnes et en déplaçant 38.000 autres. Le président colombien Gustavo Petro, qui accuse de longue date le Venezuela de Nicolas Maduro de soutenir cette rébellion, a décidé de mettre son homologue face à ses responsabilités. Samedi 25 janvier, Gustavo Petro a demandé au Venezuela d'affronter ensemble l'ELN. Une proposition toujours sans réponse.