L'inflation américaine ne durera pas, prophétise Janet Yellen (... avec l'atout Powell dans sa manche)

Selon la secrétaire au Trésor de Joe Biden, l'inflation, malgré sa flambée actuelle, va revenir à des taux mensuels autour de 0,2% ou 0,3% dès le second semestre 2022. Elle assure que la solution à la hausse des prix américains réside dans les progrès de la vaccination en Asie du Sud-Est. La reconduction de son allié Jerome Powell, partisan d'un durcissement de la politique monétaire, pourrait aussi aider cette prédiction à se réaliser. Les Bourses accusent le coup.

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Photo d'illustration: la secrétaire au Trésor Janet Yellen à la COP26, à Glasgow, le 3 novembre dernier.
Photo d'illustration: la secrétaire au Trésor Janet Yellen à la COP26, à Glasgow, le 3 novembre dernier. (Crédits : Reuters)

Good cop, bad cop*? À quoi jouent donc le président des États-Unis Joe Biden et sa secrétaire au Trésor, Janet Yellen ? Quand le premier s'inquiète de l'inflation qu'il faut absolument inverser, jugeant qu'il s'agit de la nouvelle "priorité absolue" de son administration, la seconde affiche une tranquille assurance, confirmant sa prévision d'une inflation qui serait seulement conjoncturelle et qui se dégonflera dès le deuxième semestre de l'année prochaine. Pourtant, quelques chiffres sont tout de même un peu affolants.

En effet, sur douze mois, par rapport à octobre 2020, l'inflation a bondi de +6,2%, son plus haut niveau en 30 ans. Et sur un mois, l'évolution des prix du mois d'octobre représente encore  une hausse de 0,9% par rapport à septembre, selon l'indice CPI du département du Travail.

Malgré cela, Janet Yellen conformément à ses prévisions du 25 octobre dernier s'attend à ce que l'inflation se modère l'an prochain pour retomber autour de 0,2% ou 0,3% sur un mois au second semestre 2022.

"J'espère et je pense qu'au second semestre de l'année prochaine, nous verrons les taux d'inflation CPI revenir plutôt aux alentours de 0,2% ou 0,3%", a déclaré la ministre de l'Économie et des Finances de Joe Biden, qui intervenait virtuellement à la réunion annuelle de la chambre de commerce de Providence (Rhode Island).

Elle ajoutait :

"Je pense que dans la seconde moitié de l'année prochaine, nous commencerons à voir l'inflation baisser et vous pourrez le voir en regardant les taux d'inflation mensuels."

En revanche, les taux d'inflation annuels, eux, "reculeront à un rythme très lent", a souligné Janet Yellen.

Pourquoi Yellen prédit-elle une inflation de courte durée?

D'où vient l'optimisme de la ministre des Finances de Joe Biden? Selon elle, ce qui va permettre de réduire la pression sur les prix, c'est le retour à une offre abondante. Et dans son raisonnement, cela se produira quand la vaccination aura suffisamment progressé en Asie, là où est fabriquée une large partie des biens importés et vendus aux États-Unis et dans le monde. À partir de ce moment-là, la machine industrielle repartant et l'offre de biens devenant plus abondante, la demande se déplacera aussi des biens vers les services.

Lutter contre l'inflation ou lutter contre le chômage

Un autre indice mesurant l'inflation, le PCE, privilégié par la banque centrale américaine (Fed), doit être publié mercredi.

Mais la tâche est complexe, car une lutte contre l'inflation pourrait avoir comme effet d'entraver le redressement du travail.

Pour mémoire, le président américain Joe Biden compte sur quelque 3.000 milliards de dollars d'investissements en dépenses sociales et environnementales, et pour les infrastructures, pour assurer une croissance à long terme. Si ces plans font craindre à l'opposition une nouvelle poussée d'inflation, l'administration Biden assure au contraire qu'ils vont contribuer à faire ralentir les prix en accroissant le potentiel de croissance de l'économie américaine.

Powell reconduit, le signe d'un durcissement de la politique monétaire

Dans ce contexte, la reconduction lundi pour un second mandat de Jerome Powell (nommé initialement par Trump) par Joe Biden, avec le soutien de Janet Yellen, à la tête de Fed est un signe.

Un signe que les marchés boursiers ont interprété, mardi, comme l'annonce d'un probable et prochain durcissement de la politique monétaire aux États-Unis, ce qui renforçait encore le dollar par rapport aux autres monnaies mondiales. Et provoquait un revirement des indices sur les places financières aux quatre coins du monde ce mardi.

Revirement brutal des indices, les Bourses mondiales accusent le coup

Ainsi, ce mardi, les bourses européennes évoluaient en nette baisse dans les premiers échanges, de Londres (-0,59%) à Milan (-1,51%) en passant par Paris (-1,39%) et Francfort (-1,37%) vers 8H50 GMT.

L'Asie a terminé mitigée, avec une baisse à Hong Kong (-1,20%) et Shenzen (-0,22%), alors que Shanghai (+0,20%) a faiblement progressé. La Bourse de Tokyo est restée fermée pour observer un jour férié au Japon.

Lundi, si l'indice Dow Jones a mis fin à trois séances de baisse, par un faible gain de 0,05%, le S&P 500 a perdu 0,32% et le Nasdaq, à coloration technologique, 1,26%, tous trois ayant pourtant évolué en nette hausse dans les premiers échanges.

"La Fed n'a pas d'alternative quant à la direction qu'elle prendra dans les mois à venir : la hausse de l'inflation ne se tempérera pas dans un environnement de taux zéro et de politique monétaire accommodante", décrit Ipek Ozkardeskaya, analyste de Swissquote.

Autre conséquence de ses anticipations de politiques monétaires plus restrictives, le dollar a évolué à des plus hauts de contre d'autres monnaies : le dollar index qui compare le billet vert à un panier de monnaies, évoluait à 96,577 points vers 9H00 GMT, un niveau plus vu depuis plus d'un an.

Il a dépassé en séance lundi la barre des 115 yens pour la première fois en plus de quatre ans après avoir touché lundi un nouveau plus haut en un an et demi par rapport à l'euro (à 1,2233 dollar contre un euro).

Mardi, la monnaie européenne rebondissait un peu, à 1,1263 dollar (+0,23%).

(avec AFP)

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NOTE

(*) "Bon flic ou méchant flic", la tactique du bon et du méchant est une technique psychologique de négociation, mais aussi d'interrogatoire policier largement popularisée par le cinéma. Cette référence est ici utilisée au titre d'une accroche à connotation humoristique pour mettre en exergue cette relation triangulaire où les marchés -et l'opinion publique en général- sont la cible -qu'il s'agit d'influencer- de deux hauts responsables gouvernementaux aux postures en apparence divergentes mais qui oeuvrent en réalité dans le même but. J.C.

Sur la perception des causes et des dangers de l'inflation américaine actuelle -et, au passage, quelques biais de connaissance-, lire aussi cette analyse très érudite de l'économiste Karl Eychenne :

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Commentaires 2
à écrit le 24/11/2021 à 7:29
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Elle prend ses désirs pour des réalités

à écrit le 23/11/2021 à 19:42
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oui bon, elle aurait peut etre raison si il n'y avait pas de deuxieme tour, qui entraine la boucle, et vu les revendications actuelles, si j'etais elle, je serais prudente......effectivement, elle risque de devoir faire le sale boulot en augmentant l...

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